har הַר
Strong H2022 · nom masculin · montagne, mont, région montagneuse · 546 occurrences
La montagne, le mont, et par extension la région de collines qui forme le cœur du pays d'Israël. Lieu de refuge et de séparation, la montagne devient surtout dans la Bible le lieu où Dieu se révèle et où son peuple monte pour l'adorer : le Sinaï, puis Sion.
Racine et étymologie
Le mot har appartient au vocabulaire de base de l'hébreu et se rattache à une racine bilittère h-r, redoublée au pluriel hārîm et dans la forme poétique hărārîm. Les lexiques n'y reconnaissent pas de verbe apparenté sûr : le sens se lit donc dans les emplois. On lui associe souvent gibʿāh, « colline », qui apparaît en parallèle dans la poésie, mais har désigne d'ordinaire un relief plus élevé ou une chaîne entière.
Le terme ne désigne pas seulement un sommet isolé. Avec l'article ou au singulier collectif, hāhār signifie souvent « la montagne » au sens de région montagneuse : la montagne d'Éphraïm, la montagne de Juda, par opposition à la plaine côtière, à la Séphéla et au Néguev (Dt 1.7). STEPBible distingue d'ailleurs ce sous-sens « hill country ».
On a parfois expliqué le nom Harmaguédon (Ap 16.16) par har Məgiddô, « la montagne de Meguiddo ». C'est l'explication la plus répandue, mais elle reste discutée, car Meguiddo est située dans une plaine. Le mot har apparaît enfin dans des noms de lieux composés comme har Ṣiyyôn, « le mont Sion », ou har hazzêtîm, « le mont des Oliviers » (Za 14.4).
Sens et emplois
Montagne, relief élevé
Le sens géographique simple. Au terme du déluge, l'arche se pose sur les hauteurs : la montagne marque le retour d'une terre habitable.
« l'arche s'arrêta sur les montagnes d'Ararat. »Gn 8.4, Segond 1910
Région montagneuse
Le singulier collectif désigne les hautes terres, souvent opposées à la plaine, au midi ou au rivage, dans les descriptions du pays promis.
« dans la plaine, sur la montagne, dans la vallée, dans le midi, »Dt 1.7, Segond 1910
Le lieu où Dieu pourvoit
Sur une montagne du pays de Morija, Dieu fournit l'agneau à la place d'Isaac. Le lieu devient une confession de foi.
« À la montagne de l'Éternel il sera pourvu. »Gn 22.14, Segond 1910
La montagne de la révélation
Au Sinaï, la montagne est le point de rencontre entre Dieu qui descend et Moïse qui monte. Le peuple, lui, reste en bas.
« Ainsi l'Éternel descendit sur la montagne de Sinaï, sur le sommet de la montagne; »Ex 19.20, Segond 1910
Sion, montagne du Temple
La colline du Temple devient la « montagne de l'Éternel », but du pèlerinage, et, chez les prophètes, centre vers lequel affluent toutes les nations.
« Que la montagne de la maison de l'Éternel Sera fondée sur le sommet des montagnes, »És 2.2, Segond 1910
Les montagnes, lieu de l'attente
Le pèlerin lève les yeux vers les montagnes, mais la suite du psaume précise que le secours vient de l'Éternel, créateur des montagnes.
« Je lève mes yeux vers les montagnes... D'où me viendra le secours? »Ps 121.1, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante rend har presque toujours par ὄρος (oros), qui est aussi le mot du Nouveau Testament. Le parallèle est voulu par les évangélistes : Jésus « monta sur la montagne » pour enseigner (Mt 5.1), comme Moïse au Sinaï, et il est transfiguré « sur une haute montagne » (Mt 17.1) en présence de Moïse et d'Élie, les deux hommes de l'Horeb.
Le Nouveau Testament relativise pourtant le lieu. À la Samaritaine qui oppose le mont Garizim et Jérusalem, Jésus annonce un culte « en esprit et en vérité » qui ne dépend plus d'une montagne (Jn 4.20-24). L'épître aux Hébreux oppose la montagne terrifiante du Sinaï à « la montagne de Sion, la Jérusalem céleste » (Hé 12.22). La Vulgate traduit « mons », Segond « montagne » ou « mont ».
Le débat
La « montagne de Dieu » biblique reprend-elle le mythe cananéen de la montagne cosmique, ou s'enracine-t-elle d'abord dans l'histoire du Sinaï ?
- L'héritage de la montagne cosmique (Richard J. Clifford, 1972) : Dans The Cosmic Mountain in Canaan and the Old Testament, Clifford montre que la littérature d'Ougarit situe la demeure de Baal sur le mont Ṣaphon. Plusieurs textes sur Sion, comme le Psaume 48, reprennent ce langage.
- Sinaï et Sion, deux traditions (Jon D. Levenson, 1985) : Dans Sinai and Zion, Levenson lit deux pôles complémentaires : le Sinaï, montagne de l'alliance et de la Loi, et Sion, montagne du Temple et du roi davidique, Sion héritant peu à peu des traits du Sinaï.
- Une polémique contre les hauts lieux (lecture deutéronomiste) : Les prophètes et le Deutéronome condamnent le culte « sur les montagnes » et les hauts lieux. La sacralité de Sion serait alors une réponse à ces cultes, non leur simple prolongement.
Les trois approches se complètent. Israël emprunte un langage connu de ses voisins (Clifford), mais il le rattache à une histoire, celle du Sinaï, transférée à Sion (Levenson), et il le purifie de l'idolâtrie des hauts lieux. La montagne n'est pas sacrée en elle-même : elle l'est parce que Dieu y a parlé.
Portée théologique
La montagne est dans la Bible l'image du lieu où le ciel et la terre se touchent. On y monte, on y prie, on y reçoit la parole. Abraham au mont Morija, Moïse au Sinaï, Élie à l'Horeb et au Carmel font de la montagne le décor des grandes rencontres avec Dieu. Le psaume 24 en tire la question morale : qui peut monter à la montagne de l'Éternel ? Celui qui a les mains innocentes et le cœur pur.
Mais la Bible refuse de diviniser les montagnes. Le secours ne vient pas des hauteurs, mais du Créateur des montagnes (Ps 121), et les prophètes condamnent le culte des hauts lieux. Jésus, qui enseigne et prie sur les montagnes, annonce un culte qui ne dépend plus d'un sommet. Pour la prédication, la montagne reste une invitation à « monter » vers Dieu, tout en rappelant que Dieu lui-même est descendu vers nous.
Chaîne : De montagne en montagne
- Gn 8.4 L'arche sur l'Ararat : « Le septième mois, le dix-septième jour du mois, l'arche s'arrêta sur les montagnes d'Ararat. »
- Gn 22.14 L'Éternel pourvoit : « Abraham donna à ce lieu le nom de Jehova-Jiré. C'est pourquoi l'on dit aujourd'hui: À la montagne de l'Éternel il sera pourvu. »
- Ex 3.1 Le buisson à l'Horeb : « Moïse faisait paître le troupeau de Jéthro, son beau-père, sacrificateur de Madian; et il mena le troupeau derrière le désert, et vint à la montagne de Dieu, à Horeb. »
- Ex 19.20 Dieu descend sur le Sinaï : « Ainsi l'Éternel descendit sur la montagne de Sinaï, sur le sommet de la montagne; l'Éternel appela Moïse sur le sommet de la montagne. Et Moïse monta. »
- 1 R 18.19 Élie au Carmel : « Fais maintenant rassembler tout Israël auprès de moi, à la montagne du Carmel, et aussi les quatre cent cinquante prophètes de Baal et les quatre cents prophètes d'Astarté qui mangent à la table de Jézabel. »
- Ps 24.3 Qui montera ? : « Qui pourra monter à la montagne de l'Éternel? Qui s'élèvera jusqu'à son lieu saint? - »
- Ps 121.1 Vers les montagnes : « Cantique des degrés. Je lève mes yeux vers les montagnes... D'où me viendra le secours? »
- És 2.2 La montagne élevée : « Il arrivera, dans la suite des temps, Que la montagne de la maison de l'Éternel Sera fondée sur le sommet des montagnes, Qu'elle s'élèvera par-dessus les collines, Et que toutes les nations y afflueront. »
- Mt 5.1 Le sermon sur la montagne : « Voyant la foule, Jésus monta sur la montagne; et, après qu'il se fut assis, ses disciples s'approchèrent de lui. »
- Mt 17.1 La transfiguration : « Six jours après, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques, et Jean, son frère, et il les conduisit à l'écart sur une haute montagne. »
- Jn 4.20 Garizim ou Jérusalem ? : « Nos pères ont adoré sur cette montagne; et vous dites, vous, que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem. »
- Hé 12.22 La montagne de Sion céleste : « Mais vous vous êtes approchés de la montagne de Sion, de la cité du Dieu vivant, la Jérusalem céleste, des myriades qui forment le choeur des anges, »
Mots apparentés
- ṣiyyôn צִיּוֹן : Sion
- ʾereṣ אֶרֶץ : terre, pays
- qōdeš קֹדֶשׁ : sainteté, chose sainte, sanctuaire
- ʿālāh עָלָה : monter, faire monter, offrir
Autres mots du thème « Culte et sainteté »
- qorbān : offrande, ce qu'on apporte à Dieu
- ʿōlâ : holocauste, offrande qui monte
- mizbēaḥ : autel
- kōhēn : prêtre, sacrificateur
- šabbāt : sabbat, jour de repos
- hālal : louer, célébrer ; se glorifier
- hagios : saint ; au pluriel, les saints
- naos : sanctuaire, temple (demeure de Dieu)
Anecdotes pour prêcher ce mot
- Des chants dans la tempête : John Wesley et les moraves du Simmonds (John Wesley, 25 janvier 1736)
- Relevé par un verset : Spurgeon dans le jardin de Croydon (Charles Spurgeon, octobre 1856)
- Sous le scalpel, en prière : le courage de la cheffe Kapiolani (Kapiolani, 1841)
- « Les défaillances du ministre » : Spurgeon et la dépression (Charles Spurgeon, années 1870)
- « Plus près de toi, mon Dieu » sur le pont du Titanic ? (Sarah Flower Adams, 15 avril 1912)
- « Sinon, qu'il le brûle » : le recueil que George Herbert confia à Ferrar (George Herbert, 1633)
Bibliographie
- F. Brown, S. R. Driver, C. A. Briggs, A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament, Oxford, Clarendon Press, 1907, art. « har ». voir sur Amazon
- Richard J. Clifford, The Cosmic Mountain in Canaan and the Old Testament, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 1972. voir sur Amazon
- Jon D. Levenson, Sinai and Zion: An Entry into the Jewish Bible, Minneapolis, Winston Press, 1985. voir sur Amazon
- Art. « har », Theological Dictionary of the Old Testament, vol. 3, Grand Rapids, Eerdmans. voir sur Amazon
- Xavier Léon-Dufour (dir.), Vocabulaire de théologie biblique, Paris, Cerf, art. « Montagne ». voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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