ʿôlām עוֹלָם
Strong H5769 · nom masculin · durée sans limite, éternité · 438 occurrences
Une durée si longue qu'on n'en voit pas le bout, vers le passé lointain ou vers l'avenir. Appliqué aux alliances, aux lois et surtout à Dieu, il dit ce qui ne passe pas : « d'éternité en éternité tu es Dieu ».
Racine et étymologie
L'origine du mot est discutée. On le rattache souvent à une racine ʿ-l-m, « être caché », d'où l'idée d'un temps dont l'horizon échappe au regard : le très lointain, dans un sens comme dans l'autre. Le rapprochement reste une hypothèse. Comme pour beaucoup de mots hébreux, le sens se lit plus sûrement dans les emplois que dans l'étymologie.
Ces emplois sont très réguliers. ʿÔlām est presque toujours précédé d'une préposition : « pour » (lĕʿôlām, « pour toujours »), « depuis » (mēʿôlām, « depuis toujours, depuis l'antiquité »), ou « jusqu'à » (ʿad-ʿôlām). Il se place aussi après un nom comme un adjectif : « alliance de ʿôlām », « alliance perpétuelle » ; « Dieu de ʿôlām », « Dieu d'éternité ». Le pluriel ʿôlāmîm renforce l'idée, comme dans « le rocher des siècles » (És 26.4).
Le mot ne désigne pas d'abord une éternité abstraite, hors du temps. Il dit une durée dont on ne fixe pas la limite. Le sens précis dépend donc de ce qu'il qualifie : l'esclave qui reste « pour toujours » au service de son maître (Ex 21.6) le reste toute sa vie ; les héros « de l'antiquité » (Gn 6.4) appartiennent à un passé reculé. Appliqué à Dieu, le même mot prend sa plénitude. Dans l'hébreu tardif, ʿôlām finira par signifier « le monde », sens que le lexique signale déjà.
Sens et emplois
Passé lointain, antiquité
Avec la préposition « depuis », le mot renvoie à un passé si reculé qu'on n'en connaît pas le début : les temps anciens, les origines.
« ce sont ces héros qui furent fameux dans l'antiquité. »Gn 6.4, Segond 1910
Pour toujours, à perpétuité
Le sens le plus fréquent : ce qui dure sans terme prévu. Il qualifie les alliances, les lois du culte, la promesse faite à la dynastie de David.
« pour me souvenir de l'alliance perpétuelle entre Dieu et tous les êtres vivants, »Gn 9.16, Segond 1910
L'éternité de Dieu
Appliqué à Dieu, le mot dit qu'il précède toute la création et lui survit. Avec la double préposition « depuis... jusqu'à », il couvre toute l'étendue du temps.
« Avant que les montagnes fussent nées, Et que tu eusses créé la terre et le monde, D'éternité en éternité tu es Dieu. »Ps 90.2, Segond 1910
La bonté qui dure toujours
Le refrain liturgique associe ʿôlām à la bonté fidèle de Dieu : ce qui ne passe pas, c'est son attachement à son peuple.
« Car sa miséricorde dure à toujours! »Ps 136.1, Segond 1910
Un destin sans fin
Dans les textes les plus tardifs, le mot ouvre une perspective au-delà de la mort : la vie et la honte « éternelles » après la résurrection.
« les uns pour la vie éternelle, et les autres pour l'opprobre, pour la honte éternelle. »Dn 12.2, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante rend ʿôlām surtout par αἰών (G165), « durée, âge, siècle », et par l'adjectif αἰώνιος (G166), « éternel ». « Pour toujours » devient εἰς τὸν αἰῶνα, et l'alliance perpétuelle devient διαθήκη αἰώνιος. Ce choix a durablement marqué le vocabulaire chrétien : la « vie éternelle » du Nouveau Testament, ζωὴ αἰώνιος, est déjà l'expression grecque de Daniel 12.2.
Le grec αἰών permet aussi de parler de « ce siècle-ci » et du « siècle à venir » (Mc 10.30), deux âges successifs de l'histoire. Le judaïsme ancien emploiera de la même manière ʿôlām pour « ce monde » et « le monde à venir ». D'où les formules liturgiques des épîtres : « aux siècles des siècles » (Ga 1.5), et le titre de « roi des siècles » (1 Tm 1.17). La Vulgate traduit par « saeculum » et « aeternus », d'où nos « siècles » et notre « éternel ».
Le débat
L'« éternité » biblique est-elle un temps sans fin ou une réalité au-delà du temps, et le vocabulaire permet-il de trancher ?
- Un temps prolongé sans limite (Oscar Cullmann, Christus und die Zeit, 1946) : La Bible ne connaît pas l'éternité intemporelle des philosophes grecs. Elle pense une ligne du temps dont l'éternité de Dieu est l'extension infinie, vers le passé et vers l'avenir. Les mots ʿôlām et αἰών en seraient le témoignage.
- Les mots ne portent pas une philosophie (James Barr, Biblical Words for Time, 1962) : On ne peut tirer d'une conception hébraïque du temps de l'étude des mots seuls. ʿÔlām dit une durée très longue dans des emplois concrets ; il ne contient pas en lui-même une théorie de l'éternité, ni linéaire, ni intemporelle.
- Une éternité qui dépasse le temps (théologie classique) : Dans la ligne d'Augustin, la tradition théologique voit en Dieu le créateur du temps, qui n'y est pas soumis. Les textes bibliques le suggèrent quand ils placent Dieu avant la création et rappellent que mille ans sont à ses yeux comme un jour (Ps 90.4).
La critique de Barr est solide : ʿôlām décrit une durée, non une doctrine. Mais les textes qui l'appliquent à Dieu, comme Ps 90.2, dépassent la simple longueur du temps : Dieu est avant que le monde soit. Le mot ne règle pas la question philosophique ; il affirme la permanence de Dieu et de ses engagements.
Portée théologique
ʿÔlām est le mot de la durée de Dieu, et par conséquent de la sécurité du croyant. Abraham invoque à Beer-Schéba « l'Éternel, Dieu de l'éternité » (Gn 21.33) ; Moïse reçoit un Nom donné « pour l'éternité » (Ex 3.15) ; le psalmiste confesse un Dieu qui était là avant les montagnes. Ésaïe en tire une consolation directe : le Dieu d'éternité « ne se fatigue point, il ne se lasse point » (És 40.28). Ce qui dure, ce n'est pas l'homme, dont les jours sont brefs, mais Dieu et ce qu'il promet. La bénédiction de Moïse le résume : « Le Dieu d'éternité est un refuge, Et sous ses bras éternels est une retraite » (Dt 33.27).
Pour la prédication, le mot relie l'éternité à l'amour. « Je t'aime d'un amour éternel » (Jr 31.3) : l'attachement de Dieu ne commence pas avec nos mérites et ne cesse pas avec nos fautes. Les alliances qualifiées de perpétuelles (avec Noé, Abraham, David) disent la même chose dans le langage de l'engagement. Le Qohéleth ajoute une note plus intérieure : Dieu a mis dans le cœur humain « la pensée de l'éternité » (Ec 3.11), une soif de durée que rien de passager ne comble. Le Nouveau Testament répond à cette soif par la vie éternelle donnée dans le Christ, « le même hier, aujourd'hui, et éternellement » (Hé 13.8).
Chaîne : Le Dieu d'éternité et ses engagements
- Gn 9.16 L'alliance avec Noé : « L'arc sera dans la nue; et je le regarderai, pour me souvenir de l'alliance perpétuelle entre Dieu et tous les êtres vivants, de toute chair qui est sur la terre. »
- Gn 17.7 L'alliance avec Abraham : « J'établirai mon alliance entre moi et toi, et tes descendants après toi, selon leurs générations: ce sera une alliance perpétuelle, en vertu de laquelle je serai ton Dieu et celui de ta postérité après toi. »
- Gn 21.33 Le Dieu de l'éternité : « Abraham planta des tamariscs à Beer-Schéba; et là il invoqua le nom de l'Éternel, Dieu de l'éternité. »
- Ex 3.15 Le Nom pour l'éternité : « Dieu dit encore à Moïse: Tu parleras ainsi aux enfants d'Israël: L'Éternel, le Dieu de vos pères, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob, m'envoie vers vous. Voilà mon nom pour l'éternité, voilà mon nom de génération en génération. »
- 2 S 7.13 Le trône affermi pour toujours : « Ce sera lui qui bâtira une maison à mon nom, et j'affermirai pour toujours le trône de son royaume. »
- Ps 90.2 D'éternité en éternité : « Avant que les montagnes fussent nées, Et que tu eusses créé la terre et le monde, D'éternité en éternité tu es Dieu. »
- Ps 136.1 Sa bonté dure toujours : « Louez l'Éternel, car il est bon, Car sa miséricorde dure à toujours! »
- És 40.28 Il ne se fatigue point : « Ne le sais-tu pas? ne l'as-tu pas appris? C'est le Dieu d'éternité, l'Éternel, Qui a créé les extrémités de la terre; Il ne se fatigue point, il ne se lasse point; On ne peut sonder son intelligence. »
- Jr 31.3 Un amour éternel : « De loin l'Éternel se montre à moi: Je t'aime d'un amour éternel; C'est pourquoi je te conserve ma bonté. »
- Dn 12.2 La vie éternelle : « Plusieurs de ceux qui dorment dans la poussière de la terre se réveilleront, les uns pour la vie éternelle, et les autres pour l'opprobre, pour la honte éternelle. »
- Hé 13.8 Le même éternellement : « Jésus-Christ est le même hier, aujourd'hui, et éternellement. »
- Ap 22.5 Aux siècles des siècles : « Il n'y aura plus de nuit; et ils n'auront besoin ni de lampe ni de lumière, parce que le Seigneur Dieu les éclairera. Et ils régneront aux siècles des siècles. »
Mots apparentés
Autres mots du thème « Dieu et ses noms »
- YHWH : l'Éternel, le Seigneur
- ʾĕlōhîm : Dieu, dieux
- ʾēl : Dieu, le Dieu fort
- ʾădōnāy : Seigneur, mon Seigneur
- šadday : le Tout-Puissant
- qādôš : saint
- kāḇôd : gloire, poids, honneur
- theos : Dieu, dieu
Anecdotes pour prêcher ce mot
- Deux lettres de deuil et un verset : « Appuyé sur les bras éternels » (Elisha Hoffman, 1887)
- L'abri dans le rocher : la tradition de « Rocher des siècles » (Augustus Toplady, vers 1763)
- L'arc-en-ciel : pourquoi chacun voit le sien, le soleil dans le dos (L'arc-en-ciel, toujours)
- La marée qui s'arrête où Dieu l'a dit : la mer et ses limites (La marée, toujours)
- Le choral de Leuthen : une armée qui chante « Nun danket alle Gott » (Martin Rinkart, 5 décembre 1757)
- Le dernier cantique de Charles Wesley, dicté sur son lit de mort (Charles Wesley, mars 1788)
- Le Nouveau Testament caché dans un oreiller : Adoniram Judson en prison (Adoniram et Ann Judson, 1824-1825)
- Le temple qui ne fut jamais rebâti : Julien l'Apostat à Jérusalem (Julien l'Apostat, 363)
- Le verger de Tokat : les dernières lignes du journal d'Henry Martyn (Henry Martyn, 6 octobre 1812)
- Les notes de Bach dans sa Bible : « Dieu est toujours présent avec sa grâce » (Jean-Sébastien Bach, 1733)
- Les « Bibles de chignon » : la Parole cachée des huguenotes (Les huguenots du Désert, XVIIIe siècle)
- Prêcher depuis son lit de mort : « Les Adieux » d'Adolphe Monod (Adolphe Monod, 1855-1856)
Bibliographie
- James Barr, Biblical Words for Time, Londres, SCM Press, 1962 (2e éd. 1969). voir sur Amazon
- Oscar Cullmann, Christus und die Zeit, 1946 (trad. française : Christ et le temps). voir sur Amazon
- Francis Brown, S. R. Driver et Charles A. Briggs, A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament (BDB), Oxford, Clarendon Press, 1907. voir sur Amazon
- Ludwig Koehler et Walter Baumgartner, The Hebrew and Aramaic Lexicon of the Old Testament (HALOT), Leiden, Brill. voir sur Amazon
- R. Laird Harris, Gleason L. Archer et Bruce K. Waltke (dir.), Theological Wordbook of the Old Testament, Chicago, Moody Press, 1980. voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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