kārat כָּרַת
Strong H3772 · verbe · couper, conclure une alliance, retrancher · 287 occurrences
Le verbe « couper » : abattre un arbre, trancher un pan de manteau, mais surtout « couper une alliance », expression hébraïque pour conclure un pacte, et « retrancher », pour l'exclusion ou l'anéantissement du coupable.
Racine et étymologie
La racine k-r-t signifie au sens propre « couper, trancher ». Au qal, la forme simple, on coupe du bois, on abat des cèdres, on tranche un membre ou un vêtement. Le même thème fournit l'expression la plus célèbre du verbe : kārat berît, littéralement « couper une alliance », c'est-à-dire conclure un pacte. Segond la rend par « faire alliance » ou « traiter alliance ».
Au niphal, la forme passive, le verbe signifie « être coupé, être retranché » : c'est la formule pénale du Pentateuque, « cette personne sera retranchée du milieu de son peuple ». Au hiphil, la forme causative, il signifie « retrancher, exterminer, faire disparaître » : Dieu « retranche » les ennemis de David, ou menace de retrancher Israël infidèle. Le verbe sert aussi, à la forme négative, pour dire qu'une lignée « ne manquera pas » de descendant.
De la même racine vient kerîtût, « séparation », dans l'expression « lettre de divorce » (Dt 24.1), littéralement « écrit de coupure ». Le lien entre ces sens n'est pas seulement verbal : l'alliance tranche une relation nouvelle dans le vif, et la rupture de l'alliance expose à être soi-même tranché. Le verbe dit à la fois l'engagement et sa sanction.
Sens et emplois
Couper, abattre
Le sens concret, très fréquent pour le bois. Salomon demande à Hiram des cèdres du Liban pour construire le temple.
« Ordonne maintenant que l'on coupe pour moi des cèdres du Liban. »1 R 5.6, Segond 1910
Trancher un objet
Un geste plus petit, mais lourd de sens. David coupe un pan du manteau de Saül sans porter la main sur lui, et sa conscience le lui reproche aussitôt.
« Après cela le cœur lui battit, parce qu'il avait coupé le pan du manteau de Saül. »1 S 24.5, Segond 1910
Conclure une alliance
« Couper une alliance » est l'expression ordinaire de l'hébreu pour engager un pacte. Ici, Dieu lui-même s'engage envers Abram après le rite des animaux partagés.
« En ce jour-là, l'Éternel fit alliance avec Abram, »Gn 15.18, Segond 1910
Être retranché
Au passif, la sanction de fautes graves contre l'alliance : la personne est coupée de son peuple. La formule revient surtout dans les lois cultuelles.
« car toute personne qui mangera du pain levé, du premier jour au septième jour, sera retranchée d'Israël. »Ex 12.15, Segond 1910
Retrancher, exterminer
Au hiphil, Dieu fait disparaître ce qui s'oppose à son dessein. Il rappelle à David qu'il a écarté tous ses ennemis.
« j'ai exterminé tous tes ennemis devant toi, »2 S 7.9, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
Le grec ne connaît pas l'expression « couper une alliance ». La Septante la rend par διατίθεμαι διαθήκην, « disposer une disposition », ou par d'autres verbes d'établissement. Le nom choisi pour berît, διαθήκη, qui signifiait en grec ordinaire « testament », devient ainsi le mot de l'alliance biblique. Pour le sens de retranchement, la Septante emploie surtout ἐξολεθρεύω, « détruire entièrement ».
Le Nouveau Testament reprend la prophétie de Jérémie 31.31, la plus longue citation de l'Ancien Testament dans le Nouveau, en Hébreux 8.8 : « Voici, les jours viennent, dit le Seigneur, Où je ferai avec la maison d'Israël et la maison de Juda Une alliance nouvelle ». À la Cène, Jésus parle de « la nouvelle alliance en mon sang » (Lc 22.20). L'image du sacrifice qui scelle le pacte, présente dans l'hébreu kārat, trouve là son accomplissement. La Vulgate dit « ferire foedus » ou « pangere foedus ».
Le débat
Que signifie la peine du « retranchement » (kārēt) dans les lois du Pentateuque : une exclusion prononcée par la communauté, ou un châtiment réservé à Dieu ?
- Une exclusion sociale (Lecture juridique ancienne) : Être « retranché du milieu de son peuple » signifierait être banni ou excommunié par la communauté, perdre ses droits et sa place dans le peuple. Argument : la formule parle d'un retranchement « du milieu du peuple ».
- Une sanction divine (Jacob Milgrom, Leviticus 1–16, 1991) : Le retranchement est une peine que Dieu exécute lui-même, et non un tribunal humain : mort prématurée ou extinction de la descendance. Argument : Lévitique 17.10 et 20.3-6 font de Dieu le sujet (« je le retrancherai »), et la peine vise des fautes souvent secrètes.
Les textes où Dieu dit « je retrancherai » rendent la lecture de Milgrom solide : la sanction est remise entre les mains de Dieu, ce qui explique qu'elle porte sur des fautes que la communauté ne peut pas toujours juger. Mais la conséquence sociale est réelle : celui qui rompt l'alliance s'exclut du peuple qu'elle constitue.
Portée théologique
L'expression « couper une alliance » rappelle que l'engagement biblique n'est pas un simple accord verbal. Jérémie 34.18 décrit le rite : on coupait un veau en deux et l'on passait entre ses morceaux, appelant sur soi le sort de l'animal en cas d'infidélité. En Genèse 15, c'est le feu de Dieu seul qui passe entre les animaux partagés, pendant qu'Abram dort : Dieu prend sur lui l'engagement et sa sanction. L'alliance repose d'abord sur sa fidélité.
Le même verbe dit la menace du retranchement, et les prophètes annoncent que l'Oint lui-même sera « retranché » (Dn 9.26). Pour la prédication chrétienne, la Cène rassemble ces fils : « Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang ». Celui qui scelle l'alliance nouvelle prend sur lui la coupure que méritait le partenaire infidèle. Le verbe invite ainsi à prendre au sérieux à la fois le prix de l'engagement et la gravité de sa rupture.
Chaîne : L'alliance tranchée
- Gn 9.11 L'alliance avec Noé : « J'établis mon alliance avec vous: aucune chair ne sera plus exterminée par les eaux du déluge, et il n'y aura plus de déluge pour détruire la terre. »
- Gn 15.18 Entre les animaux partagés : « En ce jour-là, l'Éternel fit alliance avec Abram, et dit: Je donne ce pays à ta postérité, depuis le fleuve d'Égypte jusqu'au grand fleuve, au fleuve d'Euphrate, »
- Ex 24.8 Le sang de l'alliance : « Moïse prit le sang, et il le répandit sur le peuple, en disant: Voici le sang de l'alliance que l'Éternel a faite avec vous selon toutes ces paroles. »
- Ex 34.27 L'alliance renouvelée : « L'Éternel dit à Moïse: Ecris ces paroles; car c'est conformément à ces paroles que je traite alliance avec toi et avec Israël. »
- Dt 29.12 L'alliance de Moab : « Tu te présentes pour entrer dans l'alliance de l'Éternel, ton Dieu, dans cette alliance contractée avec serment, et que l'Éternel, ton Dieu, traite en ce jour avec toi, »
- Jos 24.25 L'alliance de Sichem : « Josué fit en ce jour une alliance avec le peuple, et lui donna des lois et des ordonnances, à Sichem. »
- 1 S 18.3 Jonathan et David : « Jonathan fit alliance avec David, parce qu'il l'aimait comme son âme. »
- 2 R 23.3 La réforme de Josias : « Le roi se tenait sur l'estrade, et il traita alliance devant l'Éternel, s'engageant à suivre l'Éternel, et à observer ses ordonnances, ses préceptes et ses lois, de tout son cœur et de toute son âme, afin de mettre en pratique les paroles de cette alliance, écrites dans ce livre. Et tout le peuple entra dans l'alliance. »
- És 55.3 Une alliance éternelle : « Prêtez l'oreille, et venez à moi, Ecoutez, et votre âme vivra: Je traiterai avec vous une alliance éternelle, Pour rendre durables mes faveurs envers David. »
- Jr 31.31 Une alliance nouvelle : « Voici, les jours viennent, dit l'Éternel, Où je ferai avec la maison d'Israël et la maison de Juda Une alliance nouvelle, »
- Jr 34.18 Le veau coupé en deux : « Je livrerai les hommes qui ont violé mon alliance, qui n'ont pas observé les conditions du pacte qu'ils avaient fait devant moi, en coupant un veau en deux et en passant entre ses morceaux; »
- Lc 22.20 La nouvelle alliance en mon sang : « Il prit de même la coupe, après le souper, et la leur donna, en disant: Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang, qui est répandu pour vous. »
Mots apparentés
- berît בְּרִית : alliance
- diathēkē διαθήκη : alliance, testament
- dām דָּם : sang
- ḥesed חֶסֶד : bonté fidèle
- ʿôlām עוֹלָם : durée sans limite, éternité
Autres mots du thème « Alliance et fidélité »
- ʾĕmet : fidélité, vérité
- raḥămîm : compassion, entrailles
- ḥēn : faveur, grâce
- ṣedāqāh : justice, droiture
- mišpāṭ : jugement, droit
- eleos : miséricorde
- charis : grâce, faveur
- bayit : maison
Anecdotes pour prêcher ce mot
- Un peu de levain fait lever toute la pâte : le secret du pain d'autrefois (Le levain, depuis l'Antiquité)
Bibliographie
- Francis Brown, S. R. Driver, Charles A. Briggs, A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament (BDB), Oxford, Clarendon Press, 1906. voir sur Amazon
- Ludwig Koehler, Walter Baumgartner, The Hebrew and Aramaic Lexicon of the Old Testament (HALOT), Leiden, Brill, 1994-2000. voir sur Amazon
- Moshe Weinfeld, art. « berîth », Theological Dictionary of the Old Testament, vol. 2. voir sur Amazon
- Dennis J. McCarthy, Treaty and Covenant, Rome, Biblical Institute Press, 1963 (nouvelle éd. 1978). voir sur Amazon
- Jacob Milgrom, Leviticus 1–16, Anchor Bible 3, New York, Doubleday, 1991. voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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