ṣōʾn צֹאן
Strong H6629 · nom collectif · petit bétail, troupeau · 274 occurrences
Le petit bétail, moutons et chèvres ensemble, considéré comme un troupeau. Richesse des patriarches et matière des sacrifices, le mot devient l'image du peuple de Dieu, conduit par un berger ou dispersé faute de berger.
Racine et étymologie
Le mot ṣōʾn est un nom collectif : il ne désigne pas un animal isolé, mais l'ensemble du petit bétail, ovins et caprins mêlés, comme ils l'étaient dans les troupeaux du Proche-Orient ancien. Pour une bête particulière, l'hébreu emploie śeh (H7716), « un agneau, un chevreau ». Le collectif se construit selon les cas avec un verbe au singulier ou au pluriel. On rapproche le mot de termes semblables en akkadien et en araméen, mais son origine précise n'est pas établie avec certitude.
Le terme s'oppose régulièrement à bāqār, le gros bétail (bœufs et vaches) : « brebis et bœufs » forment ensemble la richesse d'un homme. Le berger se dit rōʿeh, participe du verbe rāʿâ, « faire paître ». Ces mots appartiennent au monde quotidien d'Israël, peuple d'éleveurs semi-nomades avant d'être un peuple de cultivateurs.
C'est précisément cette familiarité qui fait la force de l'image. Chacun savait qu'un troupeau sans berger s'égare, que les bêtes faibles doivent être portées, que le berger marche devant et connaît son troupeau. Quand les prophètes et les psalmistes appellent Israël « le troupeau de son pâturage », ils parlent une langue que tout le monde comprend.
Sens et emplois
Le petit bétail, richesse et métier
Le sens propre : moutons et chèvres que l'on élève. Dès les premières pages de la Bible, le soin du troupeau est un métier distinct de la culture du sol.
« Abel fut berger, et Caïn fut laboureur. »Gn 4.2, Segond 1910
Le troupeau qu'on fait paître
Les grandes figures de l'Ancien Testament gardent des troupeaux : Jacob, Moïse, David. C'est en gardant les bêtes de Jéthro que Moïse rencontre Dieu à l'Horeb.
« Moïse faisait paître le troupeau de Jéthro, son beau-père, »Ex 3.1, Segond 1910
La matière du sacrifice
Le petit bétail fournit l'essentiel des offrandes : holocaustes, sacrifices de communion, agneau pascal. La Loi exige un animal sans défaut.
« Si son offrande est un holocauste de menu bétail, d'agneaux ou de chèvres, il offrira un mâle sans défaut. »Lv 1.10, Segond 1910
Le peuple sans berger
Comparé à des brebis, le peuple apparaît vulnérable et dépendant de ses chefs. L'expression « brebis sans berger » décrit un peuple livré à lui-même.
« Je vois tout Israël dispersé sur les montagnes, comme des brebis qui n'ont point de berger; »1 R 22.17, Segond 1910
Le troupeau de Dieu
Dans le culte, Israël se reconnaît comme le troupeau que Dieu possède et conduit. La métaphore exprime appartenance et confiance.
« Nous sommes son peuple, et le troupeau de son pâturage. »Ps 100.3, Segond 1910
Les brebis égarées
L'image dit aussi l'errance du péché. Le chant du Serviteur souffrant confesse que tous se sont égarés comme des brebis.
« Nous étions tous errants comme des brebis, Chacun suivait sa propre voie; »És 53.6, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante traduit ṣōʾn surtout par πρόβατα, « brebis, moutons », et parfois par ποίμνιον, « troupeau ». Le collectif hébreu, qui mêlait moutons et chèvres, se trouve ainsi un peu restreint en grec aux seuls moutons.
Ce vocabulaire passe directement dans le Nouveau Testament. Jésus voit les foules « comme des brebis qui n'ont point de berger » (Mt 9.36), reprenant Nombres 27.17 et 1 Rois 22.17. Il cite Zacharie 13.7, « je frapperai le berger, et les brebis seront dispersées » (Mt 26.31), et se présente comme « le bon berger » qui donne sa vie pour les brebis (Jn 10.11), sur l'arrière-plan d'Ézéchiel 34. La « porte des brebis » de Jérusalem (Né 3.1) reparaît en Jean 5.2.
Le débat
En Ézéchiel 34, qui est le berger promis au troupeau : Dieu lui-même, ou un roi descendant de David ?
- Dieu seul berger (lecture centrée sur Éz 34.11-16) : Après la faillite des pasteurs d'Israël, Dieu annonce : « je prendrai soin de mes brebis ». C'est lui qui cherche, rassemble et soigne. Argument : la promesse vise d'abord à retirer le troupeau aux mauvais chefs humains.
- Le berger davidique (lecture messianique juive et chrétienne) : Le même chapitre annonce : « J'établirai sur elles un seul pasteur… mon serviteur David » (Éz 34.23). La promesse concerne un roi futur de la lignée de David. Argument : la suite du livre (Éz 37.24) confirme cette figure royale.
Le texte réunit les deux affirmations sans les opposer : Dieu est le berger, et il exerce son soin par un berger davidique. Le Nouveau Testament y voit la clé de Jean 10 : en Jésus, le berger royal promis et Dieu qui cherche ses brebis se rejoignent.
Portée théologique
Le mot ṣōʾn relie deux réalités qu'on pourrait croire éloignées : le culte et le soin pastoral. Le troupeau fournit les offrandes, de l'agneau d'Abel à l'agneau pascal ; il fournit aussi l'image du peuple que Dieu conduit. Le Nouveau Testament réunit ces deux lignes en Jésus, à la fois l'agneau offert et le berger qui donne sa vie pour ses brebis.
L'image est d'abord une critique des responsables. Ézéchiel accuse les pasteurs « qui se paissaient eux-mêmes » (Éz 34.2) et Jérémie maudit ceux qui « dispersent le troupeau » (Jr 23.1). Dans la Bible, le pouvoir est jugé à l'aune du soin des faibles. Même David pécheur le comprend : « ces brebis, qu'ont-elles fait ? » (2 S 24.17).
Pour la prédication, l'image dit enfin la confiance. Être « le troupeau de son pâturage » (Ps 95.7), c'est appartenir à quelqu'un qui connaît chacun, cherche celle qui est perdue et rassemble celles qui sont dispersées. La parabole de la brebis perdue (Lc 15.4) n'invente rien : elle donne un visage à la promesse d'Ézéchiel.
Chaîne : Le troupeau et son berger
- Gn 4.4 L'offrande d'Abel : « et Abel, de son côté, en fit une des premiers-nés de son troupeau et de leur graisse. L'Éternel porta un regard favorable sur Abel et sur son offrande; »
- Ex 3.1 Moïse berger à l'Horeb : « Moïse faisait paître le troupeau de Jéthro, son beau-père, sacrificateur de Madian; et il mena le troupeau derrière le désert, et vint à la montagne de Dieu, à Horeb. »
- Nb 27.17 Pas de brebis sans berger : « qui sorte devant eux et qui entre devant eux, qui les fasse sortir et qui les fasse entrer, afin que l'assemblée de l'Éternel ne soit pas comme des brebis qui n'ont point de berger. »
- 1 S 16.11 David auprès des brebis : « Puis Samuel dit à Isaï: Sont-ce là tous tes fils? Et il répondit: Il reste encore le plus jeune, mais il fait paître les brebis. Alors Samuel dit à Isaï: Envoie-le chercher, car nous ne nous placerons pas avant qu'il ne soit venu ici. »
- Ps 100.3 Le troupeau de son pâturage : « Sachez que l'Éternel est Dieu! C'est lui qui nous a faits, et nous lui appartenons; Nous sommes son peuple, et le troupeau de son pâturage. »
- És 53.6 Tous errants comme des brebis : « Nous étions tous errants comme des brebis, Chacun suivait sa propre voie; Et l'Éternel a fait retomber sur lui l'iniquité de nous tous. »
- Éz 34.12 Dieu recherche ses brebis : « Comme un pasteur inspecte son troupeau quand il est au milieu de ses brebis éparses, ainsi je ferai la revue de mes brebis, et je les recueillerai de tous les lieux où elles ont été dispersées au jour des nuages et de l'obscurité. »
- Za 13.7 Frappe le pasteur : « Epée, lève-toi sur mon pasteur Et sur l'homme qui est mon compagnon! Dit l'Éternel des armées. Frappe le pasteur, et que les brebis se dispersent! Et je tournerai ma main vers les faibles. »
- Mt 9.36 Les foules sans berger : « Voyant la foule, il fut ému de compassion pour elle, parce qu'elle était languissante et abattue, comme des brebis qui n'ont point de berger. »
- Jn 10.11 Le bon berger : « Je suis le bon berger. Le bon berger donne sa vie pour ses brebis. »
- 1 P 2.25 Revenus au pasteur des âmes : « Car vous étiez comme des brebis errantes. Mais maintenant vous êtes retournés vers le pasteur et le gardien de vos âmes. »
Mots apparentés
- ʿam עַם : peuple
- ʿōlâ עֹלָה : holocauste, offrande qui monte
- qorbān קׇרְבָּן : offrande, ce qu'on apporte à Dieu
- midbār מִדְבָּר : désert
Autres mots du thème « Culte et sainteté »
- qōdeš : sainteté, chose sainte, sanctuaire
- mizbēaḥ : autel
- kōhēn : prêtre, sacrificateur
- šabbāt : sabbat, jour de repos
- hālal : louer, célébrer ; se glorifier
- hagios : saint ; au pluriel, les saints
- naos : sanctuaire, temple (demeure de Dieu)
- proskuneō : se prosterner, adorer
Anecdotes pour prêcher ce mot
- Déposer ses péchés sur un autre : la Pâque de Charles Simeon (Charles Simeon, 4 avril 1779)
- Rembrandt s'est peint parmi ceux qui dressent la croix (Rembrandt van Rijn, vers 1633)
- Rendre grâce au milieu de la peste : Martin Rinkart à Eilenburg (Martin Rinkart, 1637)
- Une main peinte sur le rocher : la mort d'Allen Gardiner (Allen Gardiner, septembre 1851)
- « Nous avons oublié Dieu » : Lincoln proclame un jour de jeûne national (Abraham Lincoln, 30 mars 1863)
Bibliographie
- Francis Brown, S. R. Driver, Charles A. Briggs, A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament, Oxford, Clarendon Press, 1907. voir sur Amazon
- Ludwig Koehler, Walter Baumgartner, The Hebrew and Aramaic Lexicon of the Old Testament (HALOT), Leyde, Brill, 1994-2000. voir sur Amazon
- Roland de Vaux, Les Institutions de l'Ancien Testament, 2 vol., Paris, Cerf, 1958-1960. voir sur Amazon
- Joachim Jeremias, art. « ποιμήν », Theological Dictionary of the New Testament, vol. 6. voir sur Amazon
- Walther Zimmerli, Ezechiel, Biblischer Kommentar Altes Testament XIII, Neukirchen, Neukirchener Verlag, 1969. voir sur Amazon
- Xavier Léon-Dufour (dir.), Vocabulaire de théologie biblique, Paris, Cerf, art. « Pasteur et troupeau ». voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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