adelphos ἀδελφός
Strong G80 · nom masculin · frère · 343 occurrences
Le frère né des mêmes parents, puis, par extension, le proche, le compatriote et le membre de la communauté des croyants. Dans le Nouveau Testament, le mot désigne la famille nouvelle que Jésus rassemble autour de la volonté du Père.
Racine et étymologie
Ἀδελφός est formé de l'élément ἀ-, qui marque ici la communauté (on parle d'alpha « copulatif »), et de δελφύς, « matrice, sein maternel ». Le frère est donc, étymologiquement, « celui qui vient du même sein ». Le mot porte en lui l'idée d'une origine partagée, et c'est cette idée que le christianisme ancien exploitera en parlant de frères nés d'un même Père.
Le féminin ἀδελφή désigne la sœur. Du même radical viennent ἀδελφότης, « fraternité », au sens de la communauté des frères (1 P 2.17), et φιλαδελφία, « amour fraternel ». En grec classique, ce dernier mot désignait l'affection entre frères de sang ; dans le Nouveau Testament, il qualifie l'amour mutuel des chrétiens (Rm 12.10 ; Hé 13.1).
Déjà dans le grec profane, ἀδελφός pouvait s'élargir : membres d'une association religieuse, compagnons, alliés. Mais c'est l'usage biblique, nourri de l'hébreu ʾāḥ, qui fait de ce mot l'une des désignations les plus fréquentes des disciples. Dans les Actes et les lettres, « les frères » est souvent le nom même de l'Église locale.
Sens et emplois
Frère de sang
Le sens propre : un fils des mêmes parents. Les premiers disciples appelés par Jésus forment deux paires de frères.
« il vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et André, son frère »Mt 4.18, Segond 1910
Les frères de Jésus
Les Évangiles nomment quatre « frères » de Jésus et mentionnent des sœurs. La nature exacte de cette parenté est discutée depuis l'Antiquité.
« le frère de Jacques, de Joses, de Jude et de Simon? »Mc 6.3, Segond 1910
Le prochain
Comme l'hébreu ʾāḥ dans la Loi, le mot désigne l'autre membre du peuple, celui envers qui l'on a des devoirs. La réconciliation avec lui passe avant le culte.
« et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, »Mt 5.23, Segond 1910
La famille des disciples
Jésus redéfinit la parenté : est son frère quiconque fait la volonté du Père. La fraternité spirituelle devient la marque de la communauté.
« celui-là est mon frère, et ma sœur, et ma mère. »Mt 12.50, Segond 1910
Le Christ, frère aîné
Le Fils de Dieu se fait le frère de ceux qu'il sauve. Paul parle du « premier-né entre plusieurs frères », Hébreux d'un Christ qui n'a pas honte de les appeler frères.
« C'est pourquoi il n'a pas honte de les appeler frères, »Hé 2.11, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
Dans la Septante, ἀδελφός traduit presque toujours l'hébreu ʾāḥ, qui a lui aussi un sens large : frère, mais aussi demi-frère, neveu (Abraham appelle Lot son « frère »), parent, compatriote, allié. La Loi parle du « frère » pour désigner tout Israélite : « Tu ne haïras point ton frère dans ton cœur » (Lv 19.17). Le Nouveau Testament hérite de cette souplesse, ce qui explique les discussions sur les « frères de Jésus ».
La grande question de l'Ancien Testament est posée dès Caïn : « suis-je le gardien de mon frère? » (Gn 4.9). Le récit de Joseph répond par la réconciliation : « Je suis Joseph, votre frère » (Gn 45.4). Le Nouveau Testament élargit le cercle : la fraternité ne se fonde plus sur le sang ou la nation, mais sur la foi au même Père. La Vulgate rend le mot par « frater ».
Le débat
Qui sont les « frères » de Jésus nommés en Marc 6.3 : des fils de Marie et Joseph, des fils de Joseph nés d'un premier mariage, ou des cousins ?
- Des frères au sens propre (John P. Meier, A Marginal Jew, vol. 1, 1991) : Pris dans leur sens obvie, les textes parlent de fils de Marie et de Joseph. Le grec possède un mot pour « cousin » (ἀνεψιός, Col 4.10), que les évangélistes n'emploient pas. C'était déjà la position d'Helvidius au IVe siècle.
- Des demi-frères (Richard Bauckham, Jude and the Relatives of Jesus in the Early Church, 1990) : Bauckham juge sérieuse la tradition ancienne, défendue par Épiphane, selon laquelle ce sont des enfants de Joseph nés d'un premier mariage. Elle expliquerait pourquoi Jésus confie sa mère au disciple bien-aimé.
- Des cousins (Jérôme, Contre Helvidius, vers 383) : En s'appuyant sur le sens large de l'hébreu ʾāḥ, Jérôme fait de Jacques et de ses frères des cousins de Jésus. Cette lecture est devenue majoritaire dans la tradition latine.
Le grec ἀδελφός, seul, oriente vers des frères au sens propre ; mais l'arrière-plan hébreu et araméen autorise un sens plus large. Le débat ne se tranche pas par le lexique seul : il dépend aussi du poids accordé aux traditions anciennes. Ce qui est sûr, c'est que ces frères, d'abord incrédules (Jn 7.5), comptent parmi la première Église (Ac 1.14).
Portée théologique
La Bible commence l'histoire des frères par un meurtre. La question de Caïn, « suis-je le gardien de mon frère? », traverse toute l'Écriture, et les récits de la Genèse sont remplis de frères rivaux : Ésaü et Jacob, Joseph et ses frères. La fraternité n'est pas un donné heureux, c'est une tâche, et souvent une réconciliation à obtenir. La Loi l'élargit à tout le peuple, et le Psaume 133 en chante la douceur quand elle est vécue.
Jésus fonde une fraternité nouvelle : « vous êtes tous frères » (Mt 23.8), parce qu'un seul est Maître et un seul est Père. Cette famille ne repose ni sur le sang ni sur le rang social : Philémon doit recevoir son esclave Onésime « comme un frère bien-aimé ». Pour la prédication, Matthieu 25.40 donne la mesure la plus exigeante : le Christ s'identifie au plus petit de ses frères. Et la première lettre de Jean rappelle que l'amour de Dieu se vérifie dans l'amour du frère que l'on voit. Le Christ lui-même, en se faisant frère des hommes (Hé 2.17), est le fondement de cette fraternité.
Chaîne : De Caïn à la famille de Dieu
- Gn 4.9 Le gardien de son frère : « L'Éternel dit à Caïn: Où est ton frère Abel? Il répondit: Je ne sais pas; suis-je le gardien de mon frère? »
- Gn 45.4 Joseph se fait reconnaître : « Joseph dit à ses frères: Approchez-vous de moi. Et ils s'approchèrent. Il dit: Je suis Joseph, votre frère, que vous avez vendu pour être mené en Égypte. »
- Lv 19.17 Ne pas haïr son frère : « Tu ne haïras point ton frère dans ton cœur; tu auras soin de reprendre ton prochain, mais tu ne te chargeras point d'un péché à cause de lui. »
- Ps 133.1 Des frères ensemble : « Cantique des degrés. De David. Voici, oh! qu'il est agréable, qu'il est doux Pour des frères de demeurer ensemble! »
- Mt 5.23 Se réconcilier d'abord : « Si donc tu présentes ton offrande à l'autel, et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, »
- Mt 12.50 La nouvelle famille : « Car, quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est mon frère, et ma sœur, et ma mère. »
- Mt 23.8 Tous frères : « Mais vous, ne vous faites pas appeler Rabbi; car un seul est votre Maître, et vous êtes tous frères. »
- Mt 25.40 Le plus petit de mes frères : « Et le roi leur répondra: Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous les avez faites. »
- Rm 8.29 Le premier-né : « Car ceux qu'il a connus d'avance, il les a aussi prédestinés à être semblables à l'image de son Fils, afin que son Fils fût le premier-né entre plusieurs frères. »
- Phm 1.16 L'esclave devenu frère : « non plus comme un esclave, mais comme supérieur à un esclave, comme un frère bien-aimé, de moi particulièrement, et de toi à plus forte raison, soit dans la chair, soit dans le Seigneur. »
- Hé 2.11 Pas honte de les appeler frères : « Car celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés sont tous issus d'un seul. C'est pourquoi il n'a pas honte de les appeler frères, »
- 1 Jn 4.20 Aimer le frère que l'on voit : « Si quelqu'un dit: J'aime Dieu, et qu'il haïsse son frère, c'est un menteur; car celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, comment peut-il aimer Dieu qu'il ne voit pas? »
Mots apparentés
Autres mots du thème « L'être humain »
- nefeš : être vivant, vie, âme
- rûaḥ : souffle, vent, esprit
- lēb : cœur, intérieur, intelligence
- bāśār : chair, corps, être humain
- ʾādām : homme, humanité ; Adam
- ṣelem : image, statue, effigie
- psychè : vie, âme, personne
- pneuma : souffle, esprit, Esprit
Bibliographie
- Hans von Soden, art. « ἀδελφός », Theological Dictionary of the New Testament, vol. 1. voir sur Amazon
- Walter Bauer, Frederick W. Danker et al., A Greek-English Lexicon of the New Testament and Other Early Christian Literature (BDAG), 3e éd., Chicago, 2000. voir sur Amazon
- John P. Meier, A Marginal Jew: Rethinking the Historical Jesus, vol. 1, New York, Doubleday, 1991. voir sur Amazon
- Richard Bauckham, Jude and the Relatives of Jesus in the Early Church, Édimbourg, T&T Clark, 1990. voir sur Amazon
- Xavier Léon-Dufour (dir.), Vocabulaire de théologie biblique, Paris, Cerf, art. « Frère ». voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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