agapaō ἀγαπάω
Strong G25 · verbe · aimer · 143 occurrences
Aimer en accordant à l'autre sa préférence et sa bienveillance active. Verbe choisi par la Septante pour l'hébreu ʾāhab, il dit dans le Nouveau Testament l'amour de Dieu pour le monde et l'amour qu'il commande, jusqu'à l'ennemi.
Racine et étymologie
L'origine du verbe ἀγαπάω est obscure ; aucune étymologie proposée ne s'impose. En grec classique, il est d'usage moins fréquent que φιλέω (« aimer avec affection, être ami ») et que ἐράω (« désirer, aimer d'amour passionné »). Il signifie volontiers « accueillir avec affection, faire bon visage, se contenter de, préférer ». L'idée d'estime et de choix y est plus forte que celle d'émotion.
Le nom correspondant, ἀγάπη (G26), est presque inconnu avant la Septante, où il apparaît pour traduire l'hébreu ʾahăbāh. C'est donc par la Bible grecque que cette famille de mots a pris son relief. L'adjectif ἀγαπητός, « bien-aimé », appartient à la même famille : il qualifie le Fils au baptême de Jésus, et les destinataires des lettres apostoliques.
Il faut se garder de charger le verbe d'un sens technique qu'il n'a pas en lui-même. Le Nouveau Testament l'emploie aussi pour des amours mal orientées : les pharisiens « aiment » les premiers sièges, Démas a abandonné Paul « par amour pour le siècle présent ». Ce qui donne au mot sa portée chrétienne, ce n'est pas son étymologie, c'est son objet et son modèle : l'amour de Dieu manifesté en Jésus.
Sens et emplois
Aimer Dieu
Le premier commandement, cité du Deutéronome : un attachement qui engage toute la personne, cœur, âme et pensée.
« Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, et de toute ta pensée. »Mt 22.37, Segond 1910
Aimer le prochain, jusqu'à l'ennemi
Jésus élargit le commandement du Lévitique au-delà de tout cercle naturel. L'amour se mesure à ce qu'il fait pour celui qui ne le mérite pas.
« Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, »Mt 5.44, Segond 1910
L'amour de Dieu pour le monde
Dieu est sujet du verbe, et l'amour se prouve par un don. Le verset résume l'Évangile entier.
« Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, »Jn 3.16, Segond 1910
L'amour conjugal sur le modèle du Christ
Paul fonde l'amour du mari sur celui du Christ, défini par le don de soi.
« Maris, aimez vos femmes, comme Christ a aimé l'Église, et s'est livré lui-même pour elle, »Ep 5.25, Segond 1910
Préférer, s'attacher à
Le verbe peut désigner un attachement mal orienté. Ici, Segond rend par « préférer » : l'homme choisit ce qu'il aime.
« les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. »Jn 3.19, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
Dans la Septante, ἀγαπάω traduit principalement le verbe hébreu ʾāhab (H157), qui couvre tout l'éventail de l'amour : amour d'un père pour son fils, amour entre homme et femme, amitié, amour de Dieu pour Israël et d'Israël pour Dieu. Les traducteurs ont préféré ce verbe à ἐράω, trop marqué par le désir, et l'ont employé même pour l'amour charnel, par exemple dans le Cantique des cantiques.
C'est donc la richesse de l'hébreu ʾāhab qui passe dans le grec du Nouveau Testament. Les deux grands commandements cités par Jésus viennent de Deutéronome 6.5 et de Lévitique 19.18, où le verbe hébreu est ʾāhab. Quand Osée fait dire à Dieu « Quand Israël était jeune, je l'aimais », c'est le même amour d'élection que Jean voit culminer dans le don du Fils. La Vulgate emploie « diligere » ; Segond traduit constamment par « aimer ».
Le débat
Dans le dialogue de Jean 21.15-17, l'alternance entre ἀγαπάω et φιλέω a-t-elle un sens, ou les deux verbes sont-ils synonymes ?
- Une distinction voulue (Richard C. Trench, Synonyms of the New Testament, 1854) : Jésus demande un amour de choix et d'engagement (ἀγαπάω), Pierre n'ose répondre que par l'affection (φιλέω) ; à la troisième question, Jésus descend au niveau de Pierre. Le dialogue décrit une restauration progressive.
- Des synonymes stylistiques (D. A. Carson, Exegetical Fallacies, 1984) : Jean varie souvent son vocabulaire sans changer de sens (paître agneaux et brebis, savoir avec deux verbes différents). Il emploie aussi les deux verbes pour l'amour du Père envers le Fils. Le poids du passage est dans la triple question, qui répond au triple reniement.
L'usage johannique donne raison à la lecture synonymique : les deux verbes s'échangent ailleurs dans l'Évangile. Le sens du passage ne dépend pas d'une nuance lexicale, mais de la répétition : trois questions pour trois reniements, et chaque réponse reçoit une mission pastorale. Il serait imprudent de bâtir une doctrine de l'amour sur cette seule alternance.
Portée théologique
Le Nouveau Testament ne définit pas l'amour à partir de l'expérience humaine pour l'appliquer ensuite à Dieu ; il fait l'inverse. « cet amour consiste, non point en ce que nous avons aimé Dieu, mais en ce qu'il nous a aimés » (1 Jn 4.10). L'amour divin précède, et il se prouve par un don : Dieu « a donné son Fils unique », le Christ « s'est livré lui-même ». L'amour chrétien est d'abord une réponse : « nous l'aimons, parce qu'il nous a aimés le premier ».
Le commandement nouveau de Jean 13.34 ne réside pas dans l'ordre d'aimer, déjà donné dans la Loi, mais dans sa mesure : « comme je vous ai aimés ». Pour la prédication, cela déplace la question. Il ne s'agit pas d'éprouver des sentiments à commande, mais de vouloir le bien de l'autre et d'agir en conséquence, y compris envers l'ennemi. Jésus remarque que « les pécheurs aussi aiment ceux qui les aiment » : l'amour qui ressemble à celui de Dieu est celui qui ne calcule pas le retour.
Chaîne : L'amour qui vient de Dieu
- Lv 19.18 Aimer son prochain : « Tu ne te vengeras point, et tu ne garderas point de rancune contre les enfants de ton peuple. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis l'Éternel. »
- Dt 6.5 Aimer l'Éternel de tout son cœur : « Tu aimeras l'Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. »
- Os 11.1 L'amour pour le fils : « Quand Israël était jeune, je l'aimais, Et j'appelai mon fils hors d'Égypte. »
- Mt 5.44 Aimez vos ennemis : « Mais moi, je vous dis: Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, »
- Mt 22.37 Le grand commandement : « Jésus lui répondit: Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, et de toute ta pensée. »
- Jn 3.16 Dieu a tant aimé le monde : « Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle. »
- Jn 13.34 Le commandement nouveau : « Je vous donne un commandement nouveau: Aimez-vous les uns les autres; comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. »
- Jn 21.15 M'aimes-tu ? : « Après qu'ils eurent mangé, Jésus dit à Simon Pierre: Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu plus que ne m'aiment ceux-ci? Il lui répondit: Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime. Jésus lui dit: Pais mes agneaux. »
- Rm 8.37 Plus que vainqueurs : « Mais dans toutes ces choses nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés. »
- Ga 2.20 Il m'a aimé : « J'ai été crucifié avec Christ; et si je vis, ce n'est plus moi qui vis, c'est Christ qui vit en moi; si je vis maintenant dans la chair, je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m'a aimé et qui s'est livré lui-même pour moi. »
- 1 Jn 4.10 En ceci consiste l'amour : « Et cet amour consiste, non point en ce que nous avons aimé Dieu, mais en ce qu'il nous a aimés et a envoyé son Fils comme victime expiatoire pour nos péchés. »
- 1 Jn 4.19 Il nous a aimés le premier : « Pour nous, nous l'aimons, parce qu'il nous a aimés le premier. »
Mots apparentés
- agapē ἀγάπη : amour, charité
- phileō φιλέω : aimer d'affection ; embrasser
- ʾāhav אָהַב : aimer
- ḥesed חֶסֶד : bonté fidèle
- eleos ἔλεος : miséricorde
Autres mots du thème « Foi, espérance, amour »
- ʾāman : être ferme ; croire
- bāṭaḥ : se confier, être en sécurité
- yirʾāh : crainte
- šālôm : paix, bien-être, intégrité
- pistis : foi, confiance, fidélité
- elpis : espérance
- eirēnē : paix
- echō : avoir, tenir
Bibliographie
- Ceslas Spicq, Agapè dans le Nouveau Testament. Analyse des textes, 3 vol., Paris, Gabalda, 1958-1959. voir sur Amazon
- Gottfried Quell, Ethelbert Stauffer, art. « ἀγαπάω, ἀγάπη, ἀγαπητός », Theological Dictionary of the New Testament, vol. 1. voir sur Amazon
- Anders Nygren, Érôs et Agapè. La notion chrétienne de l'amour et ses transformations, trad. française, Paris, Aubier, 1944-1952. voir sur Amazon
- Richard C. Trench, Synonyms of the New Testament. voir sur Amazon
- D. A. Carson, Exegetical Fallacies, Grand Rapids, Baker, 1984. voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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