ʾap אַף

Strong H639 · nom masculin · narine, nez ; colère · 276 occurrences

Au sens propre, le nez ou les narines ; au duel, le visage. Par une image très concrète, le mot désigne la colère, qui se lit au souffle qui s'échauffe et aux narines qui frémissent. C'est le terme le plus courant pour la colère de Dieu.

Racine et étymologie

Le mot ʾap vient d'une forme ʾanp, dont le n s'est assimilé à la consonne suivante, d'où le redoublement du p dans les formes suffixées (ʾappô, « son nez »). La même racine se retrouve dans d'autres langues sémitiques : l'arabe ʾanf et l'akkadien appu désignent eux aussi le nez. Le sens corporel est donc premier et bien assuré.

Le verbe apparenté ʾānap (H599) signifie « s'irriter, être en colère ». Le passage du nez à la colère s'explique par l'observation : chez l'homme irrité, la respiration s'accélère, les narines se dilatent, le visage rougit. L'hébreu parle volontiers des émotions par le corps, comme il situe la pensée dans le cœur ou la compassion dans les entrailles. Ainsi l'expression fréquente « sa narine s'enflamma » signifie simplement « il se mit en colère ».

Au duel, ʾappayim, « les deux narines », désigne le visage : se prosterner « les narines contre terre » est l'attitude du profond respect. Le même duel entre dans la formule célèbre ʾerek ʾappayim, littéralement « long de narines », c'est-à-dire « lent à la colère » : celui dont le souffle met longtemps à s'échauffer. L'image dit la patience mieux qu'un terme abstrait.

Sens et emplois

  1. Le nez, les narines

    Le sens physique, lié au souffle. Dieu insuffle la vie dans les narines du premier homme ; le même organe porte l'anneau offert à Rebecca (Gn 24.47).

    « il souffla dans ses narines un souffle de vie »Gn 2.7, Segond 1910
  2. Le visage, dans la prosternation

    Au duel, le mot désigne le visage tourné vers le sol, geste d'hommage envers un hôte, un roi ou Dieu. Segond traduit par « la face contre terre ».

    « il se leva pour aller au-devant d'eux, et se prosterna la face contre terre. »Gn 19.1, Segond 1910
  3. Le souffle puissant de Dieu

    Dans la poésie, le souffle des narines divines est une force qui agit sur la création : il fend la mer pour Israël.

    « Au souffle de tes narines, les eaux se sont amoncelées, »Ex 15.8, Segond 1910
  4. La colère de Dieu

    Le sens le plus fréquent : la réaction de Dieu devant l'infidélité de son peuple. Après le veau d'or, Dieu annonce que sa « colère va s'enflammer », et Moïse intercède.

    « ma colère va s'enflammer contre eux, et je les consumerai; »Ex 32.10, Segond 1910
  5. Lent à la colère

    La formule ʾerek ʾappayim fait partie de la confession centrale d'Israël sur le caractère de Dieu. Elle revient dans les Psaumes, chez Joël, Jonas et Nahum.

    « lent à la colère, riche en bonté et en fidélité, »Ex 34.6, Segond 1910
  6. La colère humaine

    Les Proverbes observent la colère des hommes et recommandent la maîtrise de soi : celui qui est « lent à la colère » montre son intelligence.

    « Une réponse douce calme la fureur, Mais une parole dure excite la colère. »Pr 15.1, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La Septante rend ʾap, au sens de colère, surtout par θυμός, « emportement, ardeur », et par ὀργή, « colère ». Au sens propre, elle emploie μυκτήρ, « narine », ou πρόσωπον, « visage ». L'image corporelle disparaît donc en grec : le lecteur de la Septante lit « colère », non plus « narine ».

La formule « lent à la colère » devient μακρόθυμος, littéralement « long d'ardeur ». De là vient la μακροθυμία, la « patience » du Nouveau Testament, qualité de Dieu (Rm 2.4) et fruit de l'Esprit (Ga 5.22). Quand Paul parle de « la colère de Dieu » qui se révèle du ciel (Rm 1.18), il emploie ὀργή, mais l'arrière-plan reste celui des prophètes, où la colère est la réaction blessée d'un Dieu d'alliance.

Le débat

Faut-il prendre la « colère » de Dieu comme une émotion réelle, ou comme une manière humaine de parler d'un Dieu qui ne change pas ?

Les deux lectures ont raison contre une caricature. Le vocabulaire de ʾap est imagé, mais il dit une vérité : Dieu n'est pas indifférent au mal. Sa colère est toujours subordonnée à sa bonté, « un instant » face à une grâce « toute la vie » (Ps 30.6) ; elle n'a donc rien d'une humeur aveugle.

Portée théologique

Le mot ʾap rappelle que la Bible parle de Dieu avec des images de chair. Le même souffle qui donne la vie à l'homme (Gn 2.7) peut devenir le souffle brûlant de la colère. Cette proximité est éclairante : la colère de Dieu n'est pas l'opposé de la vie, mais la réaction de celui qui donne la vie quand elle est trahie, opprimée ou détruite.

La confession d'Exode 34.6 donne la mesure : Dieu est « lent à la colère », littéralement « long de narines ». Sa colère existe, mais elle vient tard et repart vite. Le psalmiste le chante (Ps 30.6), Michée s'en émerveille (Mi 7.18), et Jonas s'en plaint, scandalisé que Dieu pardonne à Ninive (Jon 4.2).

Pour la prédication, ce vocabulaire invite à deux choses. D'abord, prendre au sérieux le mal, puisque Dieu lui-même ne le regarde pas avec indifférence. Ensuite, imiter la patience divine : « celui qui est lent à la colère a une grande intelligence » (Pr 14.29). Le Nouveau Testament reprend cette ligne en annonçant que, par le Christ, les croyants sont « sauvés de la colère » (Rm 5.9).

Chaîne : La colère et la patience de Dieu

  1. Gn 2.7 Le souffle dans les narines : « L'Éternel Dieu forma l'homme de la poussière de la terre, il souffla dans ses narines un souffle de vie et l'homme devint un être vivant. »
  2. Ex 32.10 Le veau d'or : « Maintenant laisse-moi; ma colère va s'enflammer contre eux, et je les consumerai; mais je ferai de toi une grande nation. »
  3. Ex 34.6 Lent à la colère : « Et l'Éternel passa devant lui, et s'écria: L'Éternel, l'Éternel, Dieu miséricordieux et compatissant, lent à la colère, riche en bonté et en fidélité, »
  4. Nb 14.18 L'intercession de Moïse : « L'Éternel est lent à la colère et riche en bonté, il pardonne l'iniquité et la rébellion; mais il ne tient point le coupable pour innocent, et il punit l'iniquité des pères sur les enfants jusqu'à la troisième et la quatrième génération. »
  5. Ps 30.6 La colère dure un instant : « Car sa colère dure un instant, Mais sa grâce toute la vie; Le soir arrivent les pleurs, Et le matin l'allégresse. »
  6. Os 11.9 Dieu renonce à sa colère : « Je n'agirai pas selon mon ardente colère, Je renonce à détruire Éphraïm; Car je suis Dieu, et non pas un homme, Je suis le Saint au milieu de toi; Je ne viendrai pas avec colère. »
  7. Jon 4.2 La plainte de Jonas : « Il implora l'Éternel, et il dit: Ah! Éternel, n'est-ce pas ce que je disais quand j'étais encore dans mon pays? C'est ce que je voulais prévenir en fuyant à Tarsis. Car je savais que tu es un Dieu compatissant et miséricordieux, lent à la colère et riche en bonté, et qui te repens du mal. »
  8. Mi 7.18 Il ne garde pas sa colère : « Quel Dieu est semblable à toi, Qui pardonnes l'iniquité, qui oublies les péchés Du reste de ton héritage? Il ne garde pas sa colère à toujours, Car il prend plaisir à la miséricorde. »
  9. Rm 1.18 La colère révélée : « La colère de Dieu se révèle du ciel contre toute impiété et toute injustice des hommes qui retiennent injustement la vérité captive, »
  10. Rm 5.9 Sauvés de la colère : « À plus forte raison donc, maintenant que nous sommes justifiés par son sang, serons-nous sauvés par lui de la colère. »

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Bibliographie

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