pisteuō πιστεύω

Strong G4100 · verbe · croire, se fier, confier · 241 occurrences

Tenir pour vrai et, plus encore, s'appuyer sur quelqu'un en lui faisant confiance. Dans le Nouveau Testament, c'est le verbe de la réponse humaine à Dieu et à Jésus-Christ, celui par lequel on entre dans la vie qu'il donne.

Racine et étymologie

Le verbe pisteuō est formé sur le nom pistis, « foi, confiance », lui-même rattaché à la racine du verbe peithō, « persuader », au passif « être persuadé, se fier ». Le même radical donne l'adjectif pistos, « digne de confiance, fidèle », et son contraire apistos, « incrédule ». Dès le grec classique, le verbe signifie à la fois « croire ce qu'on dit » et « se fier à quelqu'un » ; le contexte et la construction décident de la nuance.

Le Nouveau Testament emploie des tournures variées, et ces variations sont parlantes. Avec le datif, on croit quelqu'un ou à sa parole (« Abraham crut à Dieu », Rm 4.3). Avec hoti, « que », on tient un fait pour vrai (« que Jésus est le Christ », Jn 20.31). Avec les prépositions eis, « vers, en », ou epi, « sur », on place sa confiance en une personne : c'est la construction préférée de Jean (« quiconque croit en lui », Jn 3.16), presque inconnue du grec profane, et qui exprime un mouvement d'attachement plus qu'une simple opinion.

Un dernier emploi, plus rare, rappelle le sens premier de confiance : au passif, pisteuō signifie « se voir confier » quelque chose. Paul dit que l'Évangile lui a été confié (Ga 2.7) et que les oracles de Dieu ont été confiés à Israël (Rm 3.2). Le croyant est celui qui se fie à Dieu ; il est aussi celui à qui Dieu se fie.

Sens et emplois

  1. Croire une parole, tenir pour vrai

    Le sens le plus simple : accepter comme vrai ce qui est annoncé. L'appel inaugural de Jésus associe ce consentement à la conversion : croire la bonne nouvelle, c'est la recevoir comme vraie et s'y engager.

    « Repentez-vous, et croyez à la bonne nouvelle. »Mc 1.15, Segond 1910
  2. Se confier en une personne

    Avec la préposition eis, le verbe exprime l'attachement confiant à Jésus lui-même. C'est le sens central de l'Évangile de Jean, qui en fait la condition de la vie éternelle.

    « afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle. »Jn 3.16, Segond 1910
  3. La foi qui justifie

    Chez Paul, croire est l'attitude par laquelle l'homme reçoit la justice que Dieu donne. Abraham en est le modèle, d'après Genèse 15.6 cité selon la Septante.

    « Abraham crut à Dieu, et cela lui fut imputé à justice. »Rm 4.3, Segond 1910
  4. Une croyance qui ne suffit pas

    Jacques montre que le verbe peut désigner un simple assentiment intellectuel, sans confiance ni obéissance. Même les démons « croient » en ce sens, ce qui ne les sauve pas.

    « Tu crois qu'il y a un seul Dieu, tu fais bien; les démons le croient aussi, et ils tremblent. »Jc 2.19, Segond 1910
  5. Se fier à quelqu'un, confier

    Le verbe garde son sens profane de confiance accordée ou refusée. Jésus ne « se fie » pas à ceux qui croient seulement à cause de ses signes ; ailleurs, le passif signifie « se voir confier ».

    « Mais Jésus ne se fiait point à eux, parce qu'il les connaissait tous, »Jn 2.24, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

Dans la Septante, pisteuō traduit d'abord le hiphil du verbe hébreu ʾāman, heʾĕmîn, littéralement « se rendre ferme en », « s'appuyer sur ». Le texte décisif est Genèse 15.6 : « Abram eut confiance en l'Éternel, qui le lui imputa à justice. » La Septante y lit episteusen, et c'est cette forme grecque que Paul reprend en Romains 4.3 et Galates 3.6, et Jacques en 2.23. Le verbe grec hérite ainsi de l'idée hébraïque de solidité : croire, c'est trouver appui sur ce qui ne cède pas.

Ésaïe joue sur cette racine dans une formule célèbre (És 7.9) : « Si vous ne croyez pas, vous ne subsisterez pas », où les deux verbes hébreux viennent de ʾāman. Le français perd ce jeu de mots. Le verbe bāṭaḥ, « se confier, être en sécurité », est en revanche rendu le plus souvent par elpizō ou peithō, rarement par pisteuō. La Vulgate a fixé « credere », d'où notre « croire » et le « Credo » des confessions de foi.

Le débat

Croire, est-ce d'abord donner son assentiment à des vérités, ou se confier à une personne ?

Les constructions grecques donnent raison à chacun pour une part : le datif et hoti expriment l'assentiment (Jn 20.31), eis l'attachement personnel (Jn 3.16), et Paul lie la foi à l'obéissance (Rm 1.5). L'opposition est donc moins entre ces sens qu'entre une foi complète et une croyance tronquée, que Jacques dénonce.

Portée théologique

Le verbe pisteuō dit la manière dont l'homme entre dans le salut : non par une performance, mais en s'appuyant sur un autre. Jean a écrit son Évangile pour que le lecteur croie et, en croyant, ait la vie (Jn 20.31) ; Paul voit dans la confiance d'Abraham, antérieure à toute loi, le modèle de la justice reçue. La foi n'est pas un mérite qui remplacerait les œuvres : elle est la main vide qui reçoit.

La Bible ne présente pas pour autant la foi comme une certitude sans faille. Le cri du père de l'enfant épileptique, « Je crois ! viens au secours de mon incrédulité ! » (Mc 9.24), est peut-être la prière la plus honnête des Évangiles, et Jésus y répond. Pour la prédication, on retiendra que croire est à la fois un point de départ et un chemin : le verbe est souvent au présent continu chez Jean, celui qui « croit » au sens de « continue de se fier ». Jacques rappelle enfin qu'une croyance qui ne change rien à la vie n'est pas encore la foi dont parle l'Écriture.

Chaîne : Croire, de la promesse à l'Évangile

  1. Gn 15.6 Abram se confie en Dieu : « Abram eut confiance en l'Éternel, qui le lui imputa à justice. »
  2. Ex 14.31 Israël croit après la mer : « Israël vit la main puissante que l'Éternel avait dirigée contre les Égyptiens. Et le peuple craignit l'Éternel, et il crut en l'Éternel et en Moïse, son serviteur. »
  3. 2 Ch 20.20 Josaphat exhorte le peuple : « Le lendemain, ils se mirent en marche de grand matin pour le désert de Tekoa. À leur départ, Josaphat se présenta et dit: Ecoutez-moi, Juda et habitants de Jérusalem! Confiez-vous en l'Éternel, votre Dieu, et vous serez affermis; confiez-vous en ses prophètes, et vous réussirez. »
  4. És 7.9 Croire pour subsister : « La Samarie est la tête d'Éphraïm, Et le fils de Remalia est la tête de la Samarie. Si vous ne croyez pas, Vous ne subsisterez pas. »
  5. És 28.16 La pierre angulaire : « C'est pourquoi ainsi parle le Seigneur, l'Éternel: Voici, j'ai mis pour fondement en Sion une pierre, Une pierre éprouvée, une pierre angulaire de prix, solidement posée; Celui qui la prendra pour appui n'aura point hâte de fuir. »
  6. Ha 2.4 Le juste vivra par sa foi : « Voici, son âme s'est enflée, elle n'est pas droite en lui; Mais le juste vivra par sa foi. »
  7. Mc 1.15 Croyez à la bonne nouvelle : « Il disait: Le temps est accompli, et le royaume de Dieu est proche. Repentez-vous, et croyez à la bonne nouvelle. »
  8. Mc 9.24 Je crois, aide mon incrédulité : « Aussitôt le père de l'enfant s'écria: Je crois! viens au secours de mon incrédulité! »
  9. Jn 20.31 Le but de l'Évangile : « Mais ces choses ont été écrites afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu'en croyant vous ayez la vie en son nom. »
  10. Rm 4.3 Abraham, père des croyants : « Car que dit l'Écriture? Abraham crut à Dieu, et cela lui fut imputé à justice. »
  11. Jc 2.19 La croyance des démons : « Tu crois qu'il y a un seul Dieu, tu fais bien; les démons le croient aussi, et ils tremblent. »

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Bibliographie

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