exerchomai ἐξέρχομαι
Strong G1831 · verbe (déponent) · sortir, partir · 218 occurrences
Le verbe du mouvement vers l'extérieur : quitter une maison, une ville, un corps, un pays. Le Nouveau Testament l'emploie aussi pour dire l'origine de Jésus, « sorti » du Père, et l'appel des croyants à sortir à leur tour.
Racine et étymologie
Le verbe est un composé transparent : la préposition ἐκ (devant voyelle ἐξ), « hors de », et le verbe ἔρχομαι, « venir, aller ». Il signifie donc littéralement « aller hors de », « venir de dedans vers dehors ». Comme son verbe simple, il est déponent : il a une forme moyenne mais un sens actif. Et comme lui, il emprunte ses temps à des radicaux différents, si bien que l'aoriste ἐξῆλθον (« je sortis ») et le futur ἐξελεύσομαι (« je sortirai ») ne ressemblent guère au présent. Le lecteur du texte grec le rencontre surtout sous ces formes irrégulières.
La préposition donne au verbe une orientation précise : on sort toujours d'un lieu, d'un groupe ou d'une situation, que le texte nomme souvent avec ἐκ, ἀπό ou ἔξω. Le point de départ compte autant que le point d'arrivée. C'est ce qui permet au mot de passer sans effort du sens concret (sortir d'une maison, d'une barque, d'une ville) au sens figuré (une parole qui sort de la bouche, un édit qui « paraît », une rumeur qui se répand).
La famille est large. Le verbe simple ἔρχομαι a sa propre fiche ; d'autres composés indiquent d'autres directions : εἰσέρχομαι, « entrer », διέρχομαι, « traverser », προσέρχομαι, « s'approcher ». Le couple « entrer et sortir » forme en grec biblique, comme en hébreu, une expression de la vie quotidienne tout entière.
Sens et emplois
Sortir d'un lieu
Le sens de base, de loin le plus fréquent dans les Évangiles et les Actes : quitter une maison, une ville, un endroit pour aller ailleurs. Les paraboles s'ouvrent souvent ainsi, par un personnage qui sort pour agir.
« Un semeur sortit pour semer. »Mt 13.3, Segond 1910
Sortir d'une personne (démons)
Dans les récits d'exorcisme, le verbe décrit l'esprit impur qui quitte celui qu'il possédait. L'ordre de Jésus est bref et souverain : un impératif, sans formule magique.
« Tais-toi, et sors de cet homme. »Mc 1.25, Segond 1910
Ce qui sort du cœur et de la bouche
Au sens figuré, le verbe désigne ce qui se manifeste au-dehors à partir de l'intérieur : paroles, pensées, actes. Jésus en fait le critère de la vraie pureté.
« Mais ce qui sort de la bouche vient du cœur, et c'est ce qui souille l'homme. »Mt 15.18, Segond 1910
L'origine et la mission de Jésus
Dans l'Évangile de Jean, le verbe dit d'où vient Jésus : il est « sorti » du Père. Le mouvement de sortie précède et fonde la venue dans le monde.
« Je suis sorti du Père, et je suis venu dans le monde; »Jn 16.28, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
Dans la Septante, ἐξέρχομαι traduit avant tout le verbe hébreu yāṣāʾ (H3318), « sortir », qui a sa fiche dans ce dictionnaire. Le lexique de STEPBible signale aussi qu'il rend parfois ʿālāh, « monter », et bôʾ, « venir ». Par yāṣāʾ, le verbe grec hérite d'un poids théologique considérable : c'est le verbe de la sortie d'Égypte. Quand le Nouveau Testament dit que des croyants « sortent », le lecteur nourri de l'Ancien Testament entend l'écho de l'Exode.
Deux citations le montrent. En Matthieu 2.6, la prophétie de Michée sur Bethléhem est rendue avec notre verbe : « de toi sortira un chef Qui paîtra Israël, mon peuple. » Et Actes 7.3 reprend l'appel d'Abraham : « Quitte ton pays et ta famille ». Segond varie ses traductions (« sortir », « partir », « quitter », « paraître »), mais derrière elles se tient le même mouvement hébreu de départ et d'arrachement. La Vulgate a choisi « exire », « sortir ».
Le débat
Quand Jésus dit être « sorti » du Père (Jn 8.42 ; 16.28), parle-t-il de son origine éternelle ou de sa mission dans l'histoire ?
- Une origine éternelle (Lecture patristique et théologie trinitaire classique) : Les Pères de l'Église ont lu ces textes à la lumière de la relation éternelle du Fils au Père. « Sortir du Père » exprime d'abord que le Fils vient de lui de toute éternité ; l'envoi dans le monde en est la manifestation. Argument : en Jean 16.28, la sortie du Père est distinguée de la venue dans le monde.
- Une mission dans l'histoire (Exégèse johannique moderne (lecture fonctionnelle)) : Beaucoup de commentateurs récents estiment que Jean parle de l'envoi : Jésus est le messager qui vient de la part de Dieu, comme un ambassadeur sort de chez son roi. Argument : en Jean 8.42, la phrase continue par « c'est lui qui m'a envoyé », et le vocabulaire de l'envoi domine tout l'Évangile.
- Les deux ensemble (Lecture canonique et théologique) : Pour d'autres, Jean ne sépare pas l'être et la mission : celui qui est envoyé peut révéler le Père parce qu'il vient vraiment de lui. Le verbe garde volontairement les deux harmoniques.
Le contexte immédiat met l'accent sur la mission : Jésus vient de Dieu et parle en son nom. Mais le parallèle « sorti du Père… je vais au Père » (Jn 16.28) suppose une relation qui précède l'envoi et lui survit. La lecture la plus fidèle tient les deux : la sortie dit à la fois d'où vient Jésus et pourquoi il est là.
Portée théologique
Ce verbe très ordinaire trace une ligne théologique de la Genèse à l'Apocalypse. Dieu appelle sans cesse les siens à sortir : Abraham quitte son pays, Israël sort d'Égypte, le peuple de Dieu est invité à sortir de Babylone. Sortir, c'est quitter une sécurité ou une complicité pour suivre une parole. L'Épître aux Hébreux le dit d'Abraham : « il partit sans savoir où il allait » (Hé 11.8). La foi biblique a souvent la forme d'un départ.
Au centre de cette ligne se tient Jésus lui-même. Il est « sorti » du Père pour venir dans le monde ; il « sort » de Capernaüm pour prêcher ailleurs, car « c'est pour cela que je suis sorti » (Mc 1.38) ; il sort enfin de Jérusalem en portant sa croix. Hébreux en tire l'appel le plus fort : « Sortons donc pour aller à lui, hors du camp, en portant son opprobre » (Hé 13.13). Pour la prédication, le verbe invite à se demander de quoi Dieu nous appelle à sortir aujourd'hui, et vers qui.
Le verbe dit aussi le sérieux du cœur humain : ce qui sort de la bouche révèle ce qui l'habite (Mt 15.18). Et il dit l'échec : Judas « se hâta de sortir. Il était nuit » (Jn 13.30), tandis que Pierre, « étant sorti, il pleura amèrement » (Mt 26.75). Deux sorties dans la même nuit, l'une vers la perte, l'autre vers les larmes qui préparent le retour.
Chaîne : Sortir à l'appel de Dieu
- Gn 12.1 L'appel d'Abraham : « L'Éternel dit à Abram: Va-t-en de ton pays, de ta patrie, et de la maison de ton père, dans le pays que je te montrerai. »
- Ex 12.41 La sortie d'Égypte : « Et au bout de quatre cent trente ans, le jour même, toutes les armées de l'Éternel sortirent du pays d'Égypte. »
- Mi 5.2 Celui qui sortira de Bethléhem : « Et toi, Bethléhem Ephrata, Petite entre les milliers de Juda, De toi sortira pour moi Celui qui dominera sur Israël, Et dont l'origine remonte aux temps anciens, Aux jours de l'éternité. »
- Mt 2.6 La prophétie accomplie : « Et toi, Bethléhem, terre de Juda, Tu n'es certes pas la moindre entre les principales villes de Juda, Car de toi sortira un chef Qui paîtra Israël, mon peuple. »
- Mt 13.3 Le semeur sort : « Il leur parla en paraboles sur beaucoup de choses, et il dit: Un semeur sortit pour semer. »
- Mc 1.38 Sorti pour prêcher : « Il leur répondit: Allons ailleurs, dans les bourgades voisines, afin que j'y prêche aussi; car c'est pour cela que je suis sorti. »
- Jn 16.28 Sorti du Père : « Je suis sorti du Père, et je suis venu dans le monde; maintenant je quitte le monde, et je vais au Père. »
- Jn 19.17 Jésus sort portant sa croix : « Jésus, portant sa croix, arriva au lieu du crâne, qui se nomme en hébreu Golgotha. »
- Hé 11.8 Abraham part sans savoir : « C'est par la foi qu'Abraham, lors de sa vocation, obéit et partit pour un lieu qu'il devait recevoir en héritage, et qu'il partit sans savoir où il allait. »
- Hé 13.13 Sortir hors du camp : « Sortons donc pour aller à lui, hors du camp, en portant son opprobre. »
- Ap 18.4 Sortez de Babylone : « Et j'entendis du ciel une autre voix qui disait: Sortez du milieu d'elle, mon peuple, afin que vous ne participiez point à ses péchés, et que vous n'ayez point de part à ses fléaux. »
Mots apparentés
Autres mots du thème « Messie, Royaume et Église »
- māšîaḥ : oint
- melek : roi
- ṣiyyôn : Sion
- ʿebed : serviteur, esclave
- Christos : Christ, oint, Messie
- basileia : règne, royaume, royauté
- huios : fils
- ekklēsia : assemblée, Église
Anecdotes pour prêcher ce mot
- Le roi qui voulait des missionnaires : Eugène Casalis chez Moshoeshoe (Eugène Casalis, 1833)
- Le tablier sur la tête : le coin de prière de Susanna Wesley (Susanna Wesley, vers 1700-1720)
- Le temple qui ne fut jamais rebâti : Julien l'Apostat à Jérusalem (Julien l'Apostat, 363)
- Rembrandt et Le Retour du fils prodigue, peint au soir d'une vie brisée (Rembrandt van Rijn, vers 1668)
- Simon de Cyrène et Simeon de Cambridge : un verset pour tenir (Charles Simeon, fin du XVIIIe siècle)
- « Cette main a péché » : la dernière rétractation de Thomas Cranmer (Thomas Cranmer, 21 mars 1556)
- « Et toi, que fais-tu pour moi ? » : Zinzendorf devant l'Ecce Homo (Nicolas Louis de Zinzendorf, 1719)
- « Je consentis à m'abaisser » : John Wesley prêche en plein air (John Wesley, 2 avril 1739)
- « La voix des Irlandais » : l'appel missionnaire de Patrick (Patrick d'Irlande, Ve siècle)
- « Le converti le plus réticent d'Angleterre » : C. S. Lewis à genoux (C. S. Lewis, 1929)
- « Rends aveugles les yeux qui voient » : Frère André à la frontière (Frère André, fin des années 1950)
Bibliographie
- Walter Bauer, Frederick W. Danker et al., A Greek-English Lexicon of the New Testament and Other Early Christian Literature (BDAG), 3e éd., Chicago, University of Chicago Press, 2000, art. « ἐξέρχομαι ». voir sur Amazon
- Gerhard Kittel (dir.), Theological Dictionary of the New Testament, vol. 2, Grand Rapids, Eerdmans, art. « ἔρχομαι » et composés. voir sur Amazon
- Moisés Silva (dir.), New International Dictionary of New Testament Theology and Exegesis (NIDNTTE), Grand Rapids, Zondervan, 2014, art. « ἔρχομαι ». voir sur Amazon
- Xavier Léon-Dufour (dir.), Vocabulaire de théologie biblique, Paris, Cerf, art. « Exode ». voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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