yām יָם
Strong H3220 · nom masculin · mer · 396 occurrences
La mer, toute grande étendue d'eau, et par extension l'ouest, du côté de la Méditerranée. Dans la Bible, elle est à la fois une créature soumise à Dieu et l'image des forces de chaos qu'il dompte.
Racine et étymologie
Le mot yām est un vieux terme sémitique commun : on le retrouve en ougaritique (ym), en phénicien et en araméen. Il est bref, sans racine verbale connue, comme beaucoup de noms désignant des réalités élémentaires. À Ougarit, Yam est aussi un dieu, le Prince Mer, adversaire de Baal dans les textes mythologiques du deuxième millénaire avant notre ère. Cet arrière-plan éclaire plusieurs poèmes bibliques où la mer apparaît comme une puissance à vaincre, mais dans la Bible elle n'est jamais une divinité : elle est une créature.
Parce que la Méditerranée borde Canaan à l'ouest, yām sert aussi de point cardinal : yāmmāh, « vers la mer », signifie « vers l'occident » (Gn 28.14). Le mot désigne diverses étendues d'eau : la Méditerranée (« la grande mer »), la mer Rouge ou mer des Joncs, la mer Salée (notre mer Morte), la mer de Kinnéreth (le lac de Galilée), et même parfois un grand fleuve comme le Nil.
Un emploi technique surprend : dans le Temple de Salomon, « la mer de fonte » est un immense bassin de bronze posé sur douze bœufs, destiné aux ablutions des prêtres (1 R 7.23). Son nom évoque peut-être, au cœur du sanctuaire, la mer domptée et mise au service du culte.
Sens et emplois
La mer créée
Au troisième jour, Dieu rassemble les eaux et leur donne un nom. La mer reçoit sa place et ses limites dans l'ordre du monde, et Dieu la juge bonne.
« il appela l'amas des eaux mers. Dieu vit que cela était bon. »Gn 1.10, Segond 1910
La mer ouverte du salut
À l'Exode, la mer devient le lieu de la délivrance d'Israël et du jugement de l'Égypte. Dieu la fend et la met à sec.
« il mit la mer à sec, et les eaux se fendirent. »Ex 14.21, Segond 1910
La mer rebelle et domptée
Dans la poésie, la mer incarne l'orgueil et le tumulte que seul Dieu peut contenir. Job la voit comme un enfant impétueux que Dieu enferme derrière des portes.
« Qui a fermé la mer avec des portes, Quand elle s'élança du sein maternel; »Jb 38.8, Segond 1910
L'ouest, du côté de la mer
Par sa position géographique, la mer indique l'occident. La promesse faite à Jacob embrasse les quatre directions.
« tu t'étendras à l'occident et à l'orient, »Gn 28.14, Segond 1910
Le bassin du Temple
La « mer de fonte » de Salomon est un grand réservoir rituel. Le nom de la mer passe à un objet de culte.
« Il fit la mer de fonte. »1 R 7.23, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante traduit yām par θάλασσα, le mot grec ordinaire pour la mer. Le Nouveau Testament l'emploie aussi pour le lac de Galilée, à la manière hébraïque : c'est sur cette « mer » que Jésus marche (Mt 14.25) et qu'il apaise la tempête, provoquant la question des disciples : « Quel est donc celui-ci, à qui obéissent même le vent et la mer ? » (Mc 4.41). Le geste reprend ce que les Psaumes disaient de Dieu seul : « Tu domptes l'orgueil de la mer » (Ps 89.10).
Quand la Septante comprend yām comme « occident », elle le rend souvent par un terme géographique comme « couchant ». L'Apocalypse hérite de la symbolique de la mer menaçante : la bête monte de la mer (Ap 13.1), comme les quatre bêtes de Daniel 7. Elle s'achève par une affirmation saisissante : dans la création nouvelle, « la mer n'était plus » (Ap 21.1). La Vulgate rend le mot par mare.
Le débat
Les textes où Dieu combat la mer et ses monstres reprennent-ils un mythe de combat contre le chaos, ou la Bible a-t-elle démythologisé la mer dès la Genèse ?
- Un mythe de combat transformé (Hermann Gunkel, Schöpfung und Chaos in Urzeit und Endzeit, 1895) : Gunkel a rapproché les poèmes bibliques (Ps 74, Jb 38, És 27.1) du combat babylonien de Marduk contre Tiamat. Israël aurait hérité d'un mythe de création par victoire sur la mer, encore perceptible jusque dans l'Apocalypse.
- Un arrière-plan cananéen plutôt que babylonien (John Day, God's Conflict with the Dragon and the Sea, 1985) : Les textes d'Ougarit, découverts après Gunkel, montrent que le combat de Baal contre Yam et contre le dragon Léviathan offre des parallèles plus proches que les textes babyloniens. La Bible transfère ce combat à YHWH.
- Genèse 1 sans combat (David T. Tsumura, The Earth and the Waters in Genesis 1 and 2, 1989) : En Genèse 1, la mer et l'abîme ne sont pas des adversaires : ce sont des réalités inertes, nommées et ordonnées par la parole divine. Le lien linguistique entre tehôm et Tiamat ne prouve pas un emprunt mythologique.
Les deux lectures portent sur des textes différents. Genèse 1 présente une mer sans résistance, simple créature. Les Psaumes, Job et Ésaïe utilisent librement les images du combat pour dire la souveraineté de Dieu sur toute menace. Dans tous les cas, la mer n'a aucune divinité : elle obéit.
Portée théologique
La mer est, pour Israël peuple de terriens, la figure de tout ce qui échappe à la maîtrise humaine : profondeur, tempête, mort. La Bible ne nie pas cette angoisse ; elle la place sous la souveraineté de Dieu. La mer est créée, nommée, bornée. Elle s'ouvre à l'Exode pour laisser passer le peuple, elle se calme quand Jonas y est jeté, elle engloutit même les péchés que Dieu y précipite (Mi 7.19).
Les évangiles exploitent cette symbolique : en marchant sur la mer et en apaisant la tempête, Jésus accomplit ce que l'Ancien Testament réservait à Dieu, et la question des disciples devient une confession implicite. L'Apocalypse en tire l'horizon de l'espérance : la mer d'où montait la bête disparaît dans la création nouvelle. Pour la prédication, ce parcours permet de parler des peurs humaines sans les minimiser : ce qui menace est réel, mais n'a pas le dernier mot.
Chaîne : La mer domptée
- Gn 1.10 La mer nommée et jugée bonne : « Dieu appela le sec terre, et il appela l'amas des eaux mers. Dieu vit que cela était bon. »
- Ex 14.21 La mer fendue : « Moïse étendit sa main sur la mer. Et l'Éternel refoula la mer par un vent d'orient, qui souffla avec impétuosité toute la nuit; il mit la mer à sec, et les eaux se fendirent. »
- Jb 38.8 La mer derrière ses portes : « Qui a fermé la mer avec des portes, Quand elle s'élança du sein maternel; »
- Ps 89.10 L'orgueil de la mer dompté : « Tu domptes l'orgueil de la mer; Quand ses flots se soulèvent, tu les apaises. »
- Ps 104.25 La vaste mer peuplée : « Voici la grande et vaste mer: Là se meuvent sans nombre Des animaux petits et grands; »
- És 27.1 Le monstre de la mer : « En ce jour, l'Éternel frappera de sa dure, grande et forte épée Le léviathan, serpent fuyard, Le léviathan, serpent tortueux; Et il tuera le monstre qui est dans la mer. »
- Dn 7.3 Les bêtes sortent de la mer : « Et quatre grands animaux sortirent de la mer, différents l'un de l'autre. »
- Jon 1.12 Jonas jeté à la mer : « Il leur répondit: Prenez-moi, et jetez-moi dans la mer, et la mer se calmera envers vous; car je sais que c'est moi qui attire sur vous cette grande tempête. »
- Mi 7.19 Les péchés au fond de la mer : « Il aura encore compassion de nous, Il mettra sous ses pieds nos iniquités; Tu jetteras au fond de la mer tous leurs péchés. »
- Mc 4.41 Le vent et la mer obéissent : « Ils furent saisis d'une grande frayeur, et ils se dirent les uns aux autres: Quel est donc celui-ci, à qui obéissent même le vent et la mer? »
- Ap 21.1 La mer n'était plus : « Puis je vis un nouveau ciel et une nouvelle terre; car le premier ciel et la première terre avaient disparu, et la mer n'était plus. »
Mots apparentés
- mayim מַיִם : eau, eaux
- ʾereṣ אֶרֶץ : terre, pays
- šāmayim שָׁמַיִם : cieux, ciel
- gebûl גְּבוּל : frontière, territoire
Autres mots du thème « Création, vie et gloire »
- bārāʾ : créer
- ḥayyîm : vie
- bārak : bénir
- zōē : vie
- kosmos : monde, ordre, parure
- chara : joie
- doxa : gloire
- paraklētos : défenseur, consolateur
Anecdotes pour prêcher ce mot
- Des chants dans la tempête : John Wesley et les moraves du Simmonds (John Wesley, 25 janvier 1736)
- Deux mers, un même fleuve : la mer de Galilée et la mer Morte (La mer Morte, toujours)
- La main tendue : Corrie ten Boom face à son ancien gardien (Corrie ten Boom, 1947)
- La marée qui s'arrête où Dieu l'a dit : la mer et ses limites (La marée, toujours)
- La prière retrouvée dans les papiers de James Clerk Maxwell (James Clerk Maxwell, 1879)
- Le choral de Leuthen : une armée qui chante « Nun danket alle Gott » (Martin Rinkart, 5 décembre 1757)
- Le fiacre perdu dans le brouillard : William Cowper et son cantique (William Cowper, vers 1773)
- Sous le scalpel, en prière : le courage de la cheffe Kapiolani (Kapiolani, 1841)
- « Nous étions quatre, et non trois » : Shackleton en Géorgie du Sud (Ernest Shackleton, mai 1916)
- « Plus près de toi, mon Dieu » sur le pont du Titanic ? (Sarah Flower Adams, 15 avril 1912)
- « Si pour le pays de Galles, pourquoi pas pour le monde ? » (Thomas Charles, décembre 1802)
Bibliographie
- Francis Brown, S. R. Driver et Charles A. Briggs, A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament (BDB), Oxford, Clarendon Press, 1907. voir sur Amazon
- Ludwig Koehler et Walter Baumgartner, The Hebrew and Aramaic Lexicon of the Old Testament (HALOT), Leiden, Brill. voir sur Amazon
- Hermann Gunkel, Schöpfung und Chaos in Urzeit und Endzeit, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1895. voir sur Amazon
- John Day, God's Conflict with the Dragon and the Sea: Echoes of a Canaanite Myth in the Old Testament, Cambridge, Cambridge University Press, 1985. voir sur Amazon
- David T. Tsumura, The Earth and the Waters in Genesis 1 and 2, Sheffield, JSOT Press, 1989. voir sur Amazon
- Xavier Léon-Dufour (dir.), Vocabulaire de théologie biblique, Paris, Cerf. voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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