ʾāḥ אָח

Strong H251 · nom masculin · frère · 629 occurrences

Le frère de sang, puis le parent, le membre de la même tribu, le compatriote et le partenaire d'alliance. La Loi fait du « frère » celui envers qui l'on a des devoirs concrets de solidarité.

Racine et étymologie

ʾĀḥ appartient au vocabulaire sémitique le plus ancien : on le retrouve sous des formes très proches en akkadien (aḫu), en araméen, en ougaritique et en arabe (ʾaḫ). Comme ʾāb, « père », c'est un nom court, à deux consonnes, qui reprend une forme particulière quand il reçoit un suffixe : ʾāḥî, « mon frère », ʾāḥîkā, « ton frère ». Le pluriel ʾaḥîm est irrégulier.

Le féminin correspondant est ʾāḥôt (H269), « sœur », employé 109 fois. Le mot entre aussi dans de nombreux noms propres : Aḥiyyâ (« mon frère est l'Éternel »), Aḥiméleḵ (« mon frère est roi »), Aḥîtôfel. Dans ces noms, le « frère » désigne la divinité protectrice, perçue comme un proche parent du clan.

Le sens s'élargit par cercles successifs. Le frère est d'abord le fils des mêmes parents ou du même père ; puis le neveu (Abram appelle Lot son « frère », Gn 13.8), le membre de la tribu, l'Israélite en général, l'allié politique. Le mot sert enfin à exprimer la réciprocité : « l'un à l'autre » se dit en hébreu « l'homme à son frère ». Avec 629 emplois, dont 178 dans la Genèse, c'est un mot clé du récit des patriarches.

Sens et emplois

  1. Le frère de sang

    La première question de Dieu après le meurtre d'Abel porte sur le frère. La réponse de Caïn pose la question de la responsabilité fraternelle pour toute l'Écriture.

    « L'Éternel dit à Caïn: Où est ton frère Abel? Il répondit: Je ne sais pas; suis-je le gardien de mon frère? »Gn 4.9, Segond 1910
  2. Le parent, le proche

    Abram et Lot sont oncle et neveu, mais Abram invoque leur fraternité pour éviter le conflit entre leurs bergers.

    « car nous sommes frères. »Gn 13.8, Segond 1910
  3. Le compatriote

    Dans le Deutéronome, le « frère » est tout Israélite, et particulièrement le pauvre envers qui la main doit rester ouverte.

    « S'il y a chez toi quelque indigent d'entre tes frères, dans l'une de tes portes, au pays que l'Éternel, ton Dieu, te donne, tu n'endurciras point ton cœur et tu ne fermeras point ta main devant ton frère indigent. »Dt 15.7, Segond 1910
  4. La fraternité réconciliée

    Joseph, vendu par ses frères, se révèle à eux comme « votre frère » : le lien rompu par la jalousie est restauré par le pardon.

    « Il dit: Je suis Joseph, votre frère, que vous avez vendu pour être mené en Égypte. »Gn 45.4, Segond 1910
  5. Le frère fidèle

    La sagesse distingue le frère véritable, celui qui se montre tel dans l'épreuve.

    « L'ami aime en tout temps, Et dans le malheur il se montre un frère. »Pr 17.17, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La Septante traduit ʾāḥ presque toujours par ἀδελφός, le mot grec ordinaire pour « frère ». Ce choix fait passer dans le grec biblique tous les sens élargis de l'hébreu : le parent, le membre du peuple, le partenaire d'alliance. Un lecteur grec non juif aurait été surpris de voir « frère » désigner tout compatriote ; pour le lecteur de la Septante, c'est l'usage normal.

Le Nouveau Testament, où ἀδελφός apparaît 343 fois, hérite de cet usage et le transforme. Les disciples deviennent « frères » non par le sang ou la nation, mais par la volonté du Père (Mc 3.35). La promesse d'un prophète suscité « d'entre tes frères » (Dt 18.15) est appliquée au Christ (Ac 3.22), et l'épître aux Hébreux affirme que Jésus « n'a pas honte » d'appeler les croyants ses frères (Hé 2.11). La Vulgate rend le mot par « frater ».

Le débat

Dans la Loi, le « frère » envers qui l'on a des devoirs désigne-t-il seulement l'Israélite, ou s'ouvre-t-il déjà à tout être humain ?

Le sens technique du Deutéronome est bien national, et il serait anachronique de l'effacer. Mais l'Écriture ne s'arrête pas là : Genèse 4, Lévitique 19.34 et Malachie 2.10 préparent la fraternité universelle et la famille nouvelle que le Nouveau Testament décrit avec ἀδελφός.

Portée théologique

La Bible commence l'histoire humaine hors du jardin par une question sur le frère. « Suis-je le gardien de mon frère ? » : la réponse implicite de toute l'Écriture est oui. La Genèse est d'ailleurs une longue suite de fraternités blessées, de Caïn et Abel à Jacob et Ésaü, puis Joseph et ses frères, jusqu'à la réconciliation finale où Joseph lit dans le mal subi le dessein de Dieu. La fraternité n'y est jamais idéalisée ; elle est un lieu de conflit que Dieu travaille à guérir.

La Loi transforme ce lien en devoirs concrets : ne pas haïr son frère dans son cœur, le reprendre plutôt que de laisser couver la rancune (Lv 19.17), ouvrir la main au frère pauvre (Dt 15.7). Pour la prédication, le Psaume 133 montre la beauté de cette unité, et le Nouveau Testament en fait le nom même de l'Église : des frères et des sœurs rassemblés autour du Christ, le frère aîné qui accomplit la promesse d'un prophète suscité « d'entre tes frères ».

Chaîne : Le gardien de son frère

  1. Gn 4.9 Où est ton frère ? : « L'Éternel dit à Caïn: Où est ton frère Abel? Il répondit: Je ne sais pas; suis-je le gardien de mon frère? »
  2. Gn 13.8 Nous sommes frères : « Abram dit à Lot: Qu'il n'y ait point, je te prie, de dispute entre moi et toi, ni entre mes bergers et tes bergers; car nous sommes frères. »
  3. Gn 37.4 La haine des frères de Joseph : « Ses frères virent que leur père l'aimait plus qu'eux tous, et ils le prirent en haine. Ils ne pouvaient lui parler avec amitié. »
  4. Gn 45.4 Je suis Joseph, votre frère : « Joseph dit à ses frères: Approchez-vous de moi. Et ils s'approchèrent. Il dit: Je suis Joseph, votre frère, que vous avez vendu pour être mené en Égypte. »
  5. Lv 19.17 Ne pas haïr son frère : « Tu ne haïras point ton frère dans ton cœur; tu auras soin de reprendre ton prochain, mais tu ne te chargeras point d'un péché à cause de lui. »
  6. Dt 15.7 La main ouverte au frère pauvre : « S'il y a chez toi quelque indigent d'entre tes frères, dans l'une de tes portes, au pays que l'Éternel, ton Dieu, te donne, tu n'endurciras point ton cœur et tu ne fermeras point ta main devant ton frère indigent. »
  7. Dt 18.15 Un prophète d'entre tes frères : « L'Éternel, ton Dieu, te suscitera du milieu de toi, d'entre tes frères, un prophète comme moi: vous l'écouterez! »
  8. Ps 133.1 Des frères unis : « Cantique des degrés. De David. Voici, oh! qu'il est agréable, qu'il est doux Pour des frères de demeurer ensemble! »
  9. Ml 2.10 Un seul Père : « N'avons-nous pas tous un seul père? N'est-ce pas un seul Dieu qui nous a créés? Pourquoi donc sommes-nous infidèles l'un envers l'autre, En profanant l'alliance de nos pères? »
  10. Mc 3.35 La famille de Jésus : « Car, quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, ma sœur, et ma mère. »
  11. Hé 2.11 Il n'a pas honte de les appeler frères : « Car celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés sont tous issus d'un seul. C'est pourquoi il n'a pas honte de les appeler frères, »

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Bibliographie

Pour aller plus loin

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