bōqer בֹּקֶר
Strong H1242 · nom masculin · matin · 214 occurrences
Le moment où la nuit cède à la lumière : début concret de la journée de travail et de culte, mais aussi, dans les Psaumes et les prophètes, l'heure où Dieu intervient pour secourir après la nuit de l'angoisse.
Racine et étymologie
Le nom bōqer appartient à une racine b-q-r dont le sens premier semble être « fendre, percer », puis « examiner, discerner ». Le matin serait ainsi le moment où la lumière « perce » l'obscurité et où l'on recommence à distinguer les choses. Ce rapprochement est proposé par plusieurs lexiques, mais il reste une hypothèse : comme souvent, c'est l'usage biblique qui fixe le sens, non l'étymologie.
La même racine fournit en effet le verbe bāqar, « examiner, inspecter » (par exemple le berger qui passe en revue son troupeau en Ézéchiel 34), et le nom biqqōret, « enquête ». Faut-il y voir une simple homonymie ou un lien réel avec le matin, heure où l'on inspecte ? Les spécialistes restent partagés. En revanche, le nom bāqār, « gros bétail », relève probablement d'une autre racine.
Grammaticalement, bōqer s'emploie très souvent comme complément de temps : « au matin », « dès le matin », « jusqu'au matin ». Le pluriel labbeqārîm signifie « chaque matin », et l'expression « matin après matin » marque la répétition quotidienne. Le mot est souvent couplé avec ʿereb, « soir », pour exprimer la totalité d'une journée ou la régularité d'un rite.
Sens et emplois
Le matin, borne du jour
Dans le récit de la création, le couple soir-matin scande les jours. L'ordre « soir, puis matin » a fondé l'usage juif de commencer la journée au coucher du soleil.
« Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le premier jour. »Gn 1.5, Segond 1910
L'heure de la décision et du départ
Se lever de bon matin, c'est agir sans délai et avec résolution. L'expression revient dans les grandes scènes d'obéissance ou de décision, comme le départ d'Abraham vers Morija.
« Abraham se leva de bon matin, sella son âne, »Gn 22.3, Segond 1910
Le temps du culte quotidien
Le sacrifice perpétuel est offert matin et soir. Le matin devient ainsi l'heure liturgique par excellence, celle où Israël se présente devant Dieu au début de chaque jour.
« Tu offriras l'un des agneaux le matin, et l'autre agneau entre les deux soirs. »Ex 29.39, Segond 1910
L'heure du secours divin
Dans la prière d'Israël, le matin est le moment où Dieu répond et délivre. Le passage de la nuit au jour devient l'image du passage de la détresse à la joie.
« Le soir arrivent les pleurs, Et le matin l'allégresse. »Ps 30.6, Segond 1910
Image de ce qui est fugace
Le matin a aussi son revers : la nuée matinale qui se dissipe vite. Osée en fait l'image d'une piété sans consistance.
« Votre piété est comme la nuée du matin, »Os 6.4, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante rend bōqer très régulièrement par πρωΐ, « tôt, au matin », adverbe que l'on retrouve dans le Nouveau Testament, notamment dans les récits de la résurrection : les femmes viennent au tombeau « de grand matin » (Mc 16.2). Elle emploie aussi πρωΐα, « le matin », et parfois ὄρθρος, « le point du jour ». Ces mots grecs n'ont pas la charge théologique propre à l'hébreu, mais le contexte de Pâques leur en donne une nouvelle.
Le lecteur attentif reconnaîtra dans l'aube pascale l'accomplissement du motif des Psaumes : le secours de Dieu « dès l'aube du matin » (Ps 46.6). Le Christ se présente lui-même comme « l'étoile brillante du matin » (Ap 22.16), reprise du langage de Job 38.7 et des images royales. La Vulgate traduit bōqer par mane ou matutinum, d'où viennent nos « matines », l'office du petit jour.
Le débat
Le « secours de Dieu au matin » est-il une simple image poétique, ou le reflet d'une pratique précise du culte et du droit ?
- Une heure liée au culte et au jugement (Joseph Ziegler, 1950) : Dans son étude « Die Hilfe Gottes am Morgen », Ziegler rassemble les textes où Dieu intervient au matin et les relie à des pratiques concrètes : on rendait la justice le matin, et c'est au matin qu'on attendait l'oracle de salut au sanctuaire après une nuit de veille.
- Un motif théologique de l'épiphanie (Bernd Janowski, 1989) : Janowski reprend le dossier et y voit l'expression d'une conviction : le Dieu créateur, qui fait se lever la lumière, vainc chaque jour le chaos de la nuit. Le matin devient le lieu symbolique où se manifeste le salut, au-delà d'un rite particulier.
- Une image tirée de l'expérience commune (lecture littéraire) : Pour d'autres lecteurs, il suffit de constater que l'angoisse grandit la nuit et se dissipe à l'aube : les poètes ont tiré de cette expérience universelle une image de l'espérance, sans qu'il faille supposer un arrière-plan cultuel.
Les trois lectures ne s'excluent pas. Certains textes supposent bien un cadre concret (So 3.5 parle de jugements rendus chaque matin), mais la répétition du motif dans des prières très diverses montre qu'il est devenu un langage de la confiance : la nuit n'a pas le dernier mot, parce que Dieu fait lever le jour.
Portée théologique
Le matin, dans la Bible, n'est jamais une simple donnée du calendrier. Dès la première page, il est le terme d'un passage : de l'obscurité vers la lumière que Dieu a appelée. Chaque matin rappelle donc que le monde ne tient pas par lui-même mais par la parole qui l'a créé et le renouvelle. C'est pourquoi le culte d'Israël s'ouvre au matin, et pourquoi le croyant y dépose sa prière : « le matin tu entends ma voix » (Ps 5.4).
Les Lamentations offrent le texte le plus fort : au milieu des ruines de Jérusalem, le poète confesse que les bontés de Dieu « se renouvellent chaque matin ». L'espérance biblique n'est pas un optimisme ; c'est l'attente active de la sentinelle qui sait que le jour viendra (Ps 130.6). Les évangiles placent la découverte du tombeau vide « de grand matin » : le matin de Pâques accomplit tous les matins de délivrance chantés par les Psaumes, et fait du dimanche le premier jour d'une création nouvelle.
Pour la vie chrétienne, ce vocabulaire invite à recevoir chaque journée comme un don et à commencer par se tourner vers Dieu. Mais il met aussi en garde, avec Osée, contre une piété « du matin » qui s'évapore à la première chaleur : la fidélité se mesure à la durée du jour, pas seulement à l'élan de l'aube.
Chaîne : Le matin de Dieu
- Gn 1.5 Le premier matin : « Dieu appela la lumière jour, et il appela les ténèbres nuit. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le premier jour. »
- Ex 14.27 La mer revient au point du jour : « Moïse étendit sa main sur la mer. Et vers le matin, la mer reprit son impétuosité, et les Égyptiens s'enfuirent à son approche; mais l'Éternel précipita les Égyptiens au milieu de la mer. »
- Ex 16.7 La gloire et la manne : « Et, au matin, vous verrez la gloire de l'Éternel, parce qu'il a entendu vos murmures contre l'Éternel; car que sommes-nous, pour que vous murmuriez contre nous? »
- 2 S 23.4 Le roi juste, lumière du matin : « Est pareil à la lumière du matin, quand le soleil brille Et que la matinée est sans nuages; Ses rayons après la pluie font sortir de terre la verdure. »
- Jb 38.7 Les étoiles du matin chantent : « Alors que les étoiles du matin éclataient en chants d'allégresse, Et que tous les fils de Dieu poussaient des cris de joie? »
- Ps 5.4 La prière du matin : « Éternel! le matin tu entends ma voix; Le matin je me tourne vers toi, et je regarde. »
- Ps 46.6 Le secours dès l'aube : « Dieu est au milieu d'elle: elle n'est point ébranlée; Dieu la secourt dès l'aube du matin. »
- Ps 130.6 Les gardes attendent le matin : « Mon âme compte sur le Seigneur, Plus que les gardes ne comptent sur le matin, Que les gardes ne comptent sur le matin. »
- És 21.12 Sentinelle, le matin vient : « La sentinelle répond: Le matin vient, et la nuit aussi. Si vous voulez interroger, interrogez; Convertissez-vous, et revenez. »
- Lm 3.23 Des bontés neuves chaque matin : « Elles se renouvellent chaque matin. Oh! que ta fidélité est grande! »
- Mc 16.2 Le matin de Pâques : « Le premier jour de la semaine, elles se rendirent au sépulcre, de grand matin, comme le soleil venait de se lever. »
- Ap 22.16 L'étoile brillante du matin : « Moi, Jésus, j'ai envoyé mon ange pour vous attester ces choses dans les Églises. Je suis le rejeton et la postérité de David, l'étoile brillante du matin. »
Mots apparentés
Autres mots du thème « Création, vie et gloire »
- bārāʾ : créer
- šāmayim : cieux, ciel
- ʾereṣ : terre, pays
- ḥayyîm : vie
- bārak : bénir
- zōē : vie
- kosmos : monde, ordre, parure
- chara : joie
Anecdotes pour prêcher ce mot
- Dostoïevski devant le peloton : « La vie est un don » (Fiodor Dostoïevski, 22 décembre 1849)
- Un sermon qui porta du fruit quatre-vingts ans après : John Flavel (John Flavel, XVIIe et XVIIIe siècles)
- Une manière simple de prier : la lettre de Luther à son barbier (Martin Luther, 1535)
- Une parole pour chaque jour : Zinzendorf et les « mots d'ordre » moraves (Nicolas Louis de Zinzendorf, 3 mai 1728)
- « Louez Dieu, source de tout bien » : Thomas Ken et les écoliers de Winchester (Thomas Ken, 1674)
- « Merveilleusement gardés » : le dernier poème de Dietrich Bonhoeffer (Dietrich Bonhoeffer, 19 décembre 1944)
Bibliographie
- Francis Brown, S. R. Driver, Charles A. Briggs, A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament, Oxford, Clarendon Press, 1907. voir sur Amazon
- Ludwig Koehler, Walter Baumgartner, The Hebrew and Aramaic Lexicon of the Old Testament (HALOT), Leiden, Brill, 1994-2000. voir sur Amazon
- Joseph Ziegler, « Die Hilfe Gottes "am Morgen" », dans Alttestamentliche Studien Friedrich Nötscher zum 60. Geburtstag, Bonn, 1950. voir sur Amazon
- Bernd Janowski, Rettungsgewissheit und Epiphanie des Heils, Neukirchen-Vluyn, Neukirchener Verlag, 1989. voir sur Amazon
- Xavier Léon-Dufour (dir.), Vocabulaire de théologie biblique, Paris, Cerf. voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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