archiereus ἀρχιερεύς
Strong G749 · nom masculin · grand prêtre, souverain sacrificateur · 122 occurrences
Le prêtre placé à la tête du sacerdoce d'Israël, seul habilité à entrer dans le lieu très saint au jour des expiations. Au pluriel, les « principaux sacrificateurs ». L'épître aux Hébreux en fait le titre central du Christ.
Racine et étymologie
Le mot est un composé transparent. Le premier élément, ἀρχι-, vient du verbe ἄρχω, « commencer, être le premier, commander », que l'on retrouve dans ἀρχή (« commencement, autorité ») et dans de nombreux titres : ἀρχισυνάγωγος, le chef de synagogue, ou ἀρχάγγελος, l'archange. Le second élément, ἱερεύς, désigne le prêtre, celui qui s'occupe de ce qui est ἱερός, « sacré ». L'archiereus est donc littéralement « le premier des prêtres », celui qui préside le corps sacerdotal.
Le terme existait dans le grec profane avant d'entrer dans la Bible : on l'employait pour des chefs de collèges sacerdotaux, et, à l'époque romaine, pour les grands prêtres du culte impérial dans les provinces. Les auteurs juifs de langue grecque, Philon d'Alexandrie et Flavius Josèphe, l'utilisent couramment pour le chef du sacerdoce de Jérusalem.
Il faut noter une particularité du Nouveau Testament : le pluriel ἀρχιερεῖς ne signifie pas qu'il y aurait eu plusieurs grands prêtres en fonction en même temps. Il désigne le groupe dirigeant du sacerdoce : le grand prêtre en exercice, les anciens grands prêtres encore vivants (comme Anne) et les membres des grandes familles sacerdotales qui siégeaient au sanhédrin. Segond rend ce pluriel par « principaux sacrificateurs ».
Sens et emplois
Le grand prêtre d'Israël
Le chef du sacerdoce issu d'Aaron, dans le passé biblique. Jésus évoque l'épisode des pains de proposition, qu'il situe au temps d'Abiathar.
« du temps du souverain sacrificateur Abiathar »Mc 2.26, Segond 1910
Le grand prêtre en exercice au temps de Jésus
Le titulaire de la charge, nommé et révocable par l'autorité romaine, qui préside le sanhédrin. Caïphe conduit l'interrogatoire de Jésus.
« Ceux qui avaient saisi Jésus l'emmenèrent chez le souverain sacrificateur Caïphe, où les scribes et les anciens étaient assemblés. »Mt 26.57, Segond 1910
Au pluriel : l'aristocratie sacerdotale
Les « principaux sacrificateurs », groupe dirigeant du Temple, souvent nommés avec les anciens et les scribes comme responsables de la mort de Jésus.
« qu'il souffrît beaucoup de la part des anciens, des principaux sacrificateurs et des scribes »Mt 16.21, Segond 1910
Le Christ, grand prêtre
Dans l'épître aux Hébreux, Jésus est le grand prêtre définitif qui entre non dans un sanctuaire terrestre mais dans la présence même de Dieu.
« Ainsi, puisque nous avons un grand souverain sacrificateur qui a traversé les cieux, Jésus, le Fils de Dieu, demeurons fermes dans la foi que nous professons. »Hé 4.14, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
Derrière ἀρχιερεύς se tient l'hébreu kōhēn (« prêtre »), qualifié de plusieurs façons : hakkōhēn haggādôl, « le grand prêtre » (Lv 21.10), kōhēn hārōʾš, « le prêtre en chef » (2 R 25.18), ou hakkōhēn hammāšîaḥ, « le prêtre oint » (Lv 4.3). La Septante traduit le plus souvent ces expressions mot à mot, par ὁ ἱερεὺς ὁ μέγας, « le grand prêtre ». Le composé ἀρχιερεύς y reste rare dans les livres anciens et devient habituel dans les écrits plus tardifs, notamment les livres des Maccabées, où le grand prêtre est aussi un chef politique.
Le Nouveau Testament hérite de cet usage tardif. L'épître aux Hébreux, elle, relit tout le rituel du Lévitique, en particulier le jour des expiations (Lv 16), pour montrer en Jésus l'accomplissement de la fonction. La Vulgate rend le mot par « pontifex » ou « princeps sacerdotum », et les traductions françaises anciennes ont fixé « souverain sacrificateur » chez les protestants, « grand prêtre » chez les catholiques.
Le débat
Selon l'épître aux Hébreux, à quel moment le Christ exerce-t-il son sacerdoce : sur la croix, ou seulement à partir de son entrée dans le sanctuaire céleste ?
- Un sacerdoce exercé dès la passion (Albert Vanhoye, 1980) : L'offrande du Christ est sa mort même, vécue dans l'obéissance ; la croix est l'acte sacerdotal par excellence, et l'exaltation en est la consécration. Argument : Hé 9.14 et 10.10 lient l'offrande au corps et au sang.
- Un sacerdoce inauguré à l'exaltation (lecture d'une partie de l'exégèse moderne) : Le Christ devient grand prêtre « selon l'ordre de Melchisédek » quand Dieu l'établit après la résurrection (Hé 5.5-6) ; l'offrande décisive se situe dans le sanctuaire céleste, comme le sang porté dans le lieu très saint au jour des expiations.
- Un seul mouvement en deux temps (lecture typologique classique) : Comme au jour des expiations, l'immolation (au dehors) et l'entrée avec le sang (au dedans) forment un seul rite : la croix et l'ascension sont les deux moments d'un unique acte sacerdotal.
Le modèle de Lévitique 16 éclaire le débat : le rite n'est complet que lorsque le sacrifice accompli à l'extérieur est présenté devant Dieu. L'épître insiste à la fois sur le « une fois pour toutes » de la mort du Christ (Hé 7.27) et sur son entrée dans le ciel (Hé 9.24). Séparer les deux appauvrit sa pensée.
Portée théologique
Le grand prêtre était, dans l'Israël ancien, la figure du médiateur : une fois par an, il entrait seul derrière le voile, portant les noms des tribus sur sa poitrine et le sang de l'expiation dans ses mains. Les Évangiles montrent ce que la fonction était devenue : une charge disputée, liée au pouvoir romain, dont le titulaire condamne Jésus. Jean souligne l'ironie : Caïphe annonce sans le savoir qu'un homme doit mourir pour le peuple.
L'épître aux Hébreux retourne la situation. Celui que le grand prêtre a condamné est le vrai grand prêtre, à la fois solidaire de ses frères (« semblable en toutes choses ») et saint, séparé des pécheurs. Pour la prédication, cela signifie que le croyant n'a plus besoin d'un intermédiaire humain pour approcher Dieu : il peut s'avancer « avec assurance » vers le trône de la grâce (Hé 4.16), parce qu'un homme qui a connu la faiblesse se tient déjà dans la présence de Dieu en sa faveur.
Chaîne : Du grand prêtre d'Aaron au grand prêtre éternel
- Ex 28.1 Aaron mis à part : « Fais approcher de toi Aaron, ton frère, et ses fils, et prends-les parmi les enfants d'Israël pour les consacrer à mon service dans le sacerdoce: Aaron et les fils d'Aaron, Nadab, Abihu, Eléazar et Ithamar. »
- Lv 16.32 Le jour des expiations : « L'expiation sera faite par le sacrificateur qui a reçu l'onction et qui a été consacré pour succéder à son père dans le sacerdoce; il se revêtira des vêtements de lin, des vêtements sacrés. »
- Za 3.1 Josué, grand prêtre purifié : « Il me fit voir Josué, le souverain sacrificateur, debout devant l'ange de l'Éternel, et Satan qui se tenait à sa droite pour l'accuser. »
- Mt 26.57 Jésus devant Caïphe : « Ceux qui avaient saisi Jésus l'emmenèrent chez le souverain sacrificateur Caïphe, où les scribes et les anciens étaient assemblés. »
- Jn 11.49 La prophétie involontaire de Caïphe : « L'un d'eux, Caïphe, qui était souverain sacrificateur cette année-là, leur dit: Vous n'y entendez rien; »
- Hé 2.17 Miséricordieux et fidèle : « En conséquence, il a dû être rendu semblable en toutes choses à ses frères, afin qu'il fût un souverain sacrificateur miséricordieux et fidèle dans le service de Dieu, pour faire l'expiation des péchés du peuple; »
- Hé 4.14 Il a traversé les cieux : « Ainsi, puisque nous avons un grand souverain sacrificateur qui a traversé les cieux, Jésus, le Fils de Dieu, demeurons fermes dans la foi que nous professons. »
- Hé 7.26 Saint, innocent, sans tache : « Il nous convenait, en effet, d'avoir un souverain sacrificateur comme lui, saint, innocent, sans tache, séparé des pécheurs, et plus élevé que les cieux, »
- Hé 9.11 Le sanctuaire non fait de main d'homme : « Mais Christ est venu comme souverain sacrificateur des biens à venir; il a traversé le tabernacle plus grand et plus parfait, qui n'est pas construit de main d'homme, c'est-à-dire, qui n'est pas de cette création; »
Mots apparentés
- kōhēn כֹּהֵן : prêtre, sacrificateur
- hilastērion ἱλαστήριον : propitiatoire, moyen d'expiation
- naos ναός : sanctuaire, temple (demeure de Dieu)
- mizbēaḥ מִזְבֵּחַ : autel
- diathēkē διαθήκη : alliance, testament
Autres mots du thème « Culte et sainteté »
- qōdeš : sainteté, chose sainte, sanctuaire
- qorbān : offrande, ce qu'on apporte à Dieu
- ʿōlâ : holocauste, offrande qui monte
- šabbāt : sabbat, jour de repos
- hālal : louer, célébrer ; se glorifier
- hagios : saint ; au pluriel, les saints
- proskuneō : se prosterner, adorer
- yāšab : s'asseoir, habiter
Anecdotes pour prêcher ce mot
- L'ancre de l'âme : du naufrage de Paul aux catacombes de Rome (L'ancre, Ier-IIIe siècle)
- Le casque d'eau versé dans le sable : Alexandre au désert de Gédrosie (Alexandre le Grand, 325 av. J.-C.)
- « Je dois le dire à Jésus » : Elisha Hoffman et la femme éplorée (Elisha Hoffman, vers 1893)
Bibliographie
- Gottlob Schrenk, art. « ἱερός, ἀρχιερεύς », Theological Dictionary of the New Testament, vol. 3. voir sur Amazon
- Ceslas Spicq, L'Épître aux Hébreux, 2 vol., Paris, Gabalda, 1952-1953. voir sur Amazon
- Albert Vanhoye, Prêtres anciens, prêtre nouveau selon le Nouveau Testament, Paris, Seuil, 1980. voir sur Amazon
- Joachim Jeremias, Jérusalem au temps de Jésus, Paris, Cerf, 1967 (original allemand : Jerusalem zur Zeit Jesu). voir sur Amazon
- Walter Bauer, Frederick W. Danker et al., A Greek-English Lexicon of the New Testament and Other Early Christian Literature (BDAG), 3e éd., Chicago, 2000. voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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