dām דָּם

Strong H1818 · nom masculin · sang · 359 occurrences

Le sang, siège de la vie qui appartient à Dieu. Versé par violence, il crie vengeance ; offert sur l'autel, il fait l'expiation ; répandu au Sinaï, il scelle l'alliance. Le Nouveau Testament y lit le sens de la mort du Christ.

Racine et étymologie

Le mot dām est un nom bilittère très ancien, commun à la plupart des langues sémitiques : l'akkadien damu, l'ougaritique dm, l'araméen dmā ou l'arabe dam désignent tous le sang. Il ne dérive d'aucun verbe connu, et les tentatives pour le rattacher à ʾādam, « homme », ou à ʾădāmâ, « sol », relèvent du jeu de sonorités plutôt que de l'étymologie, même si le récit de Caïn associe fortement le sang d'Abel et la terre qui l'a bu (Gn 4.10-11).

Un trait grammatical est important : au pluriel, dāmîm ne désigne pas « plusieurs sangs », mais le sang versé par violence, le meurtre et la culpabilité qui en découle. « Vos mains sont pleines de sang » (És 1.15) emploie ce pluriel. Les expressions « homme de sang » ou « maison de sang » visent des meurtriers, et « son sang sera sur lui » signifie qu'il porte la responsabilité de sa propre mort.

Le mot est massivement présent dans le Lévitique, qui l'emploie plus que tout autre livre, à propos des sacrifices, et dans Ézéchiel, qui dénonce Jérusalem comme une « ville sanguinaire ».

Sens et emplois

  1. Le sang, siège de la vie

    Le sang porte la vie (nefeš) de l'être vivant ; c'est pourquoi il est interdit de le manger. Cette règle, donnée à Noé, vaut pour toute l'humanité.

    « car le sang, c'est l'âme; »Dt 12.23, Segond 1910
  2. Le sang versé et la culpabilité

    Le meurtre est un « sang versé » qui crie vers Dieu et exige justice. La vie humaine est inviolable parce que l'homme est fait à l'image de Dieu.

    « Si quelqu'un verse le sang de l'homme, par l'homme son sang sera versé; car Dieu a fait l'homme à son image. »Gn 9.6, Segond 1910
  3. Le sang de l'expiation

    Sur l'autel, le sang des victimes sert à l'expiation, parce que Dieu l'a donné pour cela. Le Jour des expiations en est le sommet : le sang est porté au-delà du voile.

    « Je vous l'ai donné sur l'autel, afin qu'il servît d'expiation pour vos âmes, »Lv 17.11, Segond 1910
  4. Le sang, signe de protection et d'alliance

    À la Pâque, le sang sur les maisons protège Israël ; au Sinaï, Moïse en asperge le peuple pour sceller l'alliance.

    « Voici le sang de l'alliance que l'Éternel a faite avec vous selon toutes ces paroles. »Ex 24.8, Segond 1910
  5. Le sang changé en signe de jugement

    Le sang est aussi l'image du malheur et du jugement : la première plaie d'Égypte change les eaux du fleuve en sang.

    « et toutes les eaux du fleuve furent changées en sang. »Ex 7.20, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La Septante rend dām par αἷμα, sans hésitation : c'est le mot grec courant pour le sang. Le pluriel hébreu de violence est souvent rendu par le singulier ou par des tournures comme « sang innocent ». Le Nouveau Testament emploie αἷμα 97 fois, et presque tous les emplois théologiques s'appuient sur l'Ancien Testament. Lors du dernier repas, Jésus reprend la formule d'Exode 24.8 : « ceci est mon sang, le sang de l'alliance » (Mt 26.28).

L'Épître aux Hébreux relit tout le culte lévitique à partir du sang : « sans effusion de sang il n'y a pas de pardon » (Hé 9.22), et le sang de Jésus « parle mieux que celui d'Abel » (Hé 12.24), allusion directe au sang qui criait de la terre en Genèse 4.10. Paul parle de la justification et de la rédemption « par son sang » (Rm 5.9, Ep 1.7). Le latin sanguis a donné le français « sang ».

Le débat

Dans le langage du sacrifice, le « sang » désigne-t-il la vie libérée et offerte, ou la mort violente de la victime ?

Lévitique 17.11 fonde bien le lien entre sang et vie, ce que Westcott a souligné. Mais l'usage massif de « verser le sang » pour le meurtre et la logique de substitution donnent raison à Morris sur un point : le sang qui expie est celui d'une vie livrée à la mort. Le Nouveau Testament tient ensemble la mort du Christ et la vie qu'elle communique (Jn 6.54).

Portée théologique

Le sang est, dans la Bible, le lieu où se croisent la vie et la mort. Parce que la vie est dans le sang, elle appartient à Dieu seul : l'homme ne doit ni le manger ni le verser. Le sang d'Abel qui crie de la terre montre que Dieu entend la vie détruite, et l'alliance avec Noé fonde l'inviolabilité de l'être humain sur l'image de Dieu. Les prophètes dénoncent les mains pleines de sang de ceux qui prient sans pratiquer la justice.

Mais Dieu donne aussi le sang « sur l'autel » pour l'expiation. Ce qui était signe de culpabilité devient moyen de purification. La Pâque, l'alliance du Sinaï et le Jour des expiations forment une grande trame : le sang protège, lie et purifie. Cette trame prépare la lecture que le Nouveau Testament fait de la croix.

Pour la prédication, le dernier repas est décisif : en appelant la coupe « mon sang, le sang de l'alliance », Jésus interprète sa mort à la lumière d'Exode 24 et de Jérémie 31. Hébreux en tire la conclusion : le sang du Christ ne crie pas vengeance comme celui d'Abel, il parle de pardon. Le vocabulaire du sang, souvent déroutant pour le lecteur moderne, dit ainsi le prix de la vie et le sérieux de la réconciliation.

Chaîne : Le sang qui parle

  1. Gn 4.10 Le sang d'Abel crie : « Et Dieu dit: Qu'as-tu fait? La voix du sang de ton frère crie de la terre jusqu'à moi. »
  2. Gn 9.6 L'inviolabilité de la vie : « Si quelqu'un verse le sang de l'homme, par l'homme son sang sera versé; car Dieu a fait l'homme à son image. »
  3. Ex 12.13 Le sang de la Pâque : « Le sang vous servira de signe sur les maisons où vous serez; je verrai le sang, et je passerai par-dessus vous, et il n'y aura point de plaie qui vous détruise, quand je frapperai le pays d'Égypte. »
  4. Ex 24.8 Le sang de l'alliance : « Moïse prit le sang, et il le répandit sur le peuple, en disant: Voici le sang de l'alliance que l'Éternel a faite avec vous selon toutes ces paroles. »
  5. Lv 16.15 Le Jour des expiations : « Il égorgera le bouc expiatoire pour le peuple, et il en portera le sang au delà du voile. Il fera avec ce sang comme il a fait avec le sang du taureau, il en fera l'aspersion sur le propitiatoire et devant le propitiatoire. »
  6. Lv 17.11 La vie est dans le sang : « Car l'âme de la chair est dans le sang. Je vous l'ai donné sur l'autel, afin qu'il servît d'expiation pour vos âmes, car c'est par l'âme que le sang fait l'expiation. »
  7. Za 9.11 L'alliance scellée par le sang : « Et pour toi, à cause de ton alliance scellée par le sang, Je retirerai tes captifs de la fosse où il n'y a pas d'eau. »
  8. Mt 26.28 Ceci est mon sang : « car ceci est mon sang, le sang de l'alliance, qui est répandu pour plusieurs, pour la rémission des péchés. »
  9. Rm 3.25 Victime propitiatoire : « C'est lui que Dieu a destiné, par son sang, à être, pour ceux qui croiraient victime propitiatoire, afin de montrer sa justice, parce qu'il avait laissé impunis les péchés commis auparavant, au temps de sa patience, afin, dis-je, »
  10. Hé 9.22 Pas de pardon sans sang : « Et presque tout, d'après la loi, est purifié avec du sang, et sans effusion de sang il n'y a pas de pardon. »
  11. Hé 12.24 Mieux que le sang d'Abel : « de Jésus qui est le médiateur de la nouvelle alliance, et du sang de l'aspersion qui parle mieux que celui d'Abel. »
  12. Ap 7.14 Blanchis dans le sang de l'agneau : « Je lui dis: Mon seigneur, tu le sais. Et il me dit: Ce sont ceux qui viennent de la grande tribulation; ils ont lavé leurs robes, et ils les ont blanchies dans le sang de l'agneau. »

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Bibliographie

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