bayin בַּיִן

Strong H996 · préposition (nom figé) · entre, parmi · 405 occurrences

Le petit mot hébreu qui dit « entre ». Il marque l'espace qui sépare et distingue, mais aussi le lien qui unit deux partenaires : l'alliance est toujours conclue « entre moi et toi ».

Racine et étymologie

Bayin est à l'origine un nom signifiant « intervalle, espace entre deux choses ». Il ne s'emploie pratiquement plus qu'à l'état construit, sous la forme bên, devenue une préposition : « entre ». Avec des suffixes, il donne bênî, « entre moi », bênᵉkā, « entre toi », bênênû, « entre nous ». Combiné avec d'autres prépositions, il produit mibbên, « d'entre », et lᵉbên, que l'on trouve dans la tournure « entre… et… ».

La construction la plus caractéristique répète le mot : bên A ûbên B, littéralement « entre A et entre B ». Le français dit simplement « entre A et B », mais l'hébreu insiste sur les deux pôles, ce qui donne aux phrases une allure solennelle, par exemple dans les formules d'alliance ou dans les distinctions rituelles.

Les lexiques rattachent bayin à la racine b-y-n, qui fournit aussi le verbe bîn, « discerner, comprendre », et le nom bînâ, « intelligence ». Le lien est éclairant : comprendre, c'est savoir faire la différence entre deux choses. Salomon demande précisément un cœur capable de « discerner le bien du mal » (1 R 3.9), où l'hébreu emploie le verbe bîn suivi de bên. La parenté exacte entre le nom et le verbe reste discutée, mais l'usage biblique les associe volontiers.

Sens et emplois

  1. Séparer dans la création

    Au premier chapitre de la Genèse, Dieu crée en séparant : la lumière et les ténèbres, les eaux d'en haut et celles d'en bas. Bên accompagne le verbe bādal, « séparer ».

    « Dieu vit que la lumière était bonne; et Dieu sépara la lumière d'avec les ténèbres. »Gn 1.4, Segond 1910
  2. Le lien de l'alliance

    L'alliance est toujours conclue « entre » deux partenaires. Le mot désigne alors l'espace commun que Dieu ouvre entre lui et l'homme.

    « J'établirai mon alliance entre moi et toi, et je te multiplierai à l'infini. »Gn 17.2, Segond 1910
  3. Le conflit entre deux parties

    Bên dit aussi l'inimitié ou la querelle qui oppose. Après la faute, Dieu installe une hostilité durable entre le serpent et la femme, et entre leurs descendances.

    « Je mettrai inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité: celle-ci t'écrasera la tête, et tu lui blesseras le talon. »Gn 3.15, Segond 1910
  4. Distinguer le saint et le profane

    Le prêtre a pour tâche d'apprendre au peuple à faire la différence. Le mot devient un terme clé du discernement rituel et moral.

    « afin que vous puissiez distinguer ce qui est saint de ce qui est profane, ce qui est impur de ce qui est pur, »Lv 10.10, Segond 1910
  5. Dieu juge et témoin entre deux

    Dans les serments, on prend Dieu pour juge ou pour garant « entre moi et toi » : sa présence se tient au milieu de la relation humaine.

    « Que le Dieu d'Abraham et de Nachor, que le Dieu de leur père soit juge entre nous. Jacob jura par celui que craignait Isaac. »Gn 31.53, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La Septante rend presque toujours bên par la préposition ἀνὰ μέσον, littéralement « au milieu de », souvent répétée comme en hébreu, dès Genèse 1.4. Ce calque donne au grec biblique une couleur sémitique immédiatement reconnaissable. On trouve aussi μεταξύ, « entre », plus classique, mais rare.

Le Nouveau Testament n'a pas de mot aussi chargé que bên, mais l'idée demeure. Paul écrit qu'il y a « un seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme » (1 Tm 2.5) : la préposition grecque y est différente, mais la pensée prolonge celle de Job, qui se plaignait : « Il n'y a pas entre nous d'arbitre, Qui pose sa main sur nous deux » (Jb 9.33). L'épître aux Éphésiens parle du « mur de séparation » renversé entre Juifs et païens (Ep 2.14) : ce qui était « entre » devient lieu de réconciliation.

La Vulgate emploie inter, que Segond rend par « entre », « d'avec », « parmi », ou par une tournure verbale comme « faire la différence ».

Le débat

L'inimitié placée « entre » le serpent et la femme (Gn 3.15) annonce-t-elle le Messie, ou décrit-elle l'hostilité durable entre l'humanité et le mal ?

La répétition de bên (« entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité ») montre que Dieu lui-même installe une frontière : le mal n'aura pas l'homme pour allié tranquille. Le sens premier est collectif, mais l'ouverture vers un vainqueur explique que la lecture messianique ait pu naître légitimement à partir du texte.

Portée théologique

Un mot aussi modeste qu'une préposition peut porter une théologie. Dans la Genèse, Dieu crée en mettant de l'ordre « entre » les choses : la lumière n'est pas les ténèbres, la mer n'est pas la terre ferme. Le culte d'Israël prolonge ce geste créateur : le prêtre apprend à distinguer le saint du profane, le pur de l'impur, et les prophètes reprochent aux prêtres d'avoir oublié cette tâche (Éz 22.26). Discerner, c'est entrer dans la manière dont Dieu ordonne le monde.

Mais bên dit aussi la relation. L'alliance est « entre moi et toi » : Dieu ne parle pas à distance, il se lie. Le drame biblique est que le péché vient occuper cet espace : « ce sont vos crimes qui mettent une séparation Entre vous et votre Dieu » (És 59.2). Job réclame un arbitre qui se tienne entre lui et Dieu. Pour la prédication, cette ligne aboutit au Christ médiateur, qui se tient lui-même dans l'entre-deux, et à la réconciliation qui abat le mur dressé entre les peuples.

Chaîne : Ce que Dieu met entre

  1. Gn 1.4 La lumière et les ténèbres : « Dieu vit que la lumière était bonne; et Dieu sépara la lumière d'avec les ténèbres. »
  2. Gn 3.15 L'inimitié avec le serpent : « Je mettrai inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité: celle-ci t'écrasera la tête, et tu lui blesseras le talon. »
  3. Gn 9.13 L'arc, signe entre Dieu et la terre : « j'ai placé mon arc dans la nue, et il servira de signe d'alliance entre moi et la terre. »
  4. Gn 17.7 L'alliance avec Abraham : « J'établirai mon alliance entre moi et toi, et tes descendants après toi, selon leurs générations: ce sera une alliance perpétuelle, en vertu de laquelle je serai ton Dieu et celui de ta postérité après toi. »
  5. Ex 11.7 La différence entre l'Égypte et Israël : « Mais parmi tous les enfants d'Israël, depuis les hommes jusqu'aux animaux, pas même un chien ne remuera sa langue, afin que vous sachiez quelle différence l'Éternel fait entre l'Égypte et Israël. »
  6. Lv 10.10 Le saint et le profane : « afin que vous puissiez distinguer ce qui est saint de ce qui est profane, ce qui est impur de ce qui est pur, »
  7. 1 S 20.42 Jonathan et David : « Et Jonathan dit à David: Va en paix, maintenant que nous avons juré l'un et l'autre, au nom de l'Éternel, en disant: Que l'Éternel soit à jamais entre moi et toi, entre ma postérité et ta postérité! David se leva, et s'en alla, et Jonathan rentra dans la ville. »
  8. Jb 9.33 Un arbitre entre nous : « Il n'y a pas entre nous d'arbitre, Qui pose sa main sur nous deux. »
  9. És 59.2 Les péchés qui séparent : « Mais ce sont vos crimes qui mettent une séparation Entre vous et votre Dieu; Ce sont vos péchés qui vous cachent sa face Et l'empêchent de vous écouter. »
  10. Ml 3.18 Le juste et le méchant : « Et vous verrez de nouveau la différence Entre le juste et le méchant, Entre celui qui sert Dieu Et celui qui ne le sert pas. »
  11. 1 Tm 2.5 Un seul médiateur : « Car il y a un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme, »

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Bibliographie

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