dynamai δύναμαι
Strong G1410 · verbe (déponent) · pouvoir, être capable · 207 occurrences
Le verbe ordinaire de la capacité : pouvoir faire quelque chose, par force, permission ou occasion. Dans le Nouveau Testament, il pose sans cesse la question décisive : qui peut sauver, et qu'est-ce que l'homme ne peut pas faire sans Dieu ?
Racine et étymologie
Δύναμαι appartient à une petite famille grecque très productive, bâtie sur l'élément δυνα-, qui exprime la capacité, la force disponible. On y trouve le nom δύναμις (G1411), « puissance, force, miracle », l'adjectif δυνατός (G1415), « puissant, possible », son contraire ἀδύνατος, « impossible », et le verbe δυναμόω, « fortifier ». Le français a hérité de cette famille par « dynamique », « dynamite » ou « dynastie » : autant de mots où l'idée centrale reste celle d'une capacité d'agir.
Le verbe est déponent : il a une forme moyenne ou passive mais un sens actif, « je peux ». Il se construit presque toujours avec un infinitif qui précise ce dont on est capable : « servir », « pardonner », « voir », « sauver ». Le mot n'a donc presque jamais de contenu propre ; il qualifie une autre action. C'est ce qui le rend si fréquent et, en apparence, si banal.
Le grec distingue plusieurs nuances que le français confond sous « pouvoir » : la capacité physique ou morale (on a la force de faire), la possibilité objective (les circonstances le permettent) et la permission (il est permis de faire). Le lexique de Thayer, repris par STEPBible, résume ces trois axes : capacité personnelle, permission ou occasion. Le contexte seul tranche, et c'est souvent là que se joue l'interprétation d'un verset.
Sens et emplois
Capacité humaine et ses limites
Le sens le plus courant : ce dont un être humain est capable ou non. Jésus s'en sert pour poser une impossibilité morale : un cœur ne peut appartenir à deux maîtres.
« Nul ne peut servir deux maîtres. »Mt 6.24, Segond 1910
Ce que Dieu seul peut faire
Le verbe sert à délimiter le domaine propre de Dieu. Les adversaires de Jésus formulent eux-mêmes la question qui révèle son identité quand il pardonne au paralytique.
« Qui peut pardonner les péchés, si ce n'est Dieu seul? »Mc 2.7, Segond 1910
Impossibilité spirituelle
Chez Jean et Paul, « ne pas pouvoir » décrit l'état de l'homme laissé à lui-même devant les réalités de Dieu : il ne voit pas, ne vient pas, ne comprend pas sans une action d'en haut.
« si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu. »Jn 3.3, Segond 1910
Puissance du Christ pour secourir
Appliqué au Christ, le verbe exprime une capacité fondée sur son expérience et sur sa fonction de souverain sacrificateur : il peut aider et sauver ceux qui viennent à lui.
« C'est aussi pour cela qu'il peut sauver parfaitement ceux qui s'approchent de Dieu par lui, étant toujours vivant pour intercéder en leur faveur. »Hé 7.25, Segond 1910
Ce qui ne peut pas séparer
À la forme négative, le verbe énonce une certitude : aucune puissance créée n'a la capacité de rompre le lien entre Dieu et les siens.
« ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur. »Rm 8.39, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
Dans la Septante, δύναμαι traduit le plus souvent le verbe hébreu yāḵōl (H3201), « pouvoir, être capable, l'emporter ». Comme son équivalent grec, yāḵōl se construit avec un infinitif et dit la capacité ou l'incapacité de faire quelque chose. Il peut aussi prendre le sens fort de « prévaloir, vaincre », ce qui donne au couple hébreu-grec une nuance de lutte : pouvoir, c'est parfois avoir le dessus.
L'Ancien Testament exprime aussi la toute-puissance divine par d'autres tournures, comme la confession de Job : « Je reconnais que tu peux tout » (Jb 42.2), ou la prière de Jérémie : « Rien n'est étonnant de ta part » (Jr 32.17). Le Nouveau Testament reprend cette conviction avec l'adjectif δυνατός : « à Dieu tout est possible » (Mt 19.26). Le verbe δύναμαι, lui, place cette puissance au cœur des récits : il oppose ce que l'homme ne peut pas à ce que Dieu peut. La Vulgate rend le verbe par « possum », d'où le « pouvoir » constant de nos traductions.
Le débat
Quand Marc écrit que Jésus « ne put » faire de miracle à Nazareth (Mc 6.5), parle-t-il d'une incapacité réelle ou d'un choix lié à l'incrédulité ?
- Une limite réelle et assumée (lecture kénotique) : Le Fils, dans son abaissement, exerce une puissance qui dépend du Père et s'inscrit dans une relation de foi. Marc dit vraiment qu'il ne put : l'incarnation comporte des limites que l'évangéliste ne cherche pas à gommer. Argument : Matthieu atténue en écrivant qu'il ne fit pas beaucoup de miracles.
- Une impossibilité morale (exégèse patristique et classique) : Jésus garde toute sa puissance, mais il ne convient pas qu'il l'exerce devant ceux qui la refusent : le miracle est un signe offert à la foi, non un spectacle imposé. « Ne pas pouvoir » signifie alors « ne pas pouvoir à bon droit ».
- Une remarque sur la foi des bénéficiaires (lecture narrative de Marc) : Le verset souligne surtout le lien que Marc établit partout entre foi et guérison, comme en Mc 9.23. L'accent porte sur l'incrédulité de Nazareth plus que sur la nature de la puissance de Jésus.
Le grec autorise les deux nuances, capacité et convenance, et Marc ne précise pas. La troisième lecture rejoint les deux premières : le récit lie la puissance de Jésus à la foi qui l'accueille, sans pour autant la nier, puisqu'il guérit malgré tout quelques malades.
Portée théologique
Δύναμαι est un petit mot qui porte une grande question : qui a le pouvoir ? Les évangiles l'emploient pour tracer une frontière nette. D'un côté, ce que l'homme ne peut pas : servir deux maîtres, se sauver lui-même, voir le royaume sans naître de nouveau, venir au Christ sans que le Père l'attire (Jn 6.44). De l'autre, ce que Dieu peut, et que Jésus fait sous les yeux de ses contemporains : pardonner, purifier, guérir. Le lépreux le dit avec une foi désarmante : « Seigneur, si tu le veux, tu peux me rendre pur » (Mt 8.2).
Pour la prédication, le verbe invite à déplacer la question. Le père de l'enfant épileptique demande : « si tu peux quelque chose » (Mc 9.22) ; Jésus lui renvoie la formule, « Si tu peux!... », et rappelle que tout est possible à celui qui croit. Le doute ne porte pas sur la puissance du Christ mais sur la confiance de celui qui le prie. Les épîtres prolongent ce mouvement : le Christ peut secourir ceux qui sont tentés parce qu'il l'a été lui-même (Hé 2.18), et Paul assure que Dieu ne permet pas que l'on soit tenté au-delà de ce que l'on peut supporter (1 Co 10.13). L'impuissance humaine n'est pas le dernier mot ; elle devient le lieu où s'exerce la puissance de celui qui peut faire « infiniment au delà de tout ce que nous demandons ou pensons » (Ep 3.20).
Chaîne : Ce que Dieu peut, ce que l'homme ne peut pas
- Jb 42.2 Job : tu peux tout : « Je reconnais que tu peux tout, Et que rien ne s'oppose à tes pensées. »
- Jr 32.17 Rien n'est étonnant de ta part : « Ah! Seigneur Éternel, Voici, tu as fait les cieux et la terre Par ta grande puissance et par ton bras étendu: Rien n'est étonnant de ta part. »
- Mt 6.24 Nul ne peut servir deux maîtres : « Nul ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l'un, et aimera l'autre; ou il s'attachera à l'un, et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon. »
- Mt 19.25 Qui peut donc être sauvé ? : « Les disciples, ayant entendu cela, furent très étonnés, et dirent: Qui peut donc être sauvé? »
- Mc 2.7 Qui peut pardonner ? : « Comment cet homme parle-t-il ainsi? Il blasphème. Qui peut pardonner les péchés, si ce n'est Dieu seul? »
- Mc 9.23 Si tu peux ! : « Jésus lui dit: Si tu peux!... Tout est possible à celui qui croit. »
- Jn 15.5 Sans moi vous ne pouvez rien : « Je suis le cep, vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure porte beaucoup de fruit, car sans moi vous ne pouvez rien faire. »
- Rm 8.39 Rien ne pourra nous séparer : « ni la hauteur, ni la profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur. »
- Ep 3.20 Infiniment au-delà : « Or, à celui qui peut faire, par la puissance qui agit en nous, infiniment au delà de tout ce que nous demandons ou pensons, »
- Hé 7.25 Il peut sauver parfaitement : « C'est aussi pour cela qu'il peut sauver parfaitement ceux qui s'approchent de Dieu par lui, étant toujours vivant pour intercéder en leur faveur. »
- Jd 1.24 Celui qui peut préserver : « Or, à celui qui peut vous préserver de toute chute et vous faire paraître devant sa gloire irrépréhensibles et dans l'allégresse, »
Mots apparentés
Autres mots du thème « Salut et rédemption »
- yᵉšûʿâ : salut, délivrance
- gāʾal : racheter, agir en proche parent
- pādâ : racheter, libérer contre un prix
- kipper : faire l'expiation, purifier, apaiser
- apolytrōsis : rédemption, libération
- hilastērion : propitiatoire, moyen d'expiation
- dikaioō : justifier, déclarer juste, donner raison
- katallagē : réconciliation
Bibliographie
- Walter Bauer, Frederick W. Danker et al., A Greek-English Lexicon of the New Testament and Other Early Christian Literature (BDAG), 3e éd., Chicago, University of Chicago Press, 2000. voir sur Amazon
- Walter Grundmann, art. « δύναμαι, δύναμις… », Theological Dictionary of the New Testament, vol. 2. voir sur Amazon
- Johannes P. Louw et Eugene A. Nida, Greek-English Lexicon of the New Testament Based on Semantic Domains, New York, United Bible Societies, 1988. voir sur Amazon
- Moisés Silva (dir.), New International Dictionary of New Testament Theology and Exegesis, Grand Rapids, Zondervan, 2014. voir sur Amazon
- Xavier Léon-Dufour (dir.), Vocabulaire de théologie biblique, Paris, Cerf. voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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