naʿar נַעַר
Strong H5288 · nom masculin · jeune garçon, jeune homme, serviteur · 239 occurrences
Un garçon ou un jeune homme encore dépendant, du nourrisson au jeune adulte, et, par extension, le serviteur ou l'écuyer attaché à un maître. Le mot dit moins un âge qu'une position : celui qui n'est pas encore chef de maison.
Racine et étymologie
L'origine de naʿar est discutée. Il existe une racine verbale nʿr signifiant « secouer » ou « rugir », mais le lien de sens avec « garçon » n'est pas établi, et la plupart des lexiques traitent le nom séparément. Comme souvent, ce sont les emplois qui définissent le mot : naʿar peut désigner Moïse bébé dans sa corbeille (Ex 2.6), Ismaël adolescent, Joseph à dix-sept ans, Absalom adulte révolté, ou les soldats d'élite de David.
Cette souplesse s'explique si l'on comprend que naʿar n'est pas d'abord une catégorie d'âge, mais une catégorie sociale. Le naʿar est un homme qui n'est pas encore indépendant : il vit sous l'autorité d'un père ou d'un maître, il n'a pas sa propre maisonnée. C'est pourquoi le même mot sert pour un fils et pour un serviteur. Josué, déjà homme fait, est appelé le « jeune serviteur » de Moïse (Ex 33.11), et Guéhazi est le naʿar d'Élisée.
Le féminin naʿărāh désigne la jeune fille, et le nom abstrait neʿûrîm, « jeunesse », sert à évoquer le temps des commencements, souvent avec tendresse : « l'épouse de ta jeunesse », « les péchés de ma jeunesse ». Le texte massorétique du Pentateuque présente une particularité : le mot naʿar y est souvent écrit sans la lettre finale du féminin, même lorsqu'il désigne une jeune fille, la voyelle étant alors corrigée par la tradition de lecture.
Sens et emplois
Petit enfant, nourrisson
Au plus jeune âge, le mot désigne le bébé. La fille du Pharaon découvre Moïse dans la corbeille, et la pitié qu'elle éprouve ouvre l'histoire de la délivrance.
« Elle l'ouvrit, et vit l'enfant: c'était un petit garçon qui pleurait. »Ex 2.6, Segond 1910
Garçon, adolescent
Le fils encore sous l'autorité de son père. Dans le récit de la ligature d'Isaac, le mot souligne la vulnérabilité du fils de la promesse.
« N'avance pas ta main sur l'enfant, et ne lui fais rien »Gn 22.12, Segond 1910
Jeune homme sans expérience
Le mot exprime l'inexpérience, réelle ou ressentie. Jérémie objecte sa jeunesse à l'appel divin, mais Dieu refuse que cette faiblesse soit une excuse.
« voici, je ne sais point parler, car je suis un enfant. »Jr 1.6, Segond 1910
Serviteur, aide personnel
Le naʿar est aussi l'assistant attaché à un maître : écuyer, intendant ou disciple. Le serviteur d'Élisée reçoit d'avoir les yeux ouverts sur la protection invisible de Dieu.
« Et l'Éternel ouvrit les yeux du serviteur »2 R 6.17, Segond 1910
Jeune consacré au service de Dieu
Samuel, confié au sanctuaire de Silo, est le naʿar qui sert l'Éternel. Le mot unit l'âge tendre et la fonction de serviteur.
« Le jeune Samuel était au service de l'Éternel devant Eli. »1 S 3.1, Segond 1910
Israël, enfant de Dieu
Par image, le peuple tout entier est vu comme un jeune garçon que Dieu a aimé et appelé, au temps de la sortie d'Égypte.
« Quand Israël était jeune, je l'aimais, Et j'appelai mon fils hors d'Égypte. »Os 11.1, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante a dû répartir naʿar entre plusieurs mots grecs, selon que le contexte met l'accent sur l'âge ou sur le service. Elle emploie surtout παιδάριον, « petit garçon, jeune serviteur », et παῖς, qui en grec désigne à la fois l'enfant et le serviteur, exactement comme le mot hébreu. On trouve aussi νεανίσκος, « jeune homme », pour les jeunes adultes, et νέος ou παιδίον selon les cas.
Le mot παῖς joue ensuite un rôle important dans le Nouveau Testament. Il traduit aussi l'ʿebed du « Serviteur de l'Éternel » d'Ésaïe, et Matthieu cite ainsi Ésaïe 42 : « Voici mon serviteur que j'ai choisi » (Mt 12.18). Dans les Actes, Jésus est le « serviteur » (παῖς) glorifié par Dieu (Ac 3.13). Le lecteur francophone ne voit pas que le même mot pourrait se traduire « enfant » ; le monde biblique, lui, entendait les deux à la fois : l'enfant obéissant et le serviteur fidèle.
Le débat
Naʿar désigne-t-il d'abord un âge ou un statut social ?
- Un terme d'âge (Lexicographie classique) : Le sens premier est « garçon, jeune homme » ; le sens « serviteur » en dérive, parce que les serviteurs personnels étaient souvent jeunes. Argument : les nombreux emplois pour des enfants (Ex 2.6 ; 1 S 1.24).
- Un terme de statut (John MacDonald, 1976) : Dans une étude du Journal of Near Eastern Studies, MacDonald soutient que le naʿar est souvent un jeune homme de haut rang, écuyer ou officier attaché à un personnage important. Le mot dirait une fonction plus qu'un âge.
- Un terme de dépendance (Hans-Peter Stähli, 1978) : Dans Knabe – Jüngling – Knecht, Stähli montre que le point commun de tous les emplois est la dépendance envers un père ou un maître : le naʿar n'est pas encore autonome, quel que soit son âge.
La lecture par la dépendance rend le mieux compte de l'ensemble : elle explique que Moïse bébé, Joseph adolescent, Josué adulte et les écuyers de Saül soient tous appelés naʿar. Le traducteur doit donc choisir à chaque fois, et le lecteur garder en mémoire que « l'enfant » et « le serviteur » sont, en hébreu, le même mot.
Portée théologique
Le mot naʿar met en lumière un trait constant de l'Écriture : Dieu se tourne vers ceux qui ne comptent pas encore. Il entend la voix de l'enfant Ismaël abandonné au désert, il protège Moïse bébé, il appelle Samuel dans la nuit, il choisit David que Goliath méprise comme « un enfant », il envoie Jérémie malgré sa jeunesse. Le naʿar est faible, dépendant, souvent ignoré, mais il est le lieu privilégié où Dieu montre que la force vient de lui.
Le double sens du mot, enfant et serviteur, éclaire aussi la vie de foi. Être devant Dieu un naʿar, c'est accepter de dépendre de lui comme un fils et de le servir comme un serviteur. Osée applique cette image à Israël tout entier, que Dieu a aimé « quand il était jeune ». Pour la prédication, on retiendra la parole adressée à Jérémie : « Ne dis pas : Je suis un enfant. » La jeunesse et l'inexpérience ne sont pas des excuses, car celui qui envoie promet sa présence. Le Nouveau Testament voit en Jésus le parfait Serviteur, παῖς, à la fois Fils et serviteur.
Chaîne : Dieu et les jeunes serviteurs
- Gn 21.17 Dieu entend la voix de l'enfant : « Dieu entendit la voix de l'enfant; et l'ange de Dieu appela du ciel Agar, et lui dit: Qu'as-tu, Agar? Ne crains point, car Dieu a entendu la voix de l'enfant dans le lieu où il est. »
- Gn 22.12 N'avance pas ta main sur l'enfant : « L'ange dit: N'avance pas ta main sur l'enfant, et ne lui fais rien; car je sais maintenant que tu crains Dieu, et que tu ne m'as pas refusé ton fils, ton unique. »
- Gn 44.33 Juda se substitue au jeune Benjamin : « Permets donc, je te prie, à ton serviteur de rester à la place de l'enfant, comme esclave de mon seigneur; et que l'enfant remonte avec ses frères. »
- Ex 2.6 Moïse dans la corbeille : « Elle l'ouvrit, et vit l'enfant: c'était un petit garçon qui pleurait. Elle en eut pitié, et elle dit: C'est un enfant des Hébreux! »
- Ex 33.11 Josué, jeune serviteur de Moïse : « L'Éternel parlait avec Moïse face à face, comme un homme parle à son ami. Puis Moïse retournait au camp; mais son jeune serviteur, Josué, fils de Nun, ne sortait pas du milieu de la tente. »
- 1 S 3.1 Le jeune Samuel au sanctuaire : « Le jeune Samuel était au service de l'Éternel devant Eli. La parole de l'Éternel était rare en ce temps-là, les visions n'étaient pas fréquentes. »
- 1 S 17.42 David, l'enfant face à Goliath : « Le Philistin regarda, et lorsqu'il aperçut David, il le méprisa, ne voyant en lui qu'un enfant, blond et d'une belle figure. »
- 2 R 6.17 Les yeux du serviteur ouverts : « Élisée pria, et dit: Éternel, ouvre ses yeux, pour qu'il voie. Et l'Éternel ouvrit les yeux du serviteur, qui vit la montagne pleine de chevaux et de chars de feu autour d'Élisée. »
- Jr 1.7 Ne dis pas : je suis un enfant : « Et l'Éternel me dit: Ne dis pas: Je suis un enfant. Car tu iras vers tous ceux auprès de qui je t'enverrai, et tu diras tout ce que je t'ordonnerai. »
- Os 11.1 Israël, enfant aimé : « Quand Israël était jeune, je l'aimais, Et j'appelai mon fils hors d'Égypte. »
- Mt 12.18 Voici mon serviteur : « Voici mon serviteur que j'ai choisi, Mon bien-aimé en qui mon âme a pris plaisir. Je mettrai mon Esprit sur lui, Et il annoncera la justice aux nations. »
- Ac 3.13 Le serviteur Jésus glorifié : « Le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, le Dieu de nos pères, a glorifié son serviteur Jésus, que vous avez livré et renié devant Pilate, qui était d'avis qu'on le relâchât. »
Mots apparentés
Autres mots du thème « L'être humain »
- nefeš : être vivant, vie, âme
- rûaḥ : souffle, vent, esprit
- lēb : cœur, intérieur, intelligence
- bāśār : chair, corps, être humain
- ʾādām : homme, humanité ; Adam
- ṣelem : image, statue, effigie
- psychè : vie, âme, personne
- pneuma : souffle, esprit, Esprit
Anecdotes pour prêcher ce mot
- Assis sur un trottoir de Chicago : la conversion de Billy Sunday (Billy Sunday, 1886)
- Avant la Croix-Rouge, la Bible : Henri Dunant et les Unions chrétiennes (Henri Dunant, 1852-1855)
- La porte fermée du cabinet : le père de John G. Paton en prière (John G. Paton, vers 1840)
- Le jour où Abraham Lincoln visita l'école du dimanche de Moody (Dwight L. Moody, 25 novembre 1860)
- Le premier sermon de Spurgeon : un piège amical à Teversham (Charles Spurgeon, vers 1850)
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- Louise Scheppler, la servante d'Oberlin aux origines de l'école maternelle (Louise Scheppler, vers 1779-1837)
- Un missionnaire, un enfant et un cantique : la prédiction de Richard Knill (Charles Spurgeon, 1844)
- « Ambroise évêque ! » : un gouverneur choisi par la foule (Ambroise de Milan, 374)
- « Dieu maudira votre repos » : Farel retient Jean Calvin à Genève (Jean Calvin, août 1536)
- « J'ai désobéi à Dieu » : le premier sermon de Catherine Booth (Catherine Booth, 27 mai 1860)
Bibliographie
- Francis Brown, S. R. Driver, Charles A. Briggs, A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament, Oxford, Clarendon Press, 1907. voir sur Amazon
- Ludwig Koehler, Walter Baumgartner, The Hebrew and Aramaic Lexicon of the Old Testament (HALOT), Leiden, Brill, 1994-2000. voir sur Amazon
- G. Johannes Botterweck, Helmer Ringgren (éd.), Theological Dictionary of the Old Testament, Grand Rapids, Eerdmans, art. « naʿar ». voir sur Amazon
- John MacDonald, « The Status and Role of the Naʿar in Israelite Society », Journal of Near Eastern Studies 35, 1976. voir sur Amazon
- Hans-Peter Stähli, Knabe – Jüngling – Knecht: Untersuchungen zum Begriff נער im Alten Testament, Francfort, Peter Lang, 1978. voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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