ʾādôn אָדוֹן

Strong H113 · nom masculin · seigneur, maître · 332 occurrences

Celui qui a autorité sur une personne, une maison ou un pays : le maître de l'esclave, le mari, le roi. Appliqué à Dieu, le mot dit qu'il est le Seigneur de toute la terre, à qui l'on doit service et respect.

Racine et étymologie

Le mot ʾādôn n'a pas de verbe correspondant en hébreu biblique : on ne trouve pas de racine verbale ʾ-d-n signifiant « dominer ». Les lexiques le rapprochent de l'ougaritique ʾadn, « seigneur, père », et du phénicien ʾdn, titre donné aux dieux comme aux hommes. Le grec Adônis, nom d'une divinité d'origine phénicienne, en serait un lointain écho. L'étymologie reste donc obscure, et c'est l'usage qui définit le mot : il désigne toujours une relation d'autorité entre deux personnes.

La forme la plus fréquente est suffixée : ʾădōnî, « mon seigneur », formule de politesse par laquelle on s'adresse à un supérieur. Sara parle ainsi d'Abraham (Gn 18.12), le serviteur d'Abraham de son maître, les sujets de leur roi. Le pluriel ʾădōnîm s'emploie souvent pour un seul maître : c'est un pluriel de majesté ou d'excellence, comme dans « son maître » en Gn 39.2, littéralement « ses maîtres ».

Du même mot dérive ʾădōnāy (H136), forme particulière réservée à Dieu, que les scribes ont distinguée par la voyelle longue finale. C'est elle que les lecteurs juifs prononçaient à la place du Nom divin YHWH, d'où le « Seigneur » de nombreuses traductions. Dans les textes, les deux formes se côtoient, mais seule ʾādôn s'emploie aussi pour les hommes.

Sens et emplois

  1. Le maître d'un serviteur

    Le sens premier est social : le propriétaire ou le patron d'un esclave, qui a autorité sur lui et répond de lui. La loi d'Exode encadre ce pouvoir sans le supprimer.

    « Si c'est son maître qui lui a donné une femme, et qu'il en ait eu des fils ou des filles, la femme et ses enfants seront à son maître, et il sortira seul. »Ex 21.4, Segond 1910
  2. Titre de respect envers un supérieur

    « Mon seigneur » est une formule de courtoisie : on s'abaisse devant celui à qui l'on parle. Sara désigne ainsi son mari, ce que la première épître de Pierre relèvera.

    « Mon seigneur aussi est vieux. »Gn 18.12, Segond 1910
  3. Le gouverneur et le roi

    Le mot désigne celui qui exerce un pouvoir politique. Joseph, devenu administrateur de l'Égypte, est « maître » de toute la maison de Pharaon.

    « il m'a établi père de Pharaon, maître de toute sa maison, et gouverneur de tout le pays d'Égypte. »Gn 45.8, Segond 1910
  4. Dieu, Seigneur de toute la terre

    Appliqué à Dieu, le titre affirme sa souveraineté universelle, au-delà d'Israël. L'expression « Seigneur de toute la terre » apparaît dans les Psaumes et chez les prophètes.

    « Devant le Seigneur de toute la terre. »Ps 97.5, Segond 1910
  5. Le Seigneur du roi messianique

    Dans le Psaume 110, David appelle « mon Seigneur » celui que l'Éternel fait siéger à sa droite. Ce verset deviendra l'un des plus cités du Nouveau Testament.

    « Parole de l'Éternel à mon Seigneur: Assieds-toi à ma droite, »Ps 110.1, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La Septante rend presque toujours ʾādôn par κύριος, « seigneur, maître », le mot même qu'elle emploie aussi pour remplacer le Nom divin. Ce choix a une conséquence décisive : en grec, le même terme désigne le maître humain et Dieu. Lorsque Jésus cite le Psaume 110 en Matthieu 22.44, « Le Seigneur a dit à mon Seigneur », les deux mots hébreux différents (YHWH et ʾădōnî) deviennent deux fois κύριος, ce qui ouvre la question posée aux pharisiens : comment le Messie peut-il être à la fois fils et Seigneur de David ?

Le grec δεσπότης, « maître absolu », traduit plus rarement ʾādôn ; il a donné notre « despote ». La Vulgate emploie dominus, d'où « Seigneur » en français. Segond alterne entre « seigneur » et « maître » selon que le contexte est politique, domestique ou religieux, et met une majuscule quand le mot vise Dieu.

Le débat

Qui est le « Seigneur » à qui parle l'Éternel dans le Psaume 110 ?

La forme ʾădōnî montre que le psalmiste parle d'abord d'une figure humaine, ce que l'exégèse historique a raison de souligner. Mais le titre davidique et l'élévation inouïe de ce roi expliquent que le judaïsme ancien et l'Église y aient lu le Messie. Jésus ne force pas le texte : il en exploite la tension.

Portée théologique

Le mot ʾādôn rappelle que la Bible parle de Dieu avec le vocabulaire des relations humaines. Dire « mon Seigneur », c'est reconnaître une autorité à laquelle on s'en remet, comme le serviteur dont « les yeux sont fixés sur la main » de son maître (Ps 123.2). Malachie en tire une exigence : si Dieu est maître, où est la crainte qui lui est due ? La seigneurie de Dieu n'est pas un titre honorifique, elle appelle l'obéissance.

Mais cette autorité n'a rien d'arbitraire. Le Deutéronome associe le « Seigneur des seigneurs » à celui qui ne fait pas acception des personnes et rend justice à l'orphelin et à la veuve. Le Nouveau Testament franchit un pas : en appliquant à Jésus le « mon Seigneur » du Psaume 110, il confesse que la souveraineté de Dieu s'exerce désormais par le Christ. Pour la prédication, la parole de Jésus « nul ne peut servir deux maîtres » donne au mot toute sa portée : avoir un Seigneur, c'est renoncer à en servir un autre.

Chaîne : Du maître humain au Seigneur de tous

  1. Gn 18.12 Sara et son seigneur : « Elle rit en elle-même, en disant: Maintenant que je suis vieille, aurais-je encore des désirs? Mon seigneur aussi est vieux. »
  2. Gn 24.12 Le serviteur prie pour son maître : « Et il dit: Éternel, Dieu de mon seigneur Abraham, fais-moi, je te prie, rencontrer aujourd'hui ce que je désire, et use de bonté envers mon seigneur Abraham! »
  3. Ex 21.4 La loi du maître et de l'esclave : « Si c'est son maître qui lui a donné une femme, et qu'il en ait eu des fils ou des filles, la femme et ses enfants seront à son maître, et il sortira seul. »
  4. Dt 10.17 Le Seigneur des seigneurs : « Car l'Éternel, votre Dieu, est le Dieu des dieux, le Seigneur des seigneurs, le Dieu grand, fort et terrible, qui ne fait point acception des personnes et qui ne reçoit point de présent, »
  5. Ps 110.1 Assieds-toi à ma droite : « De David. Psaume. Parole de l'Éternel à mon Seigneur: Assieds-toi à ma droite, Jusqu'à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied. »
  6. Ps 123.2 Les yeux tournés vers le maître : « Voici, comme les yeux des serviteurs sont fixés sur la main de leurs maîtres, Et les yeux de la servante sur la main de sa maîtresse, Ainsi nos yeux se tournent vers l'Éternel, notre Dieu, Jusqu'à ce qu'il ait pitié de nous. »
  7. Ml 1.6 Où est la crainte due au maître ? : « Un fils honore son père, et un serviteur son maître. Si je suis père, où est l'honneur qui m'est dû? Si je suis maître, où est la crainte qu'on a de moi? Dit l'Éternel des armées à vous, sacrificateurs, Qui méprisez mon nom, Et qui dites: En quoi avons-nous méprisé ton nom? »
  8. Mt 6.24 Nul ne peut servir deux maîtres : « Nul ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l'un, et aimera l'autre; ou il s'attachera à l'un, et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon. »
  9. Mt 22.44 Le Fils et Seigneur de David : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur: Assieds-toi à ma droite, Jusqu'à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied? »
  10. Ph 2.11 Jésus-Christ est Seigneur : « et que toute langue confesse que Jésus-Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père. »
  11. Ap 19.16 Seigneur des seigneurs : « Il avait sur son vêtement et sur sa cuisse un nom écrit: Roi des rois et Seigneur des seigneurs. »

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Bibliographie

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