mālak מָלַךְ

Strong H4427 · verbe · régner, devenir roi · 345 occurrences

Exercer la royauté ou accéder au trône. Le verbe raconte la succession des rois d'Israël et des nations, mais sa pointe théologique est ailleurs : « L'Éternel règne ». La royauté humaine n'est légitime que sous celle de Dieu, et les prophètes attendent un roi juste issu de David.

Racine et étymologie

La racine m-l-k est commune à presque toutes les langues sémitiques. En akkadien, malāku signifie « conseiller, délibérer », tandis que le nom malku désigne un prince ; en phénicien, en araméen et en ougaritique, mlk est le roi. Ce double versant, conseil et royauté, se retrouve en hébreu : les lexiques distinguent, à côté du verbe « régner », un homonyme rare signifiant « délibérer » (STEPBible le note H4427b), attesté en Néhémie 5.7. Le roi, dans cette perspective, est d'abord celui qui décide.

Au qal, le verbe signifie « être roi » ou « devenir roi » : la forme accomplie mālak décrit souvent une accession au trône (« Adonija est devenu roi », 1 R 1.11). Au hiphil, il signifie « faire roi, établir comme roi » : c'est le cas lorsque Dieu se repent d'avoir « établi Saül roi » (1 S 15.35). Le hophal, rare, signifie « être fait roi ».

La racine a produit une famille nombreuse : melek (H4428), « roi », l'un des noms les plus fréquents de la Bible ; malkâ, « reine » ; malkût (H4438) et mamlākâ (H4467), « royaume, royauté ». On la retrouve dans des noms propres comme Melchisédek, « mon roi est justice », Abimélek ou Malkiel, et sans doute dans le nom du dieu Molek, dont la Bible condamne le culte.

Sens et emplois

  1. Régner, exercer le pouvoir royal

    L'usage le plus courant, surtout dans les livres des Rois et des Chroniques : la mention de la durée d'un règne forme la charpente du récit historique.

    « David était âgé de trente ans lorsqu'il devint roi, et il régna quarante ans. »2 S 5.4, Segond 1910
  2. Devenir roi, prendre le trône

    La forme accomplie annonce une accession, parfois contestée. Le cri « Absalom règne » est une proclamation de coup d'État.

    « Quand vous entendrez le son de la trompette, vous direz: Absalom règne à Hébron. »2 S 15.10, Segond 1910
  3. Établir un roi (hiphil)

    Au thème causatif, c'est Dieu, un prophète ou le peuple qui « fait régner ». L'acte engage celui qui institue, d'où le regret divin à propos de Saül.

    « parce que l'Éternel se repentait d'avoir établi Saül roi d'Israël. »1 S 15.35, Segond 1910
  4. Le règne de Dieu

    Le sens théologique majeur : Dieu exerce une royauté sans fin sur son peuple et sur le monde. Le Cantique de la mer en fait la conclusion de l'Exode.

    « L'Éternel régnera éternellement et à toujours. »Ex 15.18, Segond 1910
  5. Le règne du roi messianique

    Les prophètes annoncent un descendant de David dont le règne sera marqué par la justice, à la différence des rois qui ont conduit Israël à la ruine.

    « Il régnera en roi et prospérera, Il pratiquera la justice et l'équité dans le pays. »Jr 23.5, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La Septante rend presque toujours mālak par βασιλεύω (G936), « être roi, régner », formé sur βασιλεύς, « roi ». La correspondance est si régulière qu'elle a fixé tout le vocabulaire royal du Nouveau Testament : βασιλεία (« règne, royaume ») y prolonge malkût et mamlākâ, et la proclamation « l'Éternel règne » des Psaumes devient, en grec, ὁ κύριος ἐβασίλευσεν.

Ce lien éclaire la prédication de Jésus. Quand il annonce que « le royaume de Dieu est proche », il ne parle pas d'un territoire, mais de la royauté que Dieu exerce, au sens du verbe hébreu. L'ange de l'Annonciation reprend le langage de la promesse davidique : « Il règnera sur la maison de Jacob éternellement » (Lc 1.33). Et l'Apocalypse fait écho au Cantique de la mer : le Seigneur et son Christ « régnera aux siècles des siècles » (Ap 11.15). La Vulgate traduit par regnare, d'où notre « régner ».

Le débat

La formule YHWH mālak des Psaumes signifie-t-elle « l'Éternel est devenu roi », dans le cadre d'une fête d'intronisation, ou « l'Éternel règne », comme constat permanent ?

Mowinckel a eu le mérite de rappeler la dimension liturgique de ces psaumes, chantés dans un culte où la royauté divine était proclamée. Mais l'hypothèse d'une fête d'intronisation reste une reconstruction. Les deux lectures convergent sur un point : dans le culte d'Israël, proclamer « l'Éternel règne », c'est affirmer qu'aucun roi humain ni aucun dieu des nations ne détient le pouvoir ultime.

Portée théologique

Le verbe mālak pose une question qui traverse l'histoire d'Israël : qui règne vraiment ? Quand le peuple réclame un roi « comme toutes les nations », Dieu déclare à Samuel que c'est lui qu'on rejette. La royauté humaine est pourtant accordée, mais sous condition : le roi n'est qu'un lieutenant de l'Éternel. Le récit des Rois, avec ses formules répétées sur la durée des règnes, montre combien cette royauté a échoué, jusqu'à l'exil.

Les Psaumes et les prophètes répondent à cet échec par une confession : « l'Éternel règne ». Le messager d'Ésaïe 52 annonce à Sion en ruine que son Dieu règne, et cette bonne nouvelle devient, chez Paul, l'Évangile lui-même (Rm 10.15). Pour la prédication, le verbe rappelle que la foi biblique est politique au sens fort : confesser que Dieu règne relativise tout pouvoir humain, et l'espérance chrétienne attend le règne du Fils de David, juste et humble.

Chaîne : Du règne des rois au règne de Dieu

  1. Gn 36.31 Les rois d'Édom : « Voici les rois qui ont régné dans le pays d'Édom, avant qu'un roi régnât sur les enfants d'Israël. »
  2. Ex 15.18 Le Cantique de la mer : « L'Éternel régnera éternellement et à toujours. »
  3. 1 S 8.7 La demande d'un roi : « L'Éternel dit à Samuel: Ecoute la voix du peuple dans tout ce qu'il te dira; car ce n'est pas toi qu'ils rejettent, c'est moi qu'ils rejettent, afin que je ne règne plus sur eux. »
  4. 1 S 12.12 L'Éternel était votre roi : « Puis, voyant que Nachasch, roi des fils d'Ammon, marchait contre vous, vous m'avez dit: Non! mais un roi régnera sur nous. Et cependant l'Éternel, votre Dieu, était votre roi. »
  5. 2 S 5.4 Le règne de David : « David était âgé de trente ans lorsqu'il devint roi, et il régna quarante ans. »
  6. Ps 93.1 L'Éternel règne : « L'Éternel règne, il est revêtu de majesté, L'Éternel est revêtu, il est ceint de force. Aussi le monde est ferme, il ne chancelle pas. »
  7. És 52.7 Ton Dieu règne : « Qu'ils sont beaux sur les montagnes, Les pieds de celui qui apporte de bonnes nouvelles, Qui publie la paix! De celui qui apporte de bonnes nouvelles, Qui publie le salut! De celui qui dit à Sion: ton Dieu règne! »
  8. Jr 23.5 Le germe juste : « Voici, les jours viennent, dit l'Éternel, Où je susciterai à David un germe juste; Il régnera en roi et prospérera, Il pratiquera la justice et l'équité dans le pays. »
  9. Mi 4.7 Le règne sur Sion : « Des boiteux je ferai un reste, De ceux qui étaient chassés une nation puissante; Et l'Éternel régnera sur eux, à la montagne de Sion, Dès lors et pour toujours. »
  10. Za 9.9 Le roi humble : « Sois transportée d'allégresse, fille de Sion! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem! Voici, ton roi vient à toi; Il est juste et victorieux, Il est humble et monté sur un âne, Sur un âne, le petit d'une ânesse. »
  11. Lc 1.33 Un règne sans fin : « Il règnera sur la maison de Jacob éternellement, et son règne n'aura point de fin. »
  12. Ap 11.15 Le royaume du monde remis : « Le septième ange sonna de la trompette. Et il y eut dans le ciel de fortes voix qui disaient: Le royaume du monde est remis à notre Seigneur et à son Christ; et il régnera aux siècles des siècles. »

Mots apparentés

Autres mots du thème « Messie, Royaume et Église »

Bibliographie

Pour aller plus loin

En tant que Partenaire Amazon, nous réalisons un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.

Ouvrir la fiche interactive · Toutes les occurrences de mālak (H4427) dans la concordance biblique