gebûl גְּבוּל
Strong H1366 · nom masculin · frontière, territoire · 240 occurrences
La limite qui sépare deux espaces, puis l'espace même qu'elle enferme. Le mot sert à décrire le partage de la terre promise, protège la borne du voisin et dit l'ordre que Dieu impose aux éléments de la création.
Racine et étymologie
Le nom gebûl dérive de la racine g-b-l, qui exprime l'idée de « délimiter, tracer une limite ». Le verbe gābal signifie « borner, fixer une frontière » (Dt 19.14 utilise le nom ; le verbe paraît en Ex 19.12 et 19.23, quand Moïse doit marquer des limites autour du Sinaï). La même racine se retrouve dans d'autres langues sémitiques : en arabe, jabal désigne la « montagne », sans doute parce que les reliefs servent naturellement de limites. La ville côtière de Guebal (Byblos) porte peut-être un nom de même origine.
De la même famille vient le nom gebûlāh, « frontière, limite », souvent synonyme de gebûl. Le passage du sens de « ligne » à celui de « surface » est caractéristique : gebûl désigne d'abord la frontière, puis, par extension, tout le territoire qu'elle enclôt. Dans les listes de Josué, le mot passe constamment de l'un à l'autre, si bien que Segond le rend tantôt par « limite », tantôt par « territoire ».
Le mot a aussi un sens concret très modeste : la « borne », la pierre posée pour marquer la limite d'un champ. C'est ce sens qui fonde l'interdiction de déplacer la borne du prochain, l'une des règles les plus anciennes de la protection de la propriété familiale en Israël.
Sens et emplois
Limite d'un pays
La ligne qui sépare un peuple d'un autre. La table des nations mentionne déjà les limites des Cananéens, et le livre des Nombres décrit avec précision celles de la terre promise.
« Ainsi, votre limite méridionale partira de l'extrémité de la mer Salée, vers l'orient; »Nb 34.3, Segond 1910
Territoire d'une tribu ou d'un peuple
Par extension, l'espace intérieur à la limite. Le livre de Josué emploie le mot à de très nombreuses reprises pour le partage du pays entre les tribus.
« Le Jourdain servait de limite au territoire des fils de Ruben. »Jos 13.23, Segond 1910
La borne d'un champ
La pierre qui marque la limite d'une propriété familiale. La déplacer revient à voler la terre héritée d'un voisin, souvent plus faible. La Loi la protège par une malédiction.
« Maudit soit celui qui déplace les bornes de son prochain! »Dt 27.17, Segond 1910
La limite fixée à la création
Dans la poésie, Dieu impose une frontière à la mer, image des forces de chaos. La création est un ordre où chaque élément reçoit sa place.
« C'est moi qui ai donné à la mer le sable pour limite, Limite éternelle qu'elle ne doit pas franchir »Jr 5.22, Segond 1910
Le domaine de Dieu
Le territoire d'Israël est appelé « frontière sainte », l'espace que Dieu s'est acquis. Les prophètes annoncent que sa grandeur sera reconnue au-delà de ces frontières.
« Il les amena vers sa frontière sainte »Ps 78.54, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante rend gebûl le plus souvent par ὅριον (souvent au pluriel ὅρια), « limites, territoire », et parfois par ὅρος (« borne, limite »), à ne pas confondre avec ὄρος, « montagne ». Le grec garde ainsi la double valeur hébraïque : la ligne et la région. Dans les Évangiles, ὅρια désigne encore des territoires : Hérode fait tuer les enfants de Bethléhem « et de tout son territoire » (Mt 2.16) ; Jésus s'installe « dans le territoire de Zabulon et de Nephthali » (Mt 4.13), accomplissant Ésaïe.
Le Nouveau Testament ne développe pas une théologie des frontières, et c'est significatif. La promesse de la terre s'élargit : la mission est envoyée « jusqu'aux extrémités de la terre ». Paul, à Athènes, reprend pourtant l'idée biblique d'un Dieu qui fixe « les bornes de leur demeure » aux peuples (Ac 17.26, avec un autre mot grec, ὁροθεσία) : les frontières humaines sont reçues comme un cadre voulu par Dieu pour que les hommes le cherchent.
Le débat
Les listes de frontières de Nombres 34 et de Josué décrivent-elles une réalité historique ou un idéal théologique ?
- Des documents administratifs anciens (Albrecht Alt et Martin Noth) : Les listes de frontières et de villes de Josué reposeraient sur des documents d'archives de l'époque des juges ou de la monarchie, que l'auteur aurait intégrés à son récit. Elles reflètent donc une géographie administrative réelle.
- Une carte idéale de la promesse (Exégèse historico-critique récente) : Les frontières de Nombres 34 et d'Ézéchiel 47 ne correspondent à aucun État israélite connu ; elles reprennent plutôt les limites de la province égyptienne de Canaan. Elles dessinent un territoire promis, plus théologique que politique.
- Une théologie de la terre comme don (Walter Brueggemann, 1977) : Dans The Land, Brueggemann lit la terre et ses limites comme un don qui engage : Israël la reçoit, la perd par l'infidélité, l'espère à nouveau. La question historique compte moins que la fonction du récit.
Les textes mêlent sans doute matériaux anciens et visée théologique. Le fait même qu'Ézéchiel reprenne la carte de Nombres pour annoncer un nouveau partage (Éz 47.13) montre que ces frontières disaient la promesse plus que la situation politique du moment. Le gebûl est une limite reçue de Dieu, et c'est pourquoi on ne déplace pas la borne.
Portée théologique
Le mot gebûl rappelle que, dans la Bible, l'espace n'est pas neutre. Dieu crée en séparant et en fixant des limites : la mer reçoit le sable pour frontière, les peuples reçoivent leurs territoires, Israël reçoit une terre aux contours décrits avec soin. La limite n'est pas d'abord une contrainte, mais la condition d'un ordre où la vie peut s'épanouir. Le chaos, au contraire, est ce qui franchit toutes les bornes.
La protection de la borne du voisin montre la portée sociale de cette théologie. La terre est un héritage reçu de Dieu et transmis dans les familles ; déplacer la borne, c'est voler le faible et s'approprier ce que Dieu a donné à un autre. Les Proverbes précisent que l'Éternel lui-même « affermit les bornes de la veuve ». Pour la prédication, la question est actuelle : respecter les limites d'autrui est une forme concrète de justice. Enfin, Malachie et le Nouveau Testament ouvrent l'horizon : la grandeur de Dieu déborde les frontières d'Israël et rejoint tous les peuples.
Chaîne : Les limites que Dieu fixe
- Gn 10.19 Les limites des Cananéens : « Les limites des Cananéens allèrent depuis Sidon, du côté de Guérar, jusqu'à Gaza, et du côté de Sodome, de Gomorrhe, d'Adma et de Tseboïm, jusqu'à Léscha. »
- Nb 34.3 Le tracé de la terre promise : « Le côté du midi commencera au désert de Tsin près d'Édom. Ainsi, votre limite méridionale partira de l'extrémité de la mer Salée, vers l'orient; »
- Dt 19.14 Ne pas reculer la borne : « Tu ne reculeras point les bornes de ton prochain, posées par tes ancêtres, dans l'héritage que tu auras au pays dont l'Éternel, ton Dieu, te donne la possession. »
- Dt 32.8 Les limites des peuples : « Quand le Très-Haut donna un héritage aux nations, Quand il sépara les enfants des hommes, Il fixa les limites des peuples D'après le nombre des enfants d'Israël, »
- Jos 13.23 Le territoire de Ruben : « Le Jourdain servait de limite au territoire des fils de Ruben. Voilà l'héritage des fils de Ruben selon leurs familles; les villes et leurs villages. »
- Ps 78.54 La frontière sainte : « Il les amena vers sa frontière sainte, Vers cette montagne que sa droite a acquise. »
- Ps 104.9 Une limite pour les eaux : « Tu as posé une limite que les eaux ne doivent point franchir, Afin qu'elles ne reviennent plus couvrir la terre. »
- Pr 15.25 Dieu affermit les bornes de la veuve : « L'Éternel renverse la maison des orgueilleux, Mais il affermit les bornes de la veuve. »
- Jr 5.22 Le sable, limite de la mer : « Ne me craindrez-vous pas, dit l'Éternel, Ne tremblerez-vous pas devant moi? C'est moi qui ai donné à la mer le sable pour limite, Limite éternelle qu'elle ne doit pas franchir; Ses flots s'agitent, mais ils sont impuissants; Ils mugissent, mais ils ne la franchissent pas. »
- Éz 47.13 Un nouveau partage : « Ainsi parle le Seigneur, l'Éternel: Voici les limites du pays que vous distribuerez en héritage aux douze tribus d'Israël. Joseph aura deux parts. »
- Ml 1.5 Grand au-delà des frontières : « Vos yeux le verront, Et vous direz: Grand est l'Éternel Par delà les frontières d'Israël! »
- Ac 17.26 Les bornes de la demeure des hommes : « Il a fait que tous les hommes, sortis d'un seul sang, habitassent sur toute la surface de la terre, ayant déterminé la durée des temps et les bornes de leur demeure; »
Mots apparentés
Autres mots du thème « Création, vie et gloire »
- bārāʾ : créer
- šāmayim : cieux, ciel
- ḥayyîm : vie
- bārak : bénir
- zōē : vie
- kosmos : monde, ordre, parure
- chara : joie
- doxa : gloire
Anecdotes pour prêcher ce mot
- La marée qui s'arrête où Dieu l'a dit : la mer et ses limites (La marée, toujours)
Bibliographie
- Francis Brown, S. R. Driver, Charles A. Briggs, A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament, Oxford, Clarendon Press, 1907. voir sur Amazon
- Ludwig Koehler, Walter Baumgartner, The Hebrew and Aramaic Lexicon of the Old Testament (HALOT), Leiden, Brill, 1994-2000. voir sur Amazon
- G. Johannes Botterweck, Helmer Ringgren (éd.), Theological Dictionary of the Old Testament, Grand Rapids, Eerdmans, art. « gebûl ». voir sur Amazon
- Walter Brueggemann, The Land: Place as Gift, Promise, and Challenge in Biblical Faith, Philadelphia, Fortress Press, 1977. voir sur Amazon
- Norman C. Habel, The Land Is Mine: Six Biblical Land Ideologies, Minneapolis, Fortress Press, 1995. voir sur Amazon
- W. D. Davies, The Gospel and the Land, Berkeley, University of California Press, 1974. voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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