La résurrection
La résurrection est le cœur de la foi chrétienne : « si Christ n'est pas ressuscité, votre foi est vaine », écrit Paul. L'espérance d'une victoire sur la mort mûrit lentement dans l'Ancien Testament, éclate au matin de Pâques et s'étend, dans le Nouveau Testament, à tous ceux qui appartiennent au Christ : non une simple survie de l'âme, mais une vie nouvelle et corporelle.
Le séjour des morts : une espérance d'abord discrète
L'Ancien Testament regarde la mort avec réalisme. Les morts descendent au שְׁאוֹל (šĕʾôl, H7585), que Segond traduit « séjour des morts » : un lieu d'ombre et de silence, où la louange semble impossible. « Car celui qui meurt n'a plus ton souvenir; Qui te louera dans le séjour des morts? » (Ps 6.6). L'Ecclésiaste en tire une leçon de sagesse : « il n'y a ni œuvre, ni pensée, ni science, ni sagesse, dans le séjour des morts, où tu vas » (Ec 9.10). Job pose la question sans pouvoir y répondre : « Si l'homme une fois mort pouvait revivre, J'aurais de l'espoir tout le temps de mes souffrances » (Jb 14.14).
Pourtant, la foi d'Israël contient dès l'origine les germes d'une espérance. Le Dieu qui a créé la vie n'est pas limité par la mort : « L'Éternel fait mourir et il fait vivre. Il fait descendre au séjour des morts et il en fait remonter » (1 S 2.6 ; voir Dt 32.39). Certains psaumes expriment une confiance qui dépasse la mort : « Car tu ne livreras pas mon âme au séjour des morts, Tu ne permettras pas que ton bien-aimé voie la corruption » (Ps 16.10) ; « Mais Dieu sauvera mon âme du séjour des morts, Car il me prendra sous sa protection » (Ps 49.16) ; « Tu me conduiras par ton conseil, Puis tu me recevras dans la gloire » (Ps 73.24). Job lui-même s'écrie : « Mais je sais que mon rédempteur est vivant [...] Quand je n'aurai plus de chair, je verrai Dieu » (Jb 19.25-26). Le mot employé, גֹּאֵל (gōʾēl, de H1350), désigne le parent qui rachète ; mais l'hébreu de ce passage est difficile, et les interprètes discutent pour savoir si Job attend une délivrance avant ou après sa mort.
Les récits de retour à la vie, par Élie (1 R 17.22) et par Élisée (2 R 4.35), montrent la puissance de Dieu sur la mort ; ce sont toutefois des réanimations : les enfants ramenés à la vie mourront à nouveau.
« Ils se réveilleront » : l'annonce prophétique
Chez les prophètes, la résurrection sert d'abord d'image pour la restauration du peuple. Osée met dans la bouche d'Israël : « Il nous rendra la vie dans deux jours; Le troisième jour il nous relèvera » (Os 6.2), avec le verbe קוּם (qûm, H6965), « se lever, relever », qui deviendra un mot clé. La vision des ossements desséchés d'Ézéchiel annonce le retour d'exil : « j'ouvrirai vos sépulcres, je vous ferai sortir de vos sépulcres, ô mon peuple, et je vous ramènerai dans le pays d'Israël » (Éz 37.12). Mais l'image n'est pas choisie au hasard : elle suppose que Dieu peut réellement rendre la vie aux morts.
Deux textes vont plus loin et parlent d'une résurrection personnelle. Ésaïe : « Que tes morts revivent! Que mes cadavres se relèvent! -Réveillez-vous et tressaillez de joie, habitants de la poussière! » (És 26.19), avec les verbes חָיָה (ḥāyâ, H2421), « vivre », et qûm. Et surtout Daniel, le texte le plus explicite de l'Ancien Testament : « Plusieurs de ceux qui dorment dans la poussière de la terre se réveilleront, les uns pour la vie éternelle, et les autres pour l'opprobre, pour la honte éternelle » (Dn 12.2). Le verbe קִיץ (qîṣ, H6974), « se réveiller », fait de la mort un sommeil dont Dieu tirera les hommes ; et la résurrection débouche sur un jugement.
À l'époque de Jésus, la croyance en la résurrection était largement partagée dans le judaïsme, mais non unanime : « les sadducéens disent qu'il n'y a point de résurrection, et qu'il n'existe ni ange ni esprit, tandis que les pharisiens affirment les deux choses » (Ac 23.8). Le deuxième livre des Maccabées, reçu dans le canon par les catholiques et les orthodoxes, raconte la mort de martyrs qui attendent d'être relevés par Dieu (2 M 7). Aux sadducéens, Jésus répond par l'Écriture : Dieu se nomme « le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, et le Dieu de Jacob », or « Dieu n'est pas Dieu des morts, mais des vivants » (Mc 12.26-27).
« Je suis la résurrection et la vie »
Pendant son ministère, Jésus rend la vie à plusieurs morts : la fille de Jaïrus, à qui il dit « Talitha koumi, ce qui signifie: Jeune fille, lève-toi » (Mc 5.41), le fils de la veuve de Naïn, et son ami Lazare. Ces signes annoncent davantage qu'une réanimation. À Marthe, qui attend la résurrection « au dernier jour », Jésus répond en parlant de lui-même : « Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais » (Jn 11.25-26). Le nom ἀνάστασις (anastasis, G386), « relèvement, résurrection », désigne ici une personne : la vie du monde à venir est déjà présente en Jésus.
Jésus annonce aussi sa propre résurrection. Après la confession de Pierre, il enseigne « qu'il fallait que le Fils de l'homme souffrît beaucoup [...] qu'il fût mis à mort, et qu'il ressuscitât trois jours après » (Mc 8.31). Les disciples ne comprennent pas ; ce n'est qu'après Pâques qu'ils « se souvinrent qu'il avait dit cela, et ils crurent à l'Écriture » (Jn 2.22).
Le tombeau vide et les apparitions
Les quatre Évangiles rapportent qu'au premier jour de la semaine, des femmes trouvent le tombeau ouvert et vide. Le message est bref : « vous cherchez Jésus de Nazareth, qui a été crucifié; il est ressuscité, il n'est point ici; voici le lieu où on l'avait mis » (Mc 16.6). Le Nouveau Testament emploie deux verbes. ἐγείρω (egeirō, G1453), « réveiller, relever », est souvent au passif : « il a été relevé », sous-entendu par Dieu (« Dieu l'a ressuscité, en le délivrant des liens de la mort », Ac 2.24). ἀνίστημι (anistēmi, G450), « se lever », souligne plutôt l'action du Christ lui-même. Les deux disent la même réalité : un mort se tient de nouveau debout.
Viennent ensuite les apparitions. Le Ressuscité n'est pas un fantôme : « Voyez mes mains et mes pieds, c'est bien moi; touchez-moi et voyez: un esprit n'a ni chair ni os, comme vous voyez que j'ai » (Lc 24.39). Il porte les marques de la croix, et Thomas, invité à les toucher, confesse : « Mon Seigneur et mon Dieu! » (Jn 20.28). Mais son corps est transformé : il apparaît et disparaît, n'est pas reconnu tout de suite. Le témoignage le plus ancien est celui que Paul transmet aux Corinthiens vers l'an 55 et qu'il dit avoir lui-même « reçu » : Christ « est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures; et [...] il est apparu à Céphas, puis aux douze. Ensuite, il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois, dont la plupart sont encore vivants » (1 Co 15.4-6).
Comment comprendre cet événement ? Pour la foi chrétienne traditionnelle, catholique, orthodoxe et protestante, la résurrection est un fait réel survenu au corps de Jésus, attesté par le tombeau vide et les rencontres. Rudolf Bultmann (« Nouveau Testament et mythologie », 1941) l'interprétait comme l'émergence de la foi pascale chez les disciples, sans se prononcer sur le sort du corps. Gerd Lüdemann (Die Auferstehung Jesu, 1994) explique les apparitions par des visions. À l'inverse, Wolfhart Pannenberg (Grundzüge der Christologie, 1964) et N. T. Wright (The Resurrection of the Son of God, 2003) ont soutenu que la naissance de la foi chrétienne, la transformation des disciples et l'idée inédite d'un Messie ressuscité avant la fin des temps ne s'expliquent bien que par un tombeau réellement vide et des rencontres réelles. Paul, de son côté, ne laisse aucune échappatoire : « si Christ n'est pas ressuscité, votre foi est vaine, vous êtes encore dans vos péchés » (1 Co 15.17).
Les prémices : Paul et le corps de la résurrection
Le chapitre 15 de la première épître aux Corinthiens est le grand texte du Nouveau Testament sur la résurrection. Paul y répond à des chrétiens qui doutaient d'une résurrection des corps. Il affirme d'abord le lien entre Pâques et l'avenir des croyants : « Mais maintenant, Christ est ressuscité des morts, il est les prémices de ceux qui sont morts » (1 Co 15.20). Le mot ἀπαρχή (aparchē, G536), « prémices », désigne la première gerbe de la moisson, offerte à Dieu comme garantie de toute la récolte : la résurrection du Christ est le début de la résurrection générale.
Puis il répond à l'objection : « Comment les morts ressuscitent-ils, et avec quel corps reviennent-ils? » (1 Co 15.35). Il prend l'image de la graine, qui meurt pour donner une plante, dans la continuité et la différence : « Le corps est semé corruptible; il ressuscite incorruptible; il est semé méprisable, il ressuscite glorieux; il est semé infirme, il ressuscite plein de force; il est semé corps animal, il ressuscite corps spirituel » (1 Co 15.42-44). Le mot σῶμα (sōma, G4983), « corps », est maintenu jusqu'au bout. Le « corps animal » (ψυχικόν, psychikon, G5591) est le corps animé par la vie naturelle ; le « corps spirituel » (πνευματικόν, pneumatikon, G4152) n'est pas un corps fait d'esprit, mais un corps entièrement vivifié par l'Esprit de Dieu.
La victoire finale est chantée avec les mots d'Ésaïe et d'Osée : « La mort a été engloutie dans la victoire. Ô mort, où est ta victoire? Ô mort, où est ton aiguillon? » (1 Co 15.54-55). Dès maintenant, le baptême unit le croyant au Christ mort et ressuscité, « afin que, comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, de même nous aussi nous marchions en nouveauté de vie » (Rm 6.4). Et le Christ « transformera le corps de notre humiliation, en le rendant semblable au corps de sa gloire » (Ph 3.21).
L'espérance des croyants et la résurrection finale
Le Nouveau Testament annonce une résurrection universelle, suivie du jugement : « l'heure vient où tous ceux qui sont dans les sépulcres entendront sa voix, et en sortiront. Ceux qui auront fait le bien ressusciteront pour la vie, mais ceux qui auront fait le mal ressusciteront pour le jugement » (Jn 5.28-29 ; voir Ac 24.15). Paul console les Thessaloniciens en deuil : il ne faut pas s'affliger « comme les autres qui n'ont point d'espérance », car « Dieu ramènera par Jésus et avec lui ceux qui sont morts » (1 Th 4.13-14). Au retour du Seigneur, « les morts en Christ ressusciteront premièrement » (1 Th 4.16). L'Apocalypse montre la mort et le séjour des morts rendant leurs morts pour le jugement (Ap 20.13), avant la promesse : « la mort ne sera plus » (Ap 21.4).
Que se passe-t-il entre la mort et la résurrection ? Les textes parlent d'une présence auprès du Christ : « aujourd'hui tu seras avec moi dans le paradis » (Lc 23.43) ; « j'ai le désir de m'en aller et d'être avec Christ, ce qui de beaucoup est le meilleur » (Ph 1.23). La plupart des traditions, catholique, orthodoxe et protestante, y voient un « état intermédiaire » conscient, en attente de la résurrection du corps. Certains courants, comme les adventistes, parlent plutôt d'un « sommeil » inconscient jusqu'au dernier jour, en s'appuyant sur l'image de la mort comme sommeil (Dn 12.2 ; 1 Th 4.13). Oscar Cullmann (Immortalité de l'âme ou résurrection des morts ?, 1956) a rappelé avec force que l'espérance biblique n'est pas d'abord l'immortalité naturelle de l'âme, idée d'origine grecque, mais la résurrection, acte nouveau de Dieu. Toutes les Églises confessent avec le Symbole des apôtres « la résurrection de la chair et la vie éternelle ».