ʾeben אֶבֶן

Strong H68 · nom féminin · pierre · 273 occurrences

La pierre sous toutes ses formes : caillou, matériau de construction, autel, stèle commémorative, tables de la Loi, pierre précieuse, poids de balance. Le mot devient une image de Dieu solide et du Messie, « pierre angulaire » rejetée puis élevée.

Racine et étymologie

Le mot ʾeben est un nom primitif, attesté dans la plupart des langues sémitiques : l'akkadien abnu et l'araméen ʾabnā désignent eux aussi la pierre. Il est grammaticalement féminin, ce qui se voit à l'accord des adjectifs et des verbes. Son pluriel ʾăbānîm est très fréquent, car la pierre est le matériau de base de la vie en Palestine, pays rocailleux.

On a souvent rapproché ʾeben de bānâ (H1129), « bâtir », et de bēn, « fils », par un jeu de sonorités que la Bible exploite parfois : les douze pierres de l'autel d'Élie représentent les fils de Jacob (1 R 18.31), et les pierres de l'éphod portent les noms des fils d'Israël. Il s'agit cependant de jeux de mots et non d'une étymologie démontrée.

Le mot couvre un champ très large. La pierre brute sert à l'autel, que l'outil ne doit pas toucher (Ex 20.25) ; la pierre taillée sert aux palais et au Temple ; la pierre dressée, ou stèle, marque un lieu de rencontre avec Dieu ; la pierre précieuse orne le pectoral du grand prêtre ; la pierre étalonnée sert de poids au marché. On lapide aussi avec des pierres, peine prévue par la Loi pour les fautes les plus graves.

Sens et emplois

  1. La pierre dressée en mémorial

    Après son rêve, Jacob dresse la pierre qui lui servait de chevet et l'oint d'huile. La pierre devient le signe d'une rencontre et d'une promesse, au lieu qu'il nomme Béthel.

    « il prit la pierre dont il avait fait son chevet, il la dressa pour monument, et il versa de l'huile sur son sommet. »Gn 28.18, Segond 1910
  2. La pierre de l'autel

    L'autel doit être fait de pierres brutes : le travail humain du ciseau le profanerait. Le culte reçoit la création telle que Dieu la donne.

    « Si tu m'élèves un autel de pierre, tu ne le bâtiras point en pierres taillées; »Ex 20.25, Segond 1910
  3. Les tables de pierre de la Loi

    Les commandements sont écrits sur des tables de pierre, matière durable qui dit la permanence de l'alliance.

    « tables de pierre, écrites du doigt de Dieu. »Ex 31.18, Segond 1910
  4. La pierre-témoin

    Une pierre peut servir de témoin d'un engagement ou d'un secours divin. Samuel en dresse une après la victoire et l'appelle Eben-Ezer, « pierre du secours ».

    « Jusqu'ici l'Éternel nous a secourus. »1 S 7.12, Segond 1910
  5. Le poids de la balance

    Les poids étaient des pierres calibrées. La Loi et les Proverbes condamnent les faux poids : l'honnêteté commerciale est une affaire religieuse.

    « La balance fausse est en horreur à l'Éternel, Mais le poids juste lui est agréable. »Pr 11.1, Segond 1910
  6. La pierre angulaire et le cœur de pierre

    Dans les Psaumes et les prophètes, la pierre devient une image : la pierre rejetée qui devient « la principale de l'angle », et le cœur endurci que Dieu remplace par un cœur de chair (Éz 36.26).

    « La pierre qu'ont rejetée ceux qui bâtissaient Est devenue la principale de l'angle. »Ps 118.22, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La Septante traduit ʾeben très régulièrement par λίθος, « pierre ». Pour les pierres précieuses, elle emploie λίθος suivi d'un adjectif ou du nom de la gemme ; pour les poids, elle garde souvent λίθος ou emploie στάθμιον, « poids ». Le rocher, en hébreu ṣûr ou selaʿ, est plutôt rendu par πέτρα, mot distinct.

Le Nouveau Testament reprend en grec les grands textes sur la pierre. Jésus cite le Psaume 118.22 à la fin de la parabole des vignerons (Mt 21.42). Pierre l'applique au Christ devant le sanhédrin (Ac 4.11). La première épître de Pierre combine Ésaïe 28.16, Psaume 118.22 et Ésaïe 8.14 : le Christ est « pierre vivante », et les croyants deviennent eux-mêmes des « pierres vivantes » édifiées en maison spirituelle (1 P 2.4-8). Paul cite aussi Ésaïe 8.14 et 28.16 en Romains 9.33.

Le débat

La « principale de l'angle » du Psaume 118.22 est-elle une pierre de fondation, posée au départ, ou une clé de voûte, posée au sommet de l'édifice ?

Le Psaume seul ne permet pas de trancher. Mais le Nouveau Testament combine les deux images : le Christ est à la fois le fondement posé par Dieu (És 28.16) et la pierre élevée au sommet après avoir été rejetée. Dans les deux cas, l'idée centrale est le renversement : ce que les hommes écartent, Dieu le place au cœur de son œuvre.

Portée théologique

Dans la Bible, la pierre est d'abord un signe de mémoire. Jacob à Béthel, Josué au Jourdain, Samuel à Eben-Ezer dressent des pierres pour que l'on se souvienne de ce que Dieu a fait. « Que signifient pour vous ces pierres ? » demanderont les enfants (Jos 4.6) : la foi se transmet par des signes visibles qui provoquent la question et appellent le récit.

La pierre dit aussi la solidité de la parole divine. Les commandements sont gravés sur la pierre, matière qui dure. Mais les prophètes annoncent que cette écriture extérieure ne suffit pas : Dieu ôtera « le cœur de pierre » pour donner un « cœur de chair » (Éz 36.26). L'alliance nouvelle inscrit la loi dans l'intériorité vivante.

Enfin, l'image de la pierre angulaire rejetée devient l'une des clés de la lecture chrétienne de la croix. Celui que les bâtisseurs ont écarté est placé par Dieu au centre. Pour la prédication, 1 Pierre 2 en tire une ecclésiologie simple : rattachés à la pierre vivante, les croyants deviennent eux-mêmes des pierres vivantes, ensemble une maison où Dieu habite.

Chaîne : De la pierre de Béthel à la pierre vivante

  1. Gn 28.18 La stèle de Béthel : « Et Jacob se leva de bon matin; il prit la pierre dont il avait fait son chevet, il la dressa pour monument, et il versa de l'huile sur son sommet. »
  2. Ex 20.25 L'autel de pierres brutes : « Si tu m'élèves un autel de pierre, tu ne le bâtiras point en pierres taillées; car en passant ton ciseau sur la pierre, tu la profanerais. »
  3. Ex 31.18 Les tables de pierre : « Lorsque l'Éternel eut achevé de parler à Moïse sur la montagne de Sinaï, il lui donna les deux tables du témoignage, tables de pierre, écrites du doigt de Dieu. »
  4. Jos 4.6 Les pierres du Jourdain : « afin que cela soit un signe au milieu de vous. Lorsque vos enfants demanderont un jour: Que signifient pour vous ces pierres? »
  5. 1 S 7.12 Eben-Ezer : « Samuel prit une pierre, qu'il plaça entre Mitspa et Schen, et il l'appela du nom d'Eben-Ezer, en disant: Jusqu'ici l'Éternel nous a secourus. »
  6. Ps 118.22 La pierre rejetée : « La pierre qu'ont rejetée ceux qui bâtissaient Est devenue la principale de l'angle. »
  7. És 28.16 La pierre de fondement en Sion : « C'est pourquoi ainsi parle le Seigneur, l'Éternel: Voici, j'ai mis pour fondement en Sion une pierre, Une pierre éprouvée, une pierre angulaire de prix, solidement posée; Celui qui la prendra pour appui n'aura point hâte de fuir. »
  8. Éz 36.26 Le cœur de pierre ôté : « Je vous donnerai un cœur nouveau, et je mettrai en vous un esprit nouveau; j'ôterai de votre corps le cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair. »
  9. Mt 21.42 Jésus cite le Psaume : « Jésus leur dit: N'avez-vous jamais lu dans les Écritures: La pierre qu'ont rejetée ceux qui bâtissaient Est devenue la principale de l'angle; C'est du Seigneur que cela est venu, Et c'est un prodige à nos yeux? »
  10. 1 P 2.4 La pierre vivante : « Approchez-vous de lui, pierre vivante, rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse devant Dieu; »

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Bibliographie

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