Le Saint-Esprit

Le même mot, en hébreu comme en grec, signifie « vent », « souffle » et « esprit ». La Bible parle de l'Esprit de Dieu dès sa deuxième phrase : il plane sur les eaux, donne la vie, saisit les juges et inspire les prophètes. Promis pour les derniers temps, il est répandu à la Pentecôte et devient, dans le Nouveau Testament, la présence même de Dieu dans le croyant et dans l'Église.

Rûaḥ et pneuma : vent, souffle, esprit

Le mot hébreu רוּחַ (rûaḥ, H7307), présent près de quatre cents fois dans l'Ancien Testament, désigne l'air en mouvement : le vent qui souffle, le souffle qui fait vivre, et l'esprit, humain ou divin. La traduction doit choisir selon le contexte, mais le lecteur gagne à entendre les trois sens ensemble. Dès la création, « l'esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux » (Gn 1.2) : souffle puissant, présence active du Créateur. Le psalmiste montre que toute vie en dépend : « Tu leur retires le souffle: ils expirent [...] Tu envoies ton souffle: ils sont créés, Et tu renouvelles la face de la terre » (Ps 104.29-30).

La vision des ossements desséchés joue sur tous les sens du mot. Le prophète doit parler au « souffle », venu « des quatre vents », pour qu'il entre dans les morts : « Et l'esprit entra en eux, et ils reprirent vie, et ils se tinrent sur leurs pieds » (Éz 37.10). Dieu en donne l'explication : « Je mettrai mon esprit en vous, et vous vivrez » (Éz 37.14). Le grec πνεῦμα (pneuma, G4151), qui traduit rûaḥ dans la Septante, garde la même richesse. Jésus l'exploite devant Nicodème : « Le vent souffle où il veut, et tu en entends le bruit; mais tu ne sais d'où il vient, ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né de l'Esprit » (Jn 3.8) ; en grec, « vent » et « Esprit » sont le même mot.

L'expression « esprit saint » ne se trouve que trois fois dans l'Ancien Testament, avec קֹדֶשׁ (qōdeš, H6944), « sainteté » : dans la prière de David, « Ne me retire pas ton esprit saint » (Ps 51.13), et dans la méditation d'Ésaïe sur l'histoire d'Israël : « ils ont attristé son esprit saint » (És 63.10 ; voir 63.11). L'Esprit y est déjà la présence personnelle de Dieu au milieu de son peuple, que l'on peut attrister, et auquel on ne peut échapper : « Où irais-je loin de ton esprit, Et où fuirais-je loin de ta face? » (Ps 139.7).

L'Esprit qui équipe pour une mission

Dans l'histoire d'Israël, l'Esprit vient sur des personnes choisies pour les rendre capables d'une tâche. L'artisan Betsaleel, chargé de construire le tabernacle, est rempli « de l'Esprit de Dieu, de sagesse, d'intelligence, et de savoir pour toutes sortes d'ouvrages » (Ex 31.3) : le travail manuel et l'art relèvent eux aussi du don de l'Esprit. Les juges sont saisis pour délivrer le peuple. Le texte dit littéralement que l'Esprit « revêtit » Gédéon comme un vêtement : « Gédéon fut revêtu de l'esprit de l'Éternel » (Jg 6.34). Pour Samson, l'Esprit se manifeste par une force soudaine (Jg 14.6).

L'Esprit accompagne l'onction royale : lorsque Samuel oint David, « L'esprit de l'Éternel saisit David, à partir de ce jour et dans la suite » (1 S 16.13). Il est surtout l'Esprit de la prophétie. Les soixante-dix anciens qui assistent Moïse reçoivent une part de l'esprit qui était sur lui et prophétisent ; quand Josué veut empêcher deux d'entre eux de le faire, Moïse répond : « Puisse tout le peuple de l'Éternel être composé de prophètes; et veuille l'Éternel mettre son esprit sur eux! » (Nb 11.29). Michée oppose aux faux prophètes sa propre vocation : « Mais moi, je suis rempli de force, de l'esprit de l'Éternel » (Mi 3.8). Et Zacharie résume la manière de Dieu : « Ce n'est ni par la puissance ni par la force, mais c'est par mon esprit » (Za 4.6).

Dans l'Ancien Testament, ce don reste le plus souvent temporaire et réservé à quelques-uns. Le Messie, lui, en sera porteur de façon permanente : « L'Esprit de l'Éternel reposera sur lui: Esprit de sagesse et d'intelligence, Esprit de conseil et de force » (És 11.2 ; voir 42.1 et 61.1).

La promesse : un Esprit répandu sur toute chair

Le souhait de Moïse devient promesse chez les prophètes de l'exil. Ézéchiel annonce une transformation intérieure qui rendra possible l'obéissance : « Je mettrai mon esprit en vous, et je ferai en sorte que vous suiviez mes ordonnances » (Éz 36.27). Ésaïe compare le don de l'Esprit à l'eau versée sur une terre desséchée : « Je répandrai mon esprit sur ta race, Et ma bénédiction sur tes rejetons » (És 44.3).

Joël élargit la promesse à tout le peuple, sans distinction d'âge, de sexe ou de condition : « Après cela, je répandrai mon esprit sur toute chair; Vos fils et vos filles prophétiseront, Vos vieillards auront des songes, Et vos jeunes gens des visions. Même sur les serviteurs et sur les servantes, Dans ces jours-là, je répandrai mon esprit » (Jl 2.28-29). Le verbe שָׁפַךְ (šāp̄ak, H8210), « répandre, verser », évoque une abondance qui contraste avec les dons mesurés des siècles précédents. Ce texte sera le premier cité par Pierre à la Pentecôte.

Jésus, l'homme de l'Esprit, et la promesse du Consolateur

Les Évangiles présentent Jésus comme celui sur qui l'Esprit repose pleinement. Sa conception est l'œuvre de l'Esprit : « Le Saint-Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre » (Lc 1.35). À son baptême, il voit « l'Esprit descendre sur lui comme une colombe » (Mc 1.10), et Jean-Baptiste reconnaît en lui « celui qui baptise du Saint-Esprit » (Jn 1.33). Il revient du Jourdain « rempli du Saint-Esprit » (Lc 4.1), inaugure son ministère en lisant Ésaïe 61 (« L'Esprit du Seigneur est sur moi »), et chasse les démons « par l'Esprit de Dieu » (Mt 12.28).

L'Évangile selon Jean rapporte une promesse plus précise, faite au dernier repas. Jésus annonce « un autre consolateur, afin qu'il demeure éternellement avec vous, l'Esprit de vérité » (Jn 14.16-17). Le mot παράκλητος (paraklētos, G3875), propre aux écrits de Jean, désigne celui qu'on appelle à ses côtés : l'avocat, le défenseur, le soutien. Segond le rend par « consolateur », d'autres versions par « défenseur » ou le transcrivent « Paraclet ». Cet « autre » paraclet prend le relais de Jésus lui-même (1 Jn 2.1 appelle Jésus notre paraklētos auprès du Père). Il enseigne et rappelle les paroles de Jésus (Jn 14.26), lui rend témoignage (Jn 15.26), convainc le monde « en ce qui concerne le péché, la justice, et le jugement » (Jn 16.8), et conduit les disciples « dans toute la vérité » (Jn 16.13). On remarque que, dans ces versets, le pronom grec qui se rapporte à l'Esprit est parfois masculin (ἐκεῖνος, « celui-là ») alors que pneuma est neutre, indice, pour beaucoup, du caractère personnel de l'Esprit.

Ce don suppose le départ de Jésus : « il vous est avantageux que je m'en aille, car si je ne m'en vais pas, le consolateur ne viendra pas vers vous » (Jn 16.7). Au soir de Pâques, le Ressuscité « souffla sur eux, et leur dit: Recevez le Saint-Esprit » (Jn 20.22), geste qui rappelle le souffle de vie de Genèse 2.7.

La Pentecôte et l'Église des Actes

Avant son ascension, Jésus promet : « vous recevrez une puissance, le Saint-Esprit survenant sur vous, et vous serez mes témoins » (Ac 1.8). La promesse s'accomplit lors de la fête juive de la Pentecôte, cinquante jours après la Pâque : « Tout à coup il vint du ciel un bruit comme celui d'un vent impétueux [...] Des langues, semblables à des langues de feu, leur apparurent [...] Et ils furent tous remplis du Saint-Esprit, et se mirent à parler en d'autres langues » (Ac 2.2-4). Le vent et le feu rappellent les théophanies de l'Ancien Testament ; la diversité des langues comprises par tous apparaît comme l'inverse de Babel.

Pierre y voit l'accomplissement de Joël : « Dans les derniers jours, dit Dieu, je répandrai de mon Esprit sur toute chair » (Ac 2.17). C'est le Christ élevé qui « a reçu du Père le Saint-Esprit qui avait été promis, et il l'a répandu » (Ac 2.33). Le don est offert à tous ceux qui se convertissent : « Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ, pour le pardon de vos péchés; et vous recevrez le don du Saint-Esprit » (Ac 2.38). Le livre des Actes suit l'Esprit qui franchit les frontières : les Samaritains (Ac 8.15-17), puis le centenier romain Corneille et les siens, sur qui « le Saint-Esprit descendit » pendant que Pierre parlait encore (Ac 10.44). C'est l'Esprit qui dirige la mission : « Mettez-moi à part Barnabas et Saul pour l'œuvre à laquelle je les ai appelés » (Ac 13.2).

La vie selon l'Esprit chez Paul

Pour Paul, l'Esprit est la marque même du chrétien : « Si quelqu'un n'a pas l'Esprit de Christ, il ne lui appartient pas » (Rm 8.9). Il fait du croyant un enfant de Dieu : « L'Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu » (Rm 8.16) ; il prie en nous « par des soupirs inexprimables » (Rm 8.26) ; il est le gage de la résurrection, puisque Dieu « rendra aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous » (Rm 8.11). L'apôtre emploie une image commerciale : le croyant a été « scellé du Saint-Esprit », « un gage de notre héritage » (Ep 1.13-14), avec le mot ἀρραβών (arrabōn, G728), « arrhes », premier versement qui garantit le paiement complet.

L'Esprit transforme la conduite. À la chair, il oppose « le fruit de l'Esprit », au singulier, comme un seul caractère aux multiples facettes : « l'amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bénignité, la fidélité, la douceur, la tempérance » (Ga 5.22-23). Il distribue aussi des dons pour la communauté, les χαρίσματα (charismata, G5486) : « Il y a diversité de dons, mais le même Esprit [...] à chacun la manifestation de l'Esprit est donnée pour l'utilité commune » (1 Co 12.4-7). L'Esprit unit l'Église : « Nous avons tous, en effet, été baptisés dans un seul Esprit, pour former un seul corps » (1 Co 12.13), et il fait de la communauté le temple de Dieu (1 Co 3.16). C'est pourquoi Paul exhorte : « N'attristez pas le Saint-Esprit de Dieu » (Ep 4.30), et « Soyez [...] remplis de l'Esprit » (Ep 5.18).

La personne de l'Esprit et les questions débattues

Le Nouveau Testament présente l'Esprit comme quelqu'un, non comme une simple force : il parle (Ac 13.2), enseigne, peut être attristé, et sonde « même les profondeurs de Dieu » (1 Co 2.10). Mentir à l'Esprit, c'est mentir « à Dieu » (Ac 5.3-4). Il est nommé avec le Père et le Fils dans la formule baptismale (Mt 28.19) et dans la bénédiction : « Que la grâce du Seigneur Jésus-Christ, l'amour de Dieu, et la communication du Saint-Esprit, soient avec vous tous! » (2 Co 13.14). Au IVe siècle, contre ceux qui faisaient de l'Esprit une créature, Basile de Césarée (Traité du Saint-Esprit) et le concile de Constantinople (381) ont confessé l'Esprit « Seigneur, qui donne la vie », adoré et glorifié avec le Père et le Fils.

Une première divergence oppose l'Orient et l'Occident. Le symbole de 381 dit que l'Esprit « procède du Père », en écho à Jean 15.26. L'Église latine y a ajouté « et du Fils » (Filioque), d'abord en Espagne au VIe siècle, puis à Rome au XIe siècle ; les orthodoxes y voient une modification injustifiée du symbole commun, et la question reste un point de dialogue œcuménique. Une seconde discussion concerne les dons spectaculaires. La position « cessationniste », défendue notamment par B. B. Warfield (Counterfeit Miracles, 1918), estime que les dons de prophétie, de langues et de guérison ont accompagné la fondation de l'Église et ont pris fin avec les apôtres. Les courants pentecôtistes et charismatiques, nés au début du XXe siècle, affirment au contraire leur actualité.

On discute enfin du « baptême dans l'Esprit ». La théologie pentecôtiste classique y voit une expérience distincte de la conversion, accompagnée du parler en langues, en s'appuyant sur les épisodes de Samarie et d'Ephèse (Ac 8 ; 19). De nombreux exégètes protestants, comme James Dunn (Baptism in the Holy Spirit, 1970) et John Stott, le comprennent comme le don initial reçu par tout croyant (1 Co 12.13), suivi de multiples « plénitudes ». La tradition catholique et orthodoxe rattache le don de l'Esprit au baptême et à la confirmation (ou chrismation). Toutes reconnaissent que la vie chrétienne est impossible sans l'Esprit, et que son œuvre culmine dans l'appel final de l'Apocalypse : « Et l'Esprit et l'épouse disent: Viens » (Ap 22.17).