cheir χείρ

Strong G5495 · nom féminin · main · 177 occurrences

La main, organe du geste humain et image de la puissance. Dans les Évangiles, c'est la main que Jésus étend pour toucher et guérir ; dans les Actes, celle qu'on impose pour bénir et envoyer ; partout, la main de Dieu qui garde et qui juge.

Racine et étymologie

Χείρ est un vieux mot indo-européen, présent dès Homère, et apparenté à des termes d'autres langues anciennes désignant la main. Sa déclinaison est irrégulière : le génitif est χειρός, le datif pluriel χερσί dans la langue classique, et le Nouveau Testament présente même un accusatif χεῖραν dans certains manuscrits. Ces détails montrent un mot très ancien, usé par l'emploi quotidien.

Le grec en a tiré une large famille. Χειροτονέω signifie d'abord « voter à main levée », puis « désigner, établir » (Ac 14.23). Χειρόγραφον, littéralement « écrit de la main », désigne une reconnaissance de dette : Colossiens 2.14 en fait l'acte d'accusation que Dieu a effacé en le clouant à la croix. Les adjectifs χειροποίητος et ἀχειροποίητος, « fait » ou « non fait de main d'homme », opposent le temple bâti par les hommes à la demeure que Dieu prépare (Mc 14.58 ; Hé 9.11).

Dans l'usage ordinaire, χείρ désigne la main au sens physique, mais la langue biblique lui donne une forte valeur figurée : la main est la personne qui agit, sa force, son pouvoir de disposer d'autrui. « Livrer entre les mains » de quelqu'un, c'est le soumettre à son pouvoir.

Sens et emplois

  1. La main qui touche et guérit

    Jésus guérit souvent par un geste de la main, au risque de l'impureté. Marc souligne la compassion qui précède le geste.

    « Jésus, ému de compassion, étendit la main, le toucha, et dit: Je le veux, sois pur. »Mc 1.41, Segond 1910
  2. L'imposition des mains

    Geste de bénédiction, de guérison ou d'envoi en mission. L'Église naissante l'emploie pour confier un ministère.

    « Alors, après avoir jeûné et prié, ils leur imposèrent les mains, et les laissèrent partir. »Ac 13.3, Segond 1910
  3. Être livré aux mains de quelqu'un

    La main signifie le pouvoir. Les annonces de la Passion disent que le Fils de l'homme sera remis au pouvoir des hommes.

    « Pendant qu'ils parcouraient la Galilée, Jésus leur dit: Le Fils de l'homme doit être livré entre les mains des hommes; »Mt 17.22, Segond 1910
  4. La main de Dieu qui garde

    Hérité de l'hébreu yād, le sens de protection : rien ne peut arracher les brebis de la main du Fils et du Père.

    « Je leur donne la vie éternelle; et elles ne périront jamais, et personne ne les ravira de ma main. »Jn 10.28, Segond 1910
  5. La main de Dieu qui juge

    La même main est redoutable pour celui qui méprise la grâce reçue.

    « C'est une chose terrible que de tomber entre les mains du Dieu vivant. »Hé 10.31, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

Dans la Septante, χείρ traduit principalement l'hébreu yād, l'un des mots les plus fréquents de la Bible hébraïque. Ce choix est décisif : χείρ reçoit en grec biblique toute la charge figurée de yād, qui signifie la main, mais aussi la puissance, la possession, la responsabilité. Les formules hébraïques passent telles quelles en grec : « par la main de » quelqu'un pour dire « par son intermédiaire », ou la « main puissante » de l'Exode.

Le Nouveau Testament en garde la trace. Quand Jésus meurt en disant « Père, je remets mon esprit entre tes mains » (Lc 23.46), il reprend le Psaume 31.6, où l'hébreu porte yād. Quand l'Église prie Dieu d'agir « en étendant ta main » (Ac 4.30), elle emploie l'image de l'Exode. Et la pratique de l'imposition des mains renvoie au geste de Moïse établissant Josué (Nb 27.18-23) ou du prêtre posant les mains sur l'animal offert (Lv 1.4 ; 16.21). Pour comprendre χείρ dans le Nouveau Testament, il faut donc souvent entendre yād derrière le grec.

Le débat

Que transmet l'imposition des mains dans l'Église apostolique (Ac 6.6 ; 1 Tm 4.14) : une grâce propre, une simple reconnaissance, ou un geste d'identification hérité de l'Ancien Testament ?

Les textes ne séparent pas le geste de la prière ni de l'action de l'Esprit. Le sens hérité de l'Ancien Testament, celui d'une identification et d'un envoi, éclaire bien les Actes ; la question de ce que le geste « transmet » relève ensuite de la théologie du ministère propre à chaque tradition.

Portée théologique

La main dit que le salut biblique n'est pas une idée mais une action. Dans l'Ancien Testament, c'est la « main puissante » qui fait sortir Israël d'Égypte ; dans les Évangiles, cette puissance prend la forme d'une main humaine, celle de Jésus, qui touche le lépreux sans craindre l'impureté, relève la belle-mère de Pierre, saisit le disciple qui coule. Dieu se fait proche jusqu'au contact.

La même main est livrée « entre les mains des hommes », clouée, puis montrée à Thomas comme la preuve que le Crucifié est vivant. Pour la prédication, Jean 10 offre la promesse la plus forte : les brebis sont tenues à la fois dans la main du Fils et dans celle du Père, et personne ne peut les en arracher. Pierre en tire une exhortation simple : s'humilier sous la puissante main de Dieu, parce que c'est une main qui relève. Hébreux rappelle que cette main reste celle du Dieu vivant, qu'on ne manipule pas.

Chaîne : La main qui sauve

  1. Ex 13.3 La main puissante de l'Exode : « Moïse dit au peuple: Souvenez-vous de ce jour, où vous êtes sortis d'Égypte, de la maison de servitude; car c'est par sa main puissante que l'Éternel vous en a fait sortir. On ne mangera point de pain levé. »
  2. Dt 26.8 À main forte et à bras étendu : « Et l'Éternel nous fit sortir d'Égypte, à main forte et à bras étendu, avec des prodiges de terreur, avec des signes et des miracles. »
  3. Ps 31.6 Je remets mon esprit : « Je remets mon esprit entre tes mains; Tu me délivreras, Éternel, Dieu de vérité! »
  4. Mt 14.31 Jésus saisit Pierre : « Aussitôt Jésus étendit la main, le saisit, et lui dit: Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté? »
  5. Mc 1.41 La main qui touche le lépreux : « Jésus, ému de compassion, étendit la main, le toucha, et dit: Je le veux, sois pur. »
  6. Mc 10.16 Les enfants bénis : « Puis il les prit dans ses bras, et les bénit, en leur imposant les mains. »
  7. Lc 23.46 Entre tes mains : « Jésus s'écria d'une voix forte: Père, je remets mon esprit entre tes mains. Et, en disant ces paroles, il expira. »
  8. Jn 10.29 La main du Père : « Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tous; et personne ne peut les ravir de la main de mon Père. »
  9. Jn 20.27 Les mains blessées du Ressuscité : « Puis il dit à Thomas: Avance ici ton doigt, et regarde mes mains; avance aussi ta main, et mets-la dans mon côté; et ne sois pas incrédule, mais crois. »
  10. Ac 13.3 L'envoi en mission : « Alors, après avoir jeûné et prié, ils leur imposèrent les mains, et les laissèrent partir. »
  11. 1 P 5.6 Sous la puissante main de Dieu : « Humiliez-vous donc sous la puissante main de Dieu, afin qu'il vous élève au temps convenable; »

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Bibliographie

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