aiōn αἰών
Strong G165 · nom masculin · siècle, âge, éternité · 121 occurrences
Une durée longue et délimitée : la vie d'un homme, une époque, l'âge du monde. Au pluriel ou dans des formules, la durée sans fin de Dieu. Le Nouveau Testament oppose « ce siècle » au « siècle à venir ».
Racine et étymologie
αἰών vient d'une ancienne racine indo-européenne qui exprime la force vitale et la durée de vie. On la retrouve dans l'adverbe grec ἀεί (« toujours »), dans le latin aevum (« âge, durée », d'où « éternité » via aeternus) et dans des mots germaniques signifiant « toujours » ou « jamais ». Chez Homère, αἰών désigne la vie elle-même, la force qui quitte l'homme à sa mort.
Dans la langue classique, le mot prend le sens de « durée d'une vie », puis de « période, époque ». Les philosophes l'ont chargé d'un sens plus abstrait : chez Platon (Timée), l'αἰών est l'éternité immobile dont le temps (χρόνος) est l'image mobile. Mais le grec biblique hérite surtout de l'usage courant et de l'influence de l'hébreu ʿôlām.
Le dérivé le plus important est l'adjectif αἰώνιος (G166), « éternel », présent dans l'expression « vie éternelle ». Il signifie d'abord « qui appartient à l'âge à venir » plus que « qui dure indéfiniment » : la vie éternelle est la vie du siècle nouveau, déjà offerte maintenant. On note aussi les formules liturgiques εἰς τὸν αἰῶνα (« pour toujours ») et εἰς τοὺς αἰῶνας τῶν αἰώνων (« aux siècles des siècles »).
Sens et emplois
Le siècle présent
L'âge actuel du monde, marqué par le péché et les puissances hostiles. Le croyant est appelé à ne pas se modeler sur lui.
« Ne vous conformez pas au siècle présent, »Rm 12.2, Segond 1910
Le siècle à venir
L'âge nouveau que Dieu inaugure, celui de la résurrection et de la vie éternelle. Jésus oppose explicitement les deux siècles.
« dans le siècle à venir, la vie éternelle. »Mc 10.30, Segond 1910
La fin de l'âge
L'expression « la fin du siècle » (συντέλεια τοῦ αἰῶνος) désigne l'achèvement de l'histoire. Segond la rend par « la fin du monde ».
« je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la fin du monde. »Mt 28.20, Segond 1910
Pour toujours
Dans la formule εἰς τὸν αἰῶνα, le mot exprime une durée sans fin : la vie donnée par le pain vivant ne s'arrête pas.
« Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement; »Jn 6.51, Segond 1910
Les âges du monde créé
Au pluriel, les « siècles » désignent l'univers considéré dans sa durée, créé par le Fils. Segond traduit par « le monde ».
« par lequel il a aussi créé le monde, »Hé 1.2, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
Dans la Septante, αἰών traduit surtout l'hébreu ʿôlām (H5769), « durée lointaine, temps indéfini », et parfois ʿad, « perpétuité ». ʿôlām ne signifie pas l'éternité au sens philosophique : il désigne un horizon de temps dont on ne voit pas la limite, vers le passé (« les jours d'autrefois ») ou vers l'avenir (« à toujours »). C'est pourquoi l'« alliance perpétuelle » ou le « serviteur à toujours » (Ex 21.6) restent des réalités historiques.
Le judaïsme postérieur, notamment l'apocalyptique, a donné à ʿôlām le sens de « monde, âge » et formé le couple « ce monde-ci » (hāʿôlām hazzeh) / « le monde qui vient » (hāʿôlām habbāʾ). Le Nouveau Testament reprend exactement cette structure avec αἰών. La Vulgate rend le mot par saeculum, d'où nos « siècles des siècles » ; « siècle » garde donc en français biblique le sens d'âge du monde, et non de cent ans.
Le débat
Le vocabulaire biblique du temps (αἰών, καιρός, χρόνος) révèle-t-il une conception propre, linéaire, opposée au temps grec ?
- Une conception linéaire du temps (Oscar Cullmann, 1946) : Dans Christ et le temps, Cullmann soutient que la Bible pense le temps comme une ligne orientée vers l'accomplissement, divisée par la venue du Christ ; l'éternité n'y serait pas l'absence de temps, mais un temps sans limites, à l'opposé du temps cyclique grec.
- Une critique lexicale (James Barr, 1962) : Dans Biblical Words for Time, Barr montre qu'on ne peut tirer une philosophie du temps de l'étude de quelques mots : αἰών et ʿôlām s'expliquent par l'usage ordinaire de la langue, et l'opposition entre « pensée hébraïque » et « pensée grecque » est forcée.
Barr a raison sur la méthode : un mot ne contient pas une vision du monde. Mais Cullmann a bien perçu, à partir des textes plus que des mots, la structure des deux âges qui traverse le Nouveau Testament. αἰών sert à exprimer cette tension entre un siècle qui passe et un siècle qui vient déjà.
Portée théologique
αἰών donne au Nouveau Testament sa structure du temps : il y a « ce siècle », dominé par le péché, la mort et un « dieu de ce siècle » qui aveugle (2 Co 4.4), et « le siècle à venir », celui de la résurrection. L'originalité chrétienne est d'affirmer que les deux âges se chevauchent désormais : par la croix, le Christ nous arrache au présent siècle mauvais (Ga 1.4), et les croyants ont déjà « goûté les puissances du siècle à venir » (Hé 6.5). La vie éternelle n'est pas seulement une durée infinie après la mort, mais la vie de l'âge nouveau, reçue dès maintenant.
Pour la prédication, cela éclaire l'exhortation de Romains 12.2 : refuser de se conformer au siècle présent, ce n'est pas fuir le monde créé, c'est vivre dès aujourd'hui selon les mœurs de l'âge qui vient. Les doxologies « aux siècles des siècles » rappellent enfin que l'histoire entière, avec tous ses âges, appartient au « roi des siècles » (1 Tm 1.17).
Chaîne : Ce siècle et le siècle à venir
- Ps 90.2 D'éternité en éternité : « Avant que les montagnes fussent nées, Et que tu eusses créé la terre et le monde, D'éternité en éternité tu es Dieu. »
- Dn 12.2 La vie éternelle annoncée : « Plusieurs de ceux qui dorment dans la poussière de la terre se réveilleront, les uns pour la vie éternelle, et les autres pour l'opprobre, pour la honte éternelle. »
- Mt 13.39 La moisson, fin du siècle : « l'ennemi qui l'a semée, c'est le diable; la moisson, c'est la fin du monde; les moissonneurs, ce sont les anges. »
- Mc 10.30 Les deux siècles : « ne reçoive au centuple, présentement dans ce siècle-ci, des maisons, des frères, des sœurs, des mères, des enfants, et des terres, avec des persécutions, et, dans le siècle à venir, la vie éternelle. »
- Lc 1.33 Un règne sans fin : « Il règnera sur la maison de Jacob éternellement, et son règne n'aura point de fin. »
- Jn 6.51 Le pain qui fait vivre à jamais : « Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel. Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement; et le pain que je donnerai, c'est ma chair, que je donnerai pour la vie du monde. »
- Rm 12.2 Ne pas se conformer au siècle : « Ne vous conformez pas au siècle présent, mais soyez transformés par le renouvellement de l'intelligence, afin que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable et parfait. »
- 2 Co 4.4 Le dieu de ce siècle : « pour les incrédules dont le dieu de ce siècle a aveuglé l'intelligence, afin qu'ils ne vissent pas briller la splendeur de l'Évangile de la gloire de Christ, qui est l'image de Dieu. »
- Ga 1.4 Arrachés au siècle mauvais : « qui s'est donné lui-même pour nos péchés, afin de nous arracher du présent siècle mauvais, selon la volonté de notre Dieu et Père, »
- Ep 2.7 Les siècles à venir : « afin de montrer dans les siècles à venir l'infinie richesse de sa grâce par sa bonté envers nous en Jésus-Christ. »
- Hé 6.5 Les puissances du siècle à venir : « qui ont goûté la bonne parole de Dieu et les puissances du siècle à venir, »
- Ap 22.5 Régner aux siècles des siècles : « Il n'y aura plus de nuit; et ils n'auront besoin ni de lampe ni de lumière, parce que le Seigneur Dieu les éclairera. Et ils régneront aux siècles des siècles. »
Mots apparentés
- ʿôlām עוֹלָם : durée sans limite, éternité
- kosmos κόσμος : monde, ordre, parure
- zōē ζωή : vie
- hēmera ἡμέρα : jour
Autres mots du thème « Création, vie et gloire »
- bārāʾ : créer
- šāmayim : cieux, ciel
- ʾereṣ : terre, pays
- ḥayyîm : vie
- bārak : bénir
- chara : joie
- doxa : gloire
- paraklētos : défenseur, consolateur
Anecdotes pour prêcher ce mot
- Dans la chrysalide : la chenille transformée en papillon (Le papillon, toujours)
- De la pluie qui monte de la terre : le puits de John G. Paton à Aniwa (John G. Paton, vers 1867)
- Deux cuillères d'argent à Londres : John Wesley et le fisc (John Wesley, 1776)
- L'ancre de l'âme : du naufrage de Paul aux catacombes de Rome (L'ancre, Ier-IIIe siècle)
- Le banquier de Clapham : Henry Thornton et l'art de donner (Henry Thornton, vers 1790-1815)
- Le Messie composé en vingt-quatre jours : Haendel au bord de l'échec (Georg Friedrich Haendel, 22 août - 14 septembre 1741)
- Les cendres jetées dans la rivière : le procès posthume de Wycliffe (John Wycliffe, 1428)
- Les cent de Mount Hermon : naissance d'un mouvement missionnaire (Dwight L. Moody, juillet 1886)
- Pieds nus derrière la couronne d'épines : Saint Louis en 1239 (Louis IX (Saint Louis), août 1239)
- Pourquoi se lève-t-on pendant l'Alléluia du Messie de Haendel ? (Georg Friedrich Haendel, 23 mars 1743)
- Quarante minutes avant le train : « Dans les bras de Jésus » (Fanny Crosby, 1868)
- Quitter le baseball pour un salaire de misère : le choix de Billy Sunday (Billy Sunday, 1891)
Bibliographie
- Hermann Sasse, art. « αἰών, αἰώνιος », Theological Dictionary of the New Testament, vol. 1, Grand Rapids, Eerdmans, 1964. voir sur Amazon
- Walter Bauer, Frederick W. Danker et al., A Greek-English Lexicon of the New Testament and Other Early Christian Literature (BDAG), 3e éd., University of Chicago Press, 2000. voir sur Amazon
- Oscar Cullmann, Christ et le temps. Temps et histoire dans le christianisme primitif, Neuchâtel, Delachaux et Niestlé, 1947 (original allemand 1946). voir sur Amazon
- James Barr, Biblical Words for Time, Londres, SCM Press, 1962. voir sur Amazon
- Xavier Léon-Dufour (dir.), Vocabulaire de théologie biblique, Paris, Cerf, 1962. voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
En tant que Partenaire Amazon, nous réalisons un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.
Ouvrir la fiche interactive · Toutes les occurrences de aiōn (G165) dans la concordance biblique