midbār מִדְבָּר
Strong H4057 · nom masculin · désert · 271 occurrences
La steppe sans villes ni cultures où l'on mène paître les troupeaux. Lieu du dénuement et de l'épreuve, c'est aussi, pour Israël, le lieu où Dieu a conduit, nourri et instruit son peuple entre l'Égypte et la terre promise.
Racine et étymologie
Le mot est formé avec le préfixe m-, qui sert en hébreu à désigner un lieu, sur une racine d-b-r. Les lexiques le rattachent en général à un sens ancien de cette racine, « conduire, mener » les troupeaux, attesté en araméen et en arabe : le midbār serait d'abord le terrain où l'on pousse le bétail, la pâture ouverte au-delà des terres cultivées. Cette étymologie reste discutée, mais elle s'accorde bien avec l'usage : Moïse fait paître le troupeau de Jéthro « derrière le désert » (Ex 3.1), et les prophètes annoncent que « les plaines du désert reverdiront » (Jl 2.22).
Le midbār biblique n'est donc pas forcément une mer de sable. C'est une steppe semi-aride, avec des puits, des broussailles et quelques pâturages au printemps, mais sans villes ni champs. Ce qui le définit, c'est l'absence d'établissement humain : on y passe, on y fait paître, on s'y cache, on n'y habite pas durablement. Le français « désert » garde cette idée de lieu « déserté », plus qu'un paysage de dunes.
L'hébreu possède des synonymes qui accompagnent souvent midbār en parallèle poétique : ʿărābâ, la steppe (d'où la vallée de l'Araba), ṣiyyâ, la terre sèche, yešîmôn, la solitude désolée. Enfin, un homonyme rare surprend : en Cantique 4.3, midbārêk signifie « ta bouche », à partir du sens de d-b-r « parler » (l'organe de la parole). C'est l'origine de la glose « mouth » dans certains lexiques ; ce sens est isolé et n'a rien à voir avec le désert.
Sens et emplois
La steppe, terre sans habitants
Le sens géographique de base : un espace inhabité, à l'écart des routes et des villes, où l'on peut trouver une source mais pas de refuge. Agar, chassée, y est rejointe par l'ange de l'Éternel.
« L'ange de l'Éternel la trouva près d'une source d'eau dans le désert, »Gn 16.7, Segond 1910
Le désert de l'Exode, temps de la marche
Le plus souvent, midbār désigne la région traversée par Israël entre l'Égypte et Canaan. Le livre des Nombres, dont le titre hébreu est Bemidbar, « Dans le désert », en tire son nom.
« L'Éternel parla à Moïse dans le désert de Sinaï, »Nb 1.1, Segond 1910
Le lieu de l'épreuve et de la révolte
Le désert met à nu le cœur. Les quarante années y sont relues comme un temps où Dieu éprouve son peuple, et où le peuple murmure et tente Dieu.
« Souviens-toi de tout le chemin que l'Éternel, ton Dieu, t'a fait faire pendant ces quarante années dans le désert, afin de t'humilier et de t'éprouver, »Dt 8.2, Segond 1910
Le lieu des premières amours
Pour certains prophètes, le désert est le temps des fiançailles entre Dieu et Israël, avant les compromissions de la vie installée. Dieu promet même d'y ramener son peuple pour lui parler à nouveau.
« C'est pourquoi voici, je veux l'attirer et la conduire au désert, et je parlerai à son cœur. »Os 2.14, Segond 1910
Le désert transformé, signe du salut
Dans la prophétie de l'exil, le désert devient le décor d'un nouvel exode : Dieu y trace un chemin et le fait fleurir. La terre morte devient le lieu où éclate la nouveauté de Dieu.
« Le désert et le pays aride se réjouiront; La solitude s'égaiera, et fleurira comme un narcisse; »És 35.1, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante rend midbār très régulièrement par ἔρημος, adjectif « désert, abandonné », employé aussi comme nom féminin, « la solitude ». Le grec insiste sur l'idée de vide et d'abandon, quand l'hébreu pensait plutôt à la pâture lointaine ; mais le mot grec porte toute la mémoire de l'Exode dans le Nouveau Testament.
C'est au désert que paraît Jean-Baptiste, accomplissant Ésaïe 40.3 ; c'est au désert que l'Esprit conduit Jésus pour quarante jours de tentation, en écho direct aux quarante années d'Israël ; c'est par trois citations du Deutéronome, livre du désert, que Jésus répond au diable. Jean 6 oppose la manne mangée au désert au pain de vie, et Paul (1 Co 10) comme l'Épître aux Hébreux (Hé 3) font du désert un avertissement pour l'Église. L'Apocalypse, enfin, montre la femme poursuivie par le dragon trouvant au désert un lieu préparé par Dieu.
Le débat
La Bible fait-elle du désert un idéal religieux, ou seulement un passage douloureux vers la terre promise ?
- L'idéal nomade (Karl Budde, 1895) : Les prophètes, Osée et Jérémie en tête, auraient idéalisé la vie nomade du désert contre la civilisation agricole de Canaan et ses cultes. Argument : Jr 2.2 et Os 2.14 présentent le désert comme le temps de la fidélité, et les Récabites refusent maisons et vignes (Jr 35).
- Un motif de transition (Shemaryahu Talmon, 1966) : La Bible ne célèbre pas le désert pour lui-même : il est un lieu de passage, de châtiment et de purification, jamais un but. Même chez Osée, le retour au désert prépare l'entrée renouvelée dans la terre. Argument : la promesse vise toujours un pays où habiter.
- Deux mémoires coexistantes (lecture canonique) : Le canon garde côte à côte une mémoire positive (Dt 32.10, Jr 2.2) et une mémoire sombre (Ps 95, Éz 20). Le désert est à la fois le lieu de la grâce reçue et celui de l'infidélité, et c'est cette tension qui en fait un enseignement.
Talmon a montré que l'idéal nomade est surestimé : le désert reste un lieu où l'on ne s'installe pas. Mais Budde avait bien vu que certains prophètes y voient le temps d'une relation plus pure. Le désert est moins un idéal qu'une école : Dieu y dépouille son peuple pour qu'il apprenne à dépendre de lui.
Portée théologique
Le désert est le lieu où Israël n'a rien, et où il découvre qu'il a tout reçu. Pas de champs, pas de villes, pas de sécurité : seulement la manne quotidienne, l'eau du rocher et la nuée qui guide. Le Deutéronome tire la leçon : Dieu a humilié son peuple pour lui apprendre que « l'homme ne vit pas de pain seulement ». C'est au désert aussi que la Loi est donnée et que la tente de la rencontre est dressée : la relation avec Dieu se construit avant la possession du pays.
Les prophètes font du désert un lieu de renouvellement. Osée imagine Dieu ramenant son épouse infidèle au désert pour lui parler au cœur ; le second Ésaïe annonce un chemin tracé dans la steppe pour le retour des exilés. Jésus reprend tout ce parcours : quarante jours au désert, où il réussit là où Israël avait échoué, en se nourrissant de la parole de Dieu.
Pour la vie chrétienne, le désert désigne ces temps de dépouillement que nul ne choisit, mais où Dieu reste présent. La tradition monastique l'a compris en allant chercher la solitude ; la prédication peut rappeler que le désert n'est pas un abandon, mais un chemin conduit.
Chaîne : Le chemin du désert
- Gn 16.7 Agar près de la source : « L'ange de l'Éternel la trouva près d'une source d'eau dans le désert, près de la source qui est sur le chemin de Schur. »
- Ex 3.1 Moïse au-delà du désert : « Moïse faisait paître le troupeau de Jéthro, son beau-père, sacrificateur de Madian; et il mena le troupeau derrière le désert, et vint à la montagne de Dieu, à Horeb. »
- Ex 16.32 La manne conservée : « Moïse dit: Voici ce que l'Éternel a ordonné: Qu'un omer rempli de manne soit conservé pour vos descendants, afin qu'ils voient le pain que je vous ai fait manger dans le désert, après vous avoir fait sortir du pays d'Égypte. »
- Nb 14.33 Quarante années : « et vos enfants paîtront quarante années dans le désert, et porteront la peine de vos infidélités, jusqu'à ce que vos cadavres soient tous tombés dans le désert. »
- Dt 8.2 Le temps de l'épreuve : « Souviens-toi de tout le chemin que l'Éternel, ton Dieu, t'a fait faire pendant ces quarante années dans le désert, afin de t'humilier et de t'éprouver, pour savoir quelles étaient les dispositions de ton cœur et si tu garderais ou non ses commandements. »
- Ps 95.8 Massa et Meriba : « N'endurcissez pas votre cœur, comme à Meriba, Comme à la journée de Massa, dans le désert, »
- És 40.3 Un chemin pour notre Dieu : « Une voix crie: Préparez au désert le chemin de l'Éternel, Aplanissez dans les lieux arides Une route pour notre Dieu. »
- Jr 2.2 Les fiançailles au désert : « Va, et crie aux oreilles de Jérusalem: Ainsi parle l'Éternel: Je me souviens de ton amour lorsque tu étais jeune, De ton affection lorsque tu étais fiancée, Quand tu me suivais au désert, Dans une terre inculte. »
- Os 2.14 Parler à son cœur : « C'est pourquoi voici, je veux l'attirer et la conduire au désert, et je parlerai à son cœur. »
- Mt 4.1 Jésus tenté au désert : « Alors Jésus fut emmené par l'Esprit dans le désert, pour être tenté par le diable. »
- Jn 6.49 La manne et le pain de vie : « Vos pères ont mangé la manne dans le désert, et ils sont morts. »
- Ap 12.6 Le refuge de la femme : « Et la femme s'enfuit dans le désert, où elle avait un lieu préparé par Dieu, afin qu'elle y fût nourrie pendant mille deux cent soixante jours. »
Mots apparentés
- ʾereṣ אֶרֶץ : terre, pays
- derek דֶּרֶךְ : chemin, voie, conduite
- har הַר : montagne, mont, région montagneuse
- ʾōhel אֹהֶל : tente
- ṣōʾn צֹאן : petit bétail, troupeau
Autres mots du thème « Salut et rédemption »
- yᵉšûʿâ : salut, délivrance
- gāʾal : racheter, agir en proche parent
- pādâ : racheter, libérer contre un prix
- kipper : faire l'expiation, purifier, apaiser
- sōtēria : salut, délivrance, préservation
- apolytrōsis : rédemption, libération
- hilastērion : propitiatoire, moyen d'expiation
- dikaioō : justifier, déclarer juste, donner raison
Anecdotes pour prêcher ce mot
- De la pluie qui monte de la terre : le puits de John G. Paton à Aniwa (John G. Paton, vers 1867)
- Déposer ses péchés sur un autre : la Pâque de Charles Simeon (Charles Simeon, 4 avril 1779)
- « Les défaillances du ministre » : Spurgeon et la dépression (Charles Spurgeon, années 1870)
Bibliographie
- Francis Brown, S. R. Driver et Charles A. Briggs, A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament (BDB), Oxford, Clarendon Press, 1906. voir sur Amazon
- Ludwig Koehler et Walter Baumgartner, The Hebrew and Aramaic Lexicon of the Old Testament (HALOT), Leyde, Brill, 1994-2000. voir sur Amazon
- Shemaryahu Talmon, « The "Desert Motif" in the Bible and in Qumran Literature », dans Alexander Altmann (éd.), Biblical Motifs, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 1966. voir sur Amazon
- Ulrich Mauser, Christ in the Wilderness, Londres, SCM Press, 1963. voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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