šātâ שָׁתָה

Strong H8354 · verbe · boire · 217 occurrences

Le geste vital de boire, que la Bible charge de sens : l'eau donnée au désert, le repas d'alliance devant Dieu, la joie du vin, mais aussi la coupe de la colère que boivent les nations.

Racine et étymologie

La racine š-t-h, « boire », est commune aux langues sémitiques : on la retrouve en akkadien (šatû), en ougaritique et en araméen biblique, où le même verbe apparaît dans le livre de Daniel (Dn 5). Il s'agit d'un mot de base du vocabulaire humain, aussi ancien que le geste qu'il désigne, et son sens ne pose pas de difficulté.

Un détail de grammaire hébraïque mérite d'être connu : šātâ ne s'emploie pratiquement qu'au thème simple (qal). Pour dire « faire boire, abreuver, donner à boire », l'hébreu recourt à un autre verbe, šāqâ (H8248), au causatif. Ainsi, lorsque Jérémie reçoit la coupe de la colère pour la « faire boire » aux nations (Jr 25.15), c'est šāqâ qui est employé ; quand les nations « boiront » (Jr 25.28), c'est šātâ. Les deux verbes forment une paire, comme « boire » et « abreuver » en français.

De la racine dérive mišteh (H4960), « festin, banquet », littéralement « le lieu ou le temps où l'on boit ». Le mot désigne les noces de Samson, les banquets d'Assuérus et d'Esther, et le grand festin que Dieu promet de préparer pour tous les peuples sur sa montagne (És 25.6). Boire, dans la Bible, est rarement un acte solitaire : c'est le geste du repas partagé.

Sens et emplois

  1. Boire pour vivre

    Le sens premier : étancher la soif, condition de survie au désert. Le récit de Massa et Meriba montre Dieu donnant l'eau du rocher à un peuple qui murmure.

    « Voici, je me tiendrai devant toi sur le rocher d'Horeb; tu frapperas le rocher, et il en sortira de l'eau, et le peuple boira. Et Moïse fit ainsi, aux yeux des anciens d'Israël. »Ex 17.6, Segond 1910
  2. Manger et boire devant Dieu

    Le repas sacré scelle l'alliance : au Sinaï, les anciens d'Israël contemplent Dieu et partagent un repas en sa présence, sans être frappés.

    « Il n'étendit point sa main sur l'élite des enfants d'Israël. Ils virent Dieu, et ils mangèrent et burent. »Ex 24.11, Segond 1910
  3. La joie et ses excès

    Boire le vin est un don de Dieu qui accompagne la fête ; l'Ecclésiaste y voit une part légitime de la vie. Mais l'ivresse de Noé (Gn 9.21) rappelle la limite de ce bien.

    « Va, mange avec joie ton pain, et bois gaiement ton vin; car dès longtemps Dieu prend plaisir à ce que tu fais. »Ec 9.7, Segond 1910
  4. S'abstenir de boire

    Ne pas boire de vin peut marquer une consécration : le prêtre en service, le naziréen, les Récabites. L'abstention devient un signe visible d'appartenance à Dieu.

    « Tu ne boiras ni vin, ni boisson enivrante, toi et tes fils avec toi, lorsque vous entrerez dans la tente d'assignation, de peur que vous ne mouriez: ce sera une loi perpétuelle parmi vos descendants, »Lv 10.9, Segond 1910
  5. Boire la coupe du jugement

    Au sens figuré, boire signifie subir jusqu'au bout le sort que Dieu réserve aux méchants. L'image de la coupe enivrante parcourt les Psaumes et les prophètes.

    « Il y a dans la main de l'Éternel une coupe, Où fermente un vin plein de mélange, Et il en verse: Tous les méchants de la terre sucent, boivent jusqu'à la lie. »Ps 75.9, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La Septante rend šātâ très régulièrement par πίνω, le verbe grec ordinaire pour « boire », et šāqâ par ποτίζω, « abreuver ». Le Nouveau Testament hérite de toute la charge symbolique de l'hébreu à travers ce verbe simple : boire l'eau vive que donne Jésus (Jn 4.13 ; 7.37), boire la coupe de la nouvelle alliance (1 Co 11.25), boire la coupe de la souffrance que Jésus lui-même doit boire (Mt 20.22).

Cette continuité permet de lire les paroles de Jésus avec l'arrière-plan de l'Ancien Testament : la coupe de Gethsémané rappelle la coupe de la colère des prophètes, l'appel « qu'il vienne à moi, et qu'il boive » fait écho à l'invitation de la Sagesse (Pr 9.5) et à l'eau du rocher au désert, que Paul identifie à Christ (1 Co 10.4). Le latin bibere et le français « boire » ont conservé ce mot sans détour.

Le débat

Que signifie le roi qui « boit au torrent pendant la marche » en Psaume 110.7 ?

Le contexte immédiat favorise la lecture militaire, qui n'exclut pas l'arrière-plan royal du psaume. La lecture messianique relève d'une relecture d'ensemble plutôt que du sens premier du verset. Dans tous les cas, boire signifie ici reprendre force pour achever l'œuvre, comme Élie au désert (1 R 19.8).

Portée théologique

Boire est le geste le plus élémentaire de la dépendance humaine : personne ne survit longtemps sans eau. La Bible en fait un lieu de rencontre avec Dieu. Au désert, Israël apprend que l'eau vient de lui ; au Sinaï, le peuple boit et mange en sa présence ; dans les prophètes, Dieu invite ceux qui ont soif à venir gratuitement. La soif physique devient l'image de la soif de Dieu (Ps 42.3), et boire, celle de recevoir sa vie.

Le même geste a pourtant une face sombre : la coupe que Dieu tend aux nations coupables, et qu'elles doivent boire jusqu'à la lie. C'est cette coupe que Jésus accepte à Gethsémané, et c'est pourquoi il peut tendre aux siens une autre coupe, celle de la nouvelle alliance. Pour la prédication, la cène prend ici toute sa profondeur : ce que nous buvons est le fruit de ce qu'il a bu à notre place. L'invitation finale de l'Apocalypse reprend celle d'Ésaïe : que celui qui a soif vienne et boive.

Chaîne : De l'eau du rocher à la coupe nouvelle

  1. Ex 17.6 L'eau jaillit du rocher : « Voici, je me tiendrai devant toi sur le rocher d'Horeb; tu frapperas le rocher, et il en sortira de l'eau, et le peuple boira. Et Moïse fit ainsi, aux yeux des anciens d'Israël. »
  2. Ex 24.11 Le repas devant Dieu : « Il n'étendit point sa main sur l'élite des enfants d'Israël. Ils virent Dieu, et ils mangèrent et burent. »
  3. 1 R 19.8 Élie fortifié au désert : « Il se leva, mangea et but; et avec la force que lui donna cette nourriture, il marcha quarante jours et quarante nuits jusqu'à la montagne de Dieu, à Horeb. »
  4. Ps 75.9 La coupe dans la main de Dieu : « Il y a dans la main de l'Éternel une coupe, Où fermente un vin plein de mélange, Et il en verse: Tous les méchants de la terre sucent, boivent jusqu'à la lie. »
  5. Pr 9.5 L'invitation de la Sagesse : « Venez, mangez de mon pain, Et buvez du vin que j'ai mêlé; »
  6. És 55.1 Venez aux eaux : « Vous tous qui avez soif, venez aux eaux, Même celui qui n'a pas d'argent! Venez, achetez et mangez, Venez, achetez du vin et du lait, sans argent, sans rien payer! »
  7. Jr 25.28 Les nations boiront : « Et s'ils refusent de prendre de ta main la coupe pour boire, Dis-leur: Ainsi parle l'Éternel des armées: Vous boirez! »
  8. Jn 4.13 L'eau qui étanche la soif : « Jésus lui répondit: Quiconque boit de cette eau aura encore soif; »
  9. Jn 7.37 Qu'il vienne et qu'il boive : « Le dernier jour, le grand jour de la fête, Jésus, se tenant debout, s'écria: Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi, et qu'il boive. »
  10. 1 Co 11.25 La coupe de la nouvelle alliance : « De même, après avoir soupé, il prit la coupe, et dit: Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang; faites ceci en mémoire de moi toutes les fois que vous en boirez. »
  11. Ap 22.17 L'eau de la vie, gratuitement : « Et l'Esprit et l'épouse disent: Viens. Et que celui qui entend dise: Viens. Et que celui qui a soif vienne; que celui qui veut, prenne de l'eau de la vie, gratuitement. »

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Bibliographie

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