leḥem לֶחֶם
Strong H3899 · nom masculin · pain ; nourriture · 297 occurrences
Le pain, aliment de base du Proche-Orient ancien, et par extension toute nourriture. Le mot couvre le repas quotidien, la manne du désert, les pains placés devant Dieu dans le sanctuaire et, par image, la sagesse et la parole qui nourrissent l'âme.
Racine et étymologie
Le nom leḥem appartient à une racine sémitique commune liée à la nourriture. Ce qui est intéressant, c'est la variété de ce qu'elle désigne selon les peuples : en hébreu et en araméen, le pain ; en arabe, laḥm désigne la viande. Chaque langue a appelé de ce nom l'aliment de base de son milieu. Pour les agriculteurs d'Israël, cet aliment était le pain de blé ou d'orge, si bien que leḥem a pris le sens général de « nourriture », comme notre expression « gagner son pain ».
Le verbe lāḥam (H3898), « combattre, faire la guerre », s'écrit avec les mêmes consonnes. La plupart des lexiques y voient un homonyme sans lien de sens. Le verbe lāḥam au sens de « manger » existe aussi, rarement, dans la poésie biblique (par exemple Ps 141.4), ce qui confirme l'ancienneté de la racine alimentaire.
Le mot entre dans des noms de lieux, le plus célèbre étant Bethléhem, Bêt-leḥem, « maison du pain ». Il sert enfin dans de nombreuses expressions : « manger le pain », c'est prendre un repas ; « le pain de quelqu'un », c'est sa subsistance ; « le pain de la face » (leḥem pānîm) désigne les pains du sanctuaire, que Segond appelle « pains de proposition ».
Sens et emplois
Le pain, fruit du travail
Dès la Genèse, le pain représente la subsistance obtenue par le labeur. Après la faute, la terre ne nourrit l'homme qu'au prix de l'effort, jusqu'à son retour à la poussière.
« C'est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu'à ce que tu retournes dans la terre, »Gn 3.19, Segond 1910
La nourriture en général
Le mot désigne souvent tout ce qui se mange, y compris quand la viande l'accompagne. Ruth et Noémi reviennent en Juda parce que Dieu a de nouveau « donné du pain », c'est-à-dire mis fin à la famine.
« car elle apprit au pays de Moab que l'Éternel avait visité son peuple et lui avait donné du pain. »Rt 1.6, Segond 1910
Le pain venu du ciel
Dans le désert, la manne est appelée « pain du ciel ». Elle est donnée jour par jour, ce qui en fait aussi une épreuve de confiance et d'obéissance.
« Voici, je ferai pleuvoir pour vous du pain, du haut des cieux. »Ex 16.4, Segond 1910
Les pains placés devant Dieu
Dans le sanctuaire, douze pains sont disposés en permanence sur une table devant la face de Dieu, renouvelés chaque sabbat. C'est le « pain de la face » ou pain de proposition.
« Tu mettras sur la table les pains de proposition continuellement devant ma face. »Ex 25.30, Segond 1910
Plus que le pain : la parole
Le Deutéronome tire la leçon de la manne : la vie humaine dépend finalement de la parole de Dieu. Le pain devient ainsi le signe d'une dépendance plus profonde.
« l'homme ne vit pas de pain seulement, mais que l'homme vit de tout ce qui sort de la bouche de l'Éternel. »Dt 8.3, Segond 1910
Le pain de la sagesse
Par image, la Sagesse personnifiée invite les simples à son festin : son pain et son vin sont l'enseignement qui donne la vie.
« Venez, mangez de mon pain, Et buvez du vin que j'ai mêlé; »Pr 9.5, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante traduit leḥem presque toujours par ἄρτος, « pain », même lorsque l'hébreu désigne la nourriture en général. Les pains du sanctuaire deviennent « les pains de la proposition » (οἱ ἄρτοι τῆς προθέσεως), c'est-à-dire « les pains exposés », expression que reprend Jésus quand il rappelle que David en mangea (Mt 12.4 ; cf. 1 S 21.6). Le latin « panes propositionis » a donné le français « pains de proposition ».
Ce lien lexical permet de lire le Nouveau Testament sur l'arrière-plan de l'Ancien. La demande « Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien » (Mt 6.11) fait écho à la manne donnée jour par jour. Jésus cite Deutéronome 8.3 face au tentateur (Mt 4.4). Dans le discours de Jean 6, il se présente comme le véritable pain descendu du ciel, en contraste explicite avec la manne. Enfin le pain rompu lors du dernier repas reprend la symbolique du repas d'alliance.
Le débat
Que signifient les « pains de la face » placés en permanence devant Dieu dans le sanctuaire ?
- Un repas offert à la divinité (histoire comparée des religions) : Dans les temples du Proche-Orient ancien, on servait des repas aux statues des dieux. Les pains du sanctuaire seraient l'héritage de cette pratique. Argument : la table, les coupes et les plats décrits en Exode 25 ressemblent à un service de table.
- Un signe de l'alliance des douze tribus (lecture sacerdotale du Lévitique) : Lévitique 24.8 appelle ces douze pains « une alliance perpétuelle ». Ils représenteraient Israël tout entier, tribu par tribu, maintenu sous le regard de Dieu. Argument : ce sont les prêtres, non Dieu, qui les mangent ensuite.
- Le signe de la présence nourricière (tradition juive et lecture chrétienne) : « Pain de la face » souligne la présence : c'est devant la face de Dieu que le peuple reçoit sa nourriture. Les lecteurs chrétiens y ont vu une préfiguration du pain eucharistique, signe de communion avec Dieu.
L'arrière-plan des repas divins éclaire la forme du rite, mais le texte biblique en transforme le sens : Dieu n'a pas besoin de nourriture (Ps 50.12-13), et les pains reviennent aux prêtres. La lecture la mieux fondée dans le texte est celle de l'alliance : douze pains, pour douze tribus, devant la face de Dieu, chaque sabbat.
Portée théologique
Le pain est, dans la Bible, le lieu où se rencontrent la vie la plus ordinaire et la relation à Dieu. Il est d'abord le fruit du travail, marqué par la peine depuis Genèse 3. Mais il est aussi, et constamment, un don : Dieu « visite » son peuple en lui donnant du pain, fait pleuvoir la manne, nourrit Élie dans la solitude. Le croyant apprend ainsi à recevoir sa subsistance comme une grâce, ce que la prière du « pain quotidien » résume pour les chrétiens.
Le Deutéronome donne la clé : le pain enseigne une dépendance plus profonde, celle de la parole de Dieu. Amos peut alors annoncer une famine non de pain, mais de parole. Dans le sanctuaire, le pain posé devant la face de Dieu rappelle que le peuple vit sous son regard et dans son alliance. Le Nouveau Testament recueille tout cet héritage lorsque Jésus se dit « le pain de vie » et qu'il rompt le pain avec ses disciples. Pour la prédication, leḥem invite à relier la table familiale, la table du culte et la parole qui nourrit.
Chaîne : Le pain que Dieu donne
- Gn 3.19 Le pain à la sueur du visage : « C'est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu'à ce que tu retournes dans la terre, d'où tu as été pris; car tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière. »
- Gn 14.18 Melchisédek apporte le pain : « Melchisédek, roi de Salem, fit apporter du pain et du vin: il était sacrificateur du Dieu Très-Haut. »
- Ex 16.4 La manne, pain du ciel : « L'Éternel dit à Moïse: Voici, je ferai pleuvoir pour vous du pain, du haut des cieux. Le peuple sortira, et en ramassera, jour par jour, la quantité nécessaire, afin que je le mette à l'épreuve, et que je voie s'il marchera, ou non, selon ma loi. »
- Ex 25.30 Le pain devant la face : « Tu mettras sur la table les pains de proposition continuellement devant ma face. »
- Dt 8.3 Pas de pain seulement : « Il t'a humilié, il t'a fait souffrir de la faim, et il t'a nourri de la manne, que tu ne connaissais pas et que n'avaient pas connue tes pères, afin de t'apprendre que l'homme ne vit pas de pain seulement, mais que l'homme vit de tout ce qui sort de la bouche de l'Éternel. »
- Rt 1.6 Dieu redonne du pain : « Puis elle se leva, elle et ses belles-filles, afin de quitter le pays de Moab, car elle apprit au pays de Moab que l'Éternel avait visité son peuple et lui avait donné du pain. »
- 1 R 17.6 Élie nourri par les corbeaux : « Les corbeaux lui apportaient du pain et de la viande le matin, et du pain et de la viande le soir, et il buvait de l'eau du torrent. »
- Pr 9.5 Le festin de la Sagesse : « Venez, mangez de mon pain, Et buvez du vin que j'ai mêlé; »
- Am 8.11 La famine de la parole : « Voici, les jours viennent, dit le Seigneur, l'Éternel, Où j'enverrai la famine dans le pays, Non pas la disette du pain et la soif de l'eau, Mais la faim et la soif d'entendre les paroles de l'Éternel. »
- Mt 6.11 Le pain quotidien : « Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien; »
- Mt 26.26 Le pain du dernier repas : « Pendant qu'ils mangeaient, Jésus prit du pain; et, après avoir rendu grâces, il le rompit, et le donna aux disciples, en disant: Prenez, mangez, ceci est mon corps. »
- Jn 6.35 Le pain de vie : « Jésus leur dit: Je suis le pain de vie. Celui qui vient à moi n'aura jamais faim, et celui qui croit en moi n'aura jamais soif. »
Mots apparentés
- ʾākal אָכַל : manger, dévorer
- mayim מַיִם : eau, eaux
- qorbān קׇרְבָּן : offrande, ce qu'on apporte à Dieu
- pānîm פָּנִים : face, visage, présence
- šātâ שָׁתָה : boire
Autres mots du thème « Culte et sainteté »
- qōdeš : sainteté, chose sainte, sanctuaire
- ʿōlâ : holocauste, offrande qui monte
- mizbēaḥ : autel
- kōhēn : prêtre, sacrificateur
- šabbāt : sabbat, jour de repos
- hālal : louer, célébrer ; se glorifier
- hagios : saint ; au pluriel, les saints
- naos : sanctuaire, temple (demeure de Dieu)
Anecdotes pour prêcher ce mot
- Assis sur un trottoir de Chicago : la conversion de Billy Sunday (Billy Sunday, 1886)
- Comme un vent impétueux : David Brainerd et le réveil de Crossweeksung (David Brainerd, août 1745)
- Le gouverneur qui ouvrit la tour : la libération de Marie Durand (Marie Durand, 1768)
- Le livre vendu à la porte : Richard Sibbes et le jeune Baxter (Richard Sibbes, vers 1630)
- Les cendres jetées dans la rivière : le procès posthume de Wycliffe (John Wycliffe, 1428)
- Les fourmis moissonneuses : quand un naturaliste confirma Proverbes 6 (La fourmi moissonneuse, 1871-1873)
- Quarante kilomètres pour une Bible : Mary Jones et Thomas Charles (Mary Jones, 1800)
- Un nuage de poussière sur la route : Nathan Cole court écouter Whitefield (George Whitefield, 23 octobre 1740)
- Un sermon par semaine pendant soixante ans : la chaire imprimée de Spurgeon (Charles Spurgeon, 1855-1917)
- Un sermon qui porta du fruit quatre-vingts ans après : John Flavel (John Flavel, XVIIe et XVIIIe siècles)
- Une Bible copiée à la main : John Wycliffe et la première Bible anglaise (John Wycliffe, vers 1380-1390)
- Une parole pour chaque jour : Zinzendorf et les « mots d'ordre » moraves (Nicolas Louis de Zinzendorf, 3 mai 1728)
Bibliographie
- Francis Brown, S. R. Driver, Charles A. Briggs, A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament, Oxford, Clarendon Press, 1906. voir sur Amazon
- Ludwig Koehler, Walter Baumgartner, The Hebrew and Aramaic Lexicon of the Old Testament, Leyde, Brill, 1994-2000. voir sur Amazon
- R. Laird Harris, Gleason L. Archer, Bruce K. Waltke (dir.), Theological Wordbook of the Old Testament, Chicago, Moody Press, 1980. voir sur Amazon
- Raymond E. Brown, The Gospel According to John I-XII, Anchor Bible 29, Garden City, Doubleday, 1966. voir sur Amazon
- Xavier Léon-Dufour (dir.), Vocabulaire de théologie biblique, Paris, Cerf, 1962. voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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