mayim מַיִם
Strong H4325 · nom masculin pluriel · eau, eaux · 578 occurrences
L'eau sous toutes ses formes : celle qu'on boit, celle qui purifie, celle de la mer et du déluge qui menace. Dans la Bible, elle est à la fois le chaos que Dieu maîtrise et le don qui fait vivre, jusqu'à devenir l'image de Dieu lui-même, « source d'eau vive ».
Racine et étymologie
Le mot mayim appartient au plus ancien vocabulaire sémitique : on le retrouve en akkadien (mû), en ougaritique (my), en araméen (mayyāʾ) et en arabe (māʾ). Il n'a pas de verbe apparenté en hébreu biblique ; c'est un nom primitif, comme « pain » ou « terre », que l'on ne dérive de rien.
Sa particularité grammaticale frappe tout lecteur : mayim n'existe qu'au pluriel, avec une terminaison de duel apparent, -ayim, comme son voisin šāmayim, « cieux ». Les grammairiens y voient un pluriel d'étendue, qui désigne une masse plutôt qu'une addition d'unités. Le français hésite donc entre « l'eau » et « les eaux » : Segond écrit « un peu d'eau de ta cruche » (Gn 24.17) mais « les eaux » du déluge (Gn 7.17). À l'état construit, le mot devient mê (« les eaux de… ») : « les eaux paisibles » du Psaume 23 traduisent littéralement « les eaux des repos ».
Plusieurs expressions sont devenues techniques : mê niddāh, « eau de purification » (Nb 19.9), mayim ḥayyîm, « eau vive », c'est-à-dire courante, par opposition à l'eau stagnante d'une citerne, et mê raglayim, « eau des pieds », euphémisme pour l'urine. Le lexique STEPBible range aussi sous ce numéro le nom de la « porte des Eaux » de Jérusalem (Né 3.26).
Sens et emplois
Les eaux primordiales
Au commencement, avant toute forme, il y a l'abîme et les eaux, au-dessus desquelles se tient l'Esprit de Dieu. La création consistera d'abord à séparer et ordonner ces eaux.
« et l'esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux. »Gn 1.2, Segond 1910
Les eaux qui menacent
Les eaux peuvent revenir sur la terre et défaire la création : c'est le déluge. Dans les Psaumes, elles deviennent l'image de la détresse qui submerge.
« Je suis tombé dans un gouffre, et les eaux m'inondent. »Ps 69.3, Segond 1910
L'eau qui fait vivre
Dans un pays de steppes, l'eau est la condition de la vie. Dieu la donne au désert, du rocher frappé par Moïse ; elle devient le signe de sa providence.
« tu frapperas le rocher, et il en sortira de l'eau, et le peuple boira. »Ex 17.6, Segond 1910
L'eau qui purifie
Les rites de pureté utilisent l'eau pour laver ce qui a été souillé. Ézéchiel transpose le geste : Dieu lui-même purifiera son peuple avant de lui donner un cœur nouveau.
« Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés; »Éz 36.25, Segond 1910
Image de Dieu et de ses dons
Dieu est la source d'eau vive que son peuple abandonne pour des citernes percées. Les prophètes annoncent un salut offert gratuitement comme de l'eau à ceux qui ont soif.
« Ils m'ont abandonné, moi qui suis une source d'eau vive, »Jr 2.13, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante rend mayim de façon presque constante par hydōr, « eau », le mot courant du grec, d'où viennent nos « hydrauliques » et « hydratations ». Le Nouveau Testament hérite de tout le symbolisme hébreu à travers ce terme. Quand Jésus offre à la Samaritaine une « eau vive » (Jn 4.10), il reprend l'expression mayim ḥayyîm de Jérémie 2.13 ; quand il crie à la fête des Tabernacles que des fleuves d'eau vive couleront du sein du croyant (Jn 7.38), il évoque le fleuve du Temple d'Ézéchiel 47.
Le baptême chrétien, enfin, rassemble les deux faces de l'eau biblique : elle engloutit, comme au déluge et à la mer Rouge, et elle lave, comme dans les rites de pureté. La première épître de Pierre rapproche expressément le baptême de l'arche de Noé (1 P 3.20-21). La Vulgate traduit par « aqua », d'où viennent « aqueduc » et « aquatique ».
Le débat
Les eaux de Genèse 1.2 sont-elles un monstre du chaos que Dieu combat, ou un simple état initial du monde ?
- L'écho du combat contre le chaos (Hermann Gunkel, Schöpfung und Chaos in Urzeit und Endzeit, 1895) : Le récit biblique démythologise un vieux mythe babylonien où le dieu créateur vainc la mer primordiale (Tiamat). Argument : le mot tehôm, « abîme », serait apparenté à Tiamat, et plusieurs psaumes montrent Dieu domptant les eaux et leurs monstres.
- Une terre encore sous les eaux (David T. Tsumura, The Earth and the Waters in Genesis 1 and 2, 1989) : L'étude linguistique montre que tehôm ne dérive pas de Tiamat, mais d'un terme sémitique commun. Genèse 1.2 décrit une terre « non encore productive », couverte d'eau, sans aucun combat : Dieu ordonne, il ne lutte pas.
Le vocabulaire du combat existe bien dans d'autres textes (Ps 74.13, És 51.9-10), mais Genèse 1 l'écarte délibérément : Dieu parle, sépare et nomme. Le récit utilise un imaginaire connu pour affirmer qu'aucune puissance ne résiste au Créateur. Les deux lectures se rejoignent sur ce point : les eaux sont sous son autorité.
Portée théologique
L'eau dit, dans la Bible, la double expérience que l'homme fait du monde : il en vit et il peut en mourir. Le Dieu d'Israël n'est pas une divinité des eaux parmi d'autres ; il les sépare au commencement, leur fixe des limites, les déchaîne au déluge et les fend pour son peuple à la mer. Pour le croyant, cela signifie qu'aucun chaos n'échappe à la main de Dieu, même lorsque « les eaux inondent » (Ps 69.3).
La prédication retiendra surtout la grande ligne de l'eau vive. Jérémie accuse le peuple d'avoir préféré des citernes fissurées à la source ; Ésaïe invite à venir boire sans argent ; Ézéchiel voit un fleuve sortir du Temple et assainir la mer Morte. Jésus reprend ces images à son compte et l'Apocalypse les accomplit dans le fleuve d'eau de la vie. La soif devient ainsi l'image même du désir de Dieu, et l'eau celle de la grâce gratuite.
Chaîne : Des eaux du chaos aux eaux de la vie
- Gn 1.2 L'Esprit au-dessus des eaux : « La terre était informe et vide: il y avait des ténèbres à la surface de l'abîme, et l'esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux. »
- Gn 7.17 Le déluge : « Le déluge fut quarante jours sur la terre. Les eaux crûrent et soulevèrent l'arche, et elle s'éleva au-dessus de la terre. »
- Ex 14.21 La mer fendue : « Moïse étendit sa main sur la mer. Et l'Éternel refoula la mer par un vent d'orient, qui souffla avec impétuosité toute la nuit; il mit la mer à sec, et les eaux se fendirent. »
- Ex 17.6 L'eau du rocher : « Voici, je me tiendrai devant toi sur le rocher d'Horeb; tu frapperas le rocher, et il en sortira de l'eau, et le peuple boira. Et Moïse fit ainsi, aux yeux des anciens d'Israël. »
- Ps 23.2 Les eaux paisibles : « Il me fait reposer dans de verts pâturages, Il me dirige près des eaux paisibles. »
- És 12.3 Les sources du salut : « Vous puiserez de l'eau avec joie Aux sources du salut, »
- És 55.1 Venez aux eaux : « Vous tous qui avez soif, venez aux eaux, Même celui qui n'a pas d'argent! Venez, achetez et mangez, Venez, achetez du vin et du lait, sans argent, sans rien payer! »
- Jr 2.13 La source d'eau vive : « Car mon peuple a commis un double péché: Ils m'ont abandonné, moi qui suis une source d'eau vive, Pour se creuser des citernes, des citernes crevassées, Qui ne retiennent pas l'eau. »
- Éz 47.1 Le fleuve du Temple : « Il me ramena vers la porte de la maison. Et voici, de l'eau sortait sous le seuil de la maison, à l'orient, car la face de la maison était à l'orient; l'eau descendait sous le côté droit de la maison, au midi de l'autel. »
- Jn 4.10 L'eau vive offerte : « Jésus lui répondit: Si tu connaissais le don de Dieu et qui est celui qui te dit: Donne-moi à boire! tu lui aurais toi-même demandé à boire, et il t'aurait donné de l'eau vive. »
- Ap 22.1 Le fleuve d'eau de la vie : « Et il me montra un fleuve d'eau de la vie, limpide comme du cristal, qui sortait du trône de Dieu et de l'agneau. »
Mots apparentés
- šāmayim שָׁמַיִם : cieux, ciel
- ʾereṣ אֶרֶץ : terre, pays
- rûaḥ רוּחַ : souffle, vent, esprit
- ḥayyîm חַיִּים : vie
Autres mots du thème « Création, vie et gloire »
- bārāʾ : créer
- bārak : bénir
- zōē : vie
- kosmos : monde, ordre, parure
- chara : joie
- doxa : gloire
- paraklētos : défenseur, consolateur
- kōl : tout, totalité
Bibliographie
- Francis Brown, S. R. Driver et C. A. Briggs, A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament (BDB), Oxford, Clarendon Press, 1906. voir sur Amazon
- Ludwig Koehler et Walter Baumgartner, The Hebrew and Aramaic Lexicon of the Old Testament (HALOT), Leiden, Brill, 1994-2000. voir sur Amazon
- Hermann Gunkel, Schöpfung und Chaos in Urzeit und Endzeit, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1895. voir sur Amazon
- David T. Tsumura, The Earth and the Waters in Genesis 1 and 2: A Linguistic Investigation, Sheffield, JSOT Press, 1989. voir sur Amazon
- Xavier Léon-Dufour (dir.), Vocabulaire de théologie biblique, Paris, Cerf, art. « Eau ». voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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