ʿāzab עָזַב

Strong H5800 · verbe · abandonner, laisser · 215 occurrences

Laisser derrière soi, se séparer de quelqu'un ou de quelque chose. Le verbe va du geste neutre (laisser des grappes au pauvre) à la rupture grave : abandonner l'Éternel, ou la crainte d'être abandonné par lui. Dieu promet : « je ne t'abandonnerai point ».

Racine et étymologie

La racine ʿ-z-b exprime l'idée de lâcher prise : on s'éloigne de ce que l'on tenait, ou on le laisse là où il est. Le même verbe peut donc désigner un geste parfaitement innocent, comme laisser son vêtement entre les mains de quelqu'un (Gn 39.12), et un acte moralement chargé, comme délaisser un proche ou renier un engagement. Le contexte, et surtout l'objet du verbe, décident du sens.

Les lexiques distinguent un homonyme rare, signalé par STEPBible sous la forme H5800b, qui signifie « restaurer, réparer ». On le reconnaît souvent en Néhémie 3.8, dans la liste des artisans qui relèvent la muraille : Segond traduit « Ils laissèrent Jérusalem jusqu'à la muraille large », mais beaucoup de traducteurs modernes comprennent « ils réparèrent Jérusalem ». L'hésitation illustre combien un même mot peut cacher deux racines différentes.

Le participe passif ʿăzûbâ, « délaissée », devient presque un nom propre dans la prophétie : Jérusalem, abandonnée pendant l'exil, ne portera plus ce surnom (És 62.4). Le verbe se rencontre surtout au qal, la forme simple ; le niphal (« être abandonné ») sert pour le juste que Dieu ne laisse pas tomber (Ps 37.25).

Sens et emplois

  1. Quitter, laisser derrière soi

    Le sens premier, sans jugement moral : partir d'un lieu ou d'une personne. Le mariage est décrit comme un départ qui crée un lien nouveau.

    « C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme »Gn 2.24, Segond 1910
  2. Laisser à la disposition d'autrui

    Dans la loi, laisser une part de la récolte est un acte de justice : ce qu'on abandonne devient la part du pauvre et de l'étranger.

    « Tu abandonneras cela au pauvre et à l'étranger. »Lv 19.10, Segond 1910
  3. Abandonner l'Éternel

    L'emploi théologique majeur : rompre l'alliance en se tournant vers d'autres dieux. Jérémie y voit un double mal, car on quitte la source pour des citernes fêlées.

    « Ils m'ont abandonné, moi qui suis une source d'eau vive »Jr 2.13, Segond 1910
  4. Être abandonné de Dieu

    Le verbe exprime aussi l'angoisse du croyant qui se sent lâché, et la promesse inverse : Dieu ne délaisse pas les siens.

    « Mon Dieu! mon Dieu! pourquoi m'as-tu abandonné »Ps 22.2, Segond 1910
  5. Délaisser le péché

    Dans la sagesse, abandonner une conduite mauvaise fait partie de la repentance, à côté de l'aveu.

    « Mais celui qui les avoue et les délaisse obtient miséricorde. »Pr 28.13, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La Septante rend ʿāzab surtout par deux composés du verbe λείπω, « laisser » : καταλείπω, « laisser derrière soi », et ἐγκαταλείπω, « abandonner dans une situation », c'est-à-dire laisser quelqu'un seul au milieu du danger. C'est ce second verbe qu'on lit dans le cri du Psaume 22, et c'est lui que reprennent Matthieu 27.46 et Marc 15.34 pour traduire les paroles de Jésus en croix.

La promesse de Deutéronome 31.6 et de Josué 1.5 passe aussi au Nouveau Testament : l'épître aux Hébreux (13.5) la cite avec ἐγκαταλείπω pour encourager des chrétiens tentés par l'inquiétude matérielle. Le français hérite du doublet de Segond, « délaisser » et « abandonner », qui rend la double négation hébraïque de ces versets.

Le débat

Quand Jésus reprend en croix le cri du Psaume 22, exprime-t-il un abandon réellement vécu ou cite-t-il le début d'un psaume qui finit dans la confiance ?

Les deux lectures ne s'excluent pas. Le verbe ʿāzab garde toute sa force : le psalmiste se sent réellement lâché. Mais il adresse sa plainte à « mon Dieu », ce qui suppose que le lien demeure. Le cri est à la fois détresse authentique et prière confiante.

Portée théologique

Dans l'Ancien Testament, ʿāzab sert à mesurer la fidélité de l'alliance des deux côtés. Du côté humain, l'histoire d'Israël se résume souvent par une phrase : « ils abandonnèrent l'Éternel » (Jg 2.12). C'est le vocabulaire de la rupture, presque celui de l'adultère, que les prophètes développent. Du côté de Dieu, au contraire, le verbe apparaît surtout à la forme négative : « il ne te délaissera point, il ne t'abandonnera point ». La promesse faite à Moïse, à Josué, puis à l'Église dans l'épître aux Hébreux, traverse toute l'Écriture.

Les textes ne cachent pourtant pas l'expérience de l'abandon. Le Psaume 22 et Ésaïe 54 osent dire que Dieu a abandonné, mais pour un instant, et pour reprendre « avec une grande affection ». Le récit de la croix place ce cri au cœur de l'Évangile : celui qui n'a jamais abandonné son Père prend sur lui la situation de ceux qui l'ont abandonné. Pour la prédication, Ruth offre l'image inverse : là où l'on attendait qu'elle laisse Noémi, elle s'attache à elle, et sa fidélité devient le reflet de celle de Dieu.

Chaîne : Abandonner et ne pas être abandonné

  1. Gn 2.24 Quitter pour s'attacher : « C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair. »
  2. Lv 19.10 Laisser la part du pauvre : « Tu ne cueilleras pas non plus les grappes restées dans ta vigne, et tu ne ramasseras pas les grains qui en seront tombés. Tu abandonneras cela au pauvre et à l'étranger. Je suis l'Éternel, votre Dieu. »
  3. Dt 31.6 La promesse avant la conquête : « Fortifiez-vous et ayez du courage! Ne craignez point et ne soyez point effrayés devant eux; car l'Éternel, ton Dieu, marchera lui-même avec toi, il ne te délaissera point, il ne t'abandonnera point. »
  4. Jos 1.5 Renouvelée à Josué : « Nul ne tiendra devant toi, tant que tu vivras. Je serai avec toi, comme j'ai été avec Moïse; je ne te délaisserai point, je ne t'abandonnerai point. »
  5. Jg 2.12 Israël abandonne l'Éternel : « Ils abandonnèrent l'Éternel, le Dieu de leurs pères, qui les avait fait sortir du pays d'Égypte, et ils allèrent après d'autres dieux d'entre les dieux des peuples qui les entouraient; ils se prosternèrent devant eux, et ils irritèrent l'Éternel. »
  6. Rt 1.16 Ruth refuse de laisser Noémi : « Ruth répondit: Ne me presse pas de te laisser, de retourner loin de toi! Où tu iras j'irai, où tu demeureras je demeurerai; ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu; »
  7. 2 Ch 15.2 Une alliance réciproque : « et Azaria alla au-devant d'Asa et lui dit: Ecoutez-moi, Asa, et tout Juda et Benjamin! L'Éternel est avec vous quand vous êtes avec lui; si vous le cherchez, vous le trouverez; mais si vous l'abandonnez, il vous abandonnera. »
  8. Ps 22.2 Le cri du juste : « Au chef des chantres. Sur Biche de l'aurore. Psaume de David. Mon Dieu! mon Dieu! pourquoi m'as-tu abandonné, Et t'éloignes-tu sans me secourir, sans écouter mes plaintes? »
  9. És 54.7 Un abandon d'un instant : « Quelques instants je t'avais abandonnée, Mais avec une grande affection je t'accueillerai; »
  10. Jr 2.13 La source délaissée : « Car mon peuple a commis un double péché: Ils m'ont abandonné, moi qui suis une source d'eau vive, Pour se creuser des citernes, des citernes crevassées, Qui ne retiennent pas l'eau. »
  11. Mt 27.46 Le cri de la croix : « Et vers la neuvième heure, Jésus s'écria d'une voix forte: Eli, Eli, lama sabachthani? c'est-à-dire: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné? »
  12. Hé 13.5 La promesse pour l'Église : « Ne vous livrez pas à l'amour de l'argent; contentez- vous de ce que vous avez; car Dieu lui-même a dit: Je ne te délaisserai point, et je ne t'abandonnerai point. »

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Bibliographie

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