laylâ לַיְלָה
Strong H3915 · nom masculin · nuit · 231 occurrences
La nuit, moitié obscure du jour biblique. Nommée par Dieu dès la création, elle est le temps du repos, de la peur et du danger, mais aussi des songes, de la prière et des délivrances, comme la nuit de la Pâque.
Racine et étymologie
Laylâ appartient au vocabulaire sémitique commun : l'akkadien līlâtu (« soir »), l'araméen lêlyā et l'arabe layl désignent tous la nuit. La forme hébraïque laylâ, avec sa finale en -â accentuée sur la première syllabe, a longtemps été prise pour un féminin ou une terminaison de direction ; elle est pourtant traitée comme un masculin. La forme brève lêl apparaît en poésie et à l'état construit, par exemple dans « la nuit » de la Pâque (Ex 12.42) ou l'oracle sur Duma (És 21.11). Le pluriel lêlôt se trouve surtout dans les Psaumes et dans Job.
Dans le calendrier biblique, la journée commence le soir : « il y eut un soir, et il y eut un matin ». La nuit précède donc le jour, ce qui explique que les fêtes juives commencent au coucher du soleil. On divisait la nuit en veilles : trois dans l'usage israélite ancien (Lm 2.19 parle des « veilles de la nuit »), quatre à l'époque romaine, comme dans les évangiles.
Le mot est souvent associé à yôm (H3117), « jour », dans la paire « jour et nuit », qui exprime la continuité, et à ḥōšek, « ténèbres ». Mais laylâ n'est pas synonyme de ténèbres : la nuit est une période du temps créé, ordonnée par Dieu, tandis que les ténèbres peuvent symboliser le mal ou le chaos.
Sens et emplois
La nuit, part du temps créé
Dieu nomme la nuit comme il nomme le jour : elle n'est pas un reste du chaos, mais une partie ordonnée de la création, garantie après le déluge par la promesse faite à Noé.
« Dieu appela la lumière jour, et il appela les ténèbres nuit. »Gn 1.5, Segond 1910
« Jour et nuit » : la continuité
La paire exprime une activité ininterrompue : méditer la loi, être guidé, garder. Elle signifie « sans cesse ».
« Mais qui trouve son plaisir dans la loi de l'Éternel, Et qui la médite jour et nuit! »Ps 1.2, Segond 1910
Le temps des menaces
La nuit est le temps des dangers, des voleurs, des bêtes et des terreurs. La confiance en Dieu s'exprime en affirmant qu'on n'a pas à craindre ces menaces.
« Tu ne craindras ni les terreurs de la nuit, Ni la flèche qui vole de jour, »Ps 91.5, Segond 1910
La nuit de la délivrance
La nuit de la sortie d'Égypte est consacrée à l'Éternel : c'est la nuit de veille par excellence, célébrée de génération en génération.
« Cette nuit sera célébrée en l'honneur de l'Éternel, parce qu'il les fit sortir du pays d'Égypte; »Ex 12.42, Segond 1910
Le temps de la prière et des révélations
C'est la nuit que Dieu parle en songe, que le cœur exhorte, que l'on chante et que l'on prie. La nuit devient un lieu de rencontre.
« La nuit, je chantais ses louanges, J'adressais une prière au Dieu de ma vie. »Ps 42.9, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante traduit laylâ de manière constante par νύξ, « nuit » (G3571), mot grec ancien qui désignait aussi chez Hésiode une divinité primordiale, la Nuit. La traduction biblique ne garde rien de cette personnification : la nuit y reste une créature, non une puissance. L'expression hébraïque « jour et nuit » devient en grec ἡμέρας καὶ νυκτός, que l'on retrouve dans le Nouveau Testament pour la prière continuelle.
Le Nouveau Testament emploie νύξ 61 fois. Le mot y prend souvent une portée symbolique : Nicodème vient « de nuit », Judas sort et « Il était nuit » (Jn 13.30), et Paul oppose les fils du jour à ceux de la nuit. L'Apocalypse annonce enfin qu'« Il n'y aura plus de nuit » (Ap 22.5). La Vulgate rend le mot par « nox », et Segond par « nuit », presque sans exception.
Le débat
Dans le récit de Genèse 1, la nuit est-elle une créature bonne de Dieu, ou le reste domestiqué d'un chaos antérieur ?
- Une part ordonnée de la création (Claus Westermann, 1974) : En nommant les ténèbres « nuit », Dieu les intègre au rythme du temps créé. Nommer, c'est exercer sa souveraineté : la nuit n'échappe pas à son ordre.
- Un chaos contenu mais persistant (Jon D. Levenson, 1988) : Les ténèbres de Gn 1.2 ne sont pas dites créées : Dieu les limite et les ordonne, sans les supprimer. La création est une victoire toujours à maintenir sur les forces du désordre, dont la nuit garde la trace.
- Une étape provisoire (Lecture eschatologique) : Les prophètes et l'Apocalypse annoncent un temps « ni jour ni nuit » (Za 14.7) puis la fin de la nuit : celle-ci appartient à la création présente, appelée à être dépassée.
Les deux premières lectures ne s'excluent pas. Le texte souligne que Dieu nomme la nuit et que le rythme jour-nuit est garanti (Gn 8.22) ; mais l'association de la nuit aux ténèbres et aux dangers reste vive dans la poésie. La perspective eschatologique les réconcilie : la nuit est bonne à sa place, mais elle n'est pas le dernier mot.
Portée théologique
La Bible ne divinise pas la nuit et ne la diabolise pas. Elle est créée, nommée, ordonnée : « Le jour en instruit un autre jour, La nuit en donne connaissance à une autre nuit » (Ps 19.3). Même ce qui effraie l'homme reste sous le regard de Dieu : « Même les ténèbres ne sont pas obscures pour toi, La nuit brille comme le jour » (Ps 139.12). Le gardien d'Israël ne dort pas, et la lune ne frappera pas pendant la nuit (Ps 121.6).
La nuit est aussi le lieu de certaines des plus grandes rencontres : Jacob lutte jusqu'à l'aurore, Israël sort d'Égypte au milieu de la nuit, les bergers reçoivent l'annonce de la naissance du Sauveur. Pour la prédication, le mot permet d'accompagner ceux dont la couche « est baignée de mes larmes » (Ps 6.7) : la nuit n'est pas absence de Dieu. Elle porte aussi une espérance, puisque l'Apocalypse annonce une cité où il n'y aura plus de nuit, parce que le Seigneur Dieu l'éclairera.
Chaîne : De la nuit créée à la ville sans nuit
- Gn 1.5 Dieu nomme la nuit : « Dieu appela la lumière jour, et il appela les ténèbres nuit. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le premier jour. »
- Gn 8.22 Le jour et la nuit ne cesseront point : « Tant que la terre subsistera, les semailles et la moisson, le froid et la chaleur, l'été et l'hiver, le jour et la nuit ne cesseront point. »
- Gn 32.22 La nuit de Jacob au Jabbok : « Il se leva la même nuit, prit ses deux femmes, ses deux servantes, et ses onze enfants, et passa le gué de Jabbok. »
- Ex 12.42 La nuit de la Pâque : « Cette nuit sera célébrée en l'honneur de l'Éternel, parce qu'il les fit sortir du pays d'Égypte; cette nuit sera célébrée en l'honneur de l'Éternel par tous les enfants d'Israël et par leurs descendants. »
- Ex 13.21 La colonne de feu : « L'Éternel allait devant eux, le jour dans une colonne de nuée pour les guider dans leur chemin, et la nuit dans une colonne de feu pour les éclairer, afin qu'ils marchassent jour et nuit. »
- Ps 1.2 Méditer jour et nuit : « Mais qui trouve son plaisir dans la loi de l'Éternel, Et qui la médite jour et nuit! »
- Ps 139.12 La nuit brille comme le jour : « Même les ténèbres ne sont pas obscures pour toi, La nuit brille comme le jour, Et les ténèbres comme la lumière. »
- Za 14.7 Ni jour ni nuit : « Ce sera un jour unique, connu de l'Éternel, Et qui ne sera ni jour ni nuit; Mais vers le soir la lumière paraîtra. »
- Lc 2.8 Les bergers dans la nuit : « Il y avait, dans cette même contrée, des bergers qui passaient dans les champs les veilles de la nuit pour garder leurs troupeaux. »
- Jn 13.30 Il était nuit : « Judas, ayant pris le morceau, se hâta de sortir. Il était nuit. »
- Ap 22.5 Il n'y aura plus de nuit : « Il n'y aura plus de nuit; et ils n'auront besoin ni de lampe ni de lumière, parce que le Seigneur Dieu les éclairera. Et ils régneront aux siècles des siècles. »
Mots apparentés
Autres mots du thème « Création, vie et gloire »
- šāmayim : cieux, ciel
- ʾereṣ : terre, pays
- ḥayyîm : vie
- bārak : bénir
- zōē : vie
- kosmos : monde, ordre, parure
- chara : joie
- doxa : gloire
Anecdotes pour prêcher ce mot
- Des sermons dans le silence : Richard Wurmbrand au cachot (Richard Wurmbrand, 1948-1956)
- Le pain quotidien : le plan de lecture biblique de M'Cheyne (Robert Murray M'Cheyne, décembre 1842)
- Six chandelles pour donner son temps à Dieu : l'invention d'Alfred le Grand (Alfred le Grand, vers 885-890)
- Un feu qui ne s'éteint pas : la chaîne de prière de Herrnhut (Nicolas Louis de Zinzendorf, 27 août 1727)
- Vingt ans dans les Psaumes : Spurgeon et le Trésor de David (Charles Spurgeon, 1865-1885)
- « Lire, marquer, apprendre et digérer » : la prière de Cranmer pour l'Écriture (Thomas Cranmer, 1549)
- « Rendre mon âme heureuse dans le Seigneur » : le matin de George Müller (George Müller, printemps 1841)
Bibliographie
- Francis Brown, S. R. Driver, Charles A. Briggs, A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament (BDB), Oxford, 1906. voir sur Amazon
- Ludwig Koehler, Walter Baumgartner, The Hebrew and Aramaic Lexicon of the Old Testament (HALOT), Leyde, Brill. voir sur Amazon
- Claus Westermann, Genesis 1–11, Biblischer Kommentar, Neukirchen-Vluyn, 1974. voir sur Amazon
- Jon D. Levenson, Creation and the Persistence of Evil, San Francisco, Harper & Row, 1988. voir sur Amazon
- Gordon J. Wenham, Genesis 1–15, Word Biblical Commentary 1, Waco, Word Books, 1987. voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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