ʾōhel אֹהֶל

Strong H168 · nom masculin · tente · 339 occurrences

L'habitation des nomades, faite de tissu de poil de chèvre tendu sur des pieux. Le mot désigne la demeure des patriarches, puis la « tente d'assignation » où Dieu rencontre Moïse, et devient une image de la vie fragile et de la présence de Dieu qui accompagne son peuple en marche.

Racine et étymologie

Le nom ʾōhel a des équivalents dans plusieurs langues sémitiques : l'ougaritique ʾahl et l'arabe ʾahl. En arabe, ce dernier mot a glissé du sens d'habitation vers celui de « famille, gens de la maison », un développement que l'hébreu connaît aussi, puisque « tes tentes » peut désigner les familles d'Israël (Nb 24.5) et que « À tes tentes, Israël ! » signifie « Rentrez chez vous ! » (1 R 12.16).

Un verbe dénominatif rare, ʾāhal (H166), signifie « dresser sa tente » ou « se déplacer avec ses tentes » : il est employé pour Lot qui s'installe jusqu'à Sodome (Gn 13.12). La racine est aussi présente dans des noms propres : Oholiab, l'artisan du tabernacle, « la tente du père » ; Ohola et Oholiba, noms symboliques de Samarie et Jérusalem chez Ézéchiel (Éz 23.4), où le mot évoque peut-être les sanctuaires.

La tente nomade était tissée de poil de chèvre noir, tendue par des cordages fixés à des pieux, et divisée en espaces pour les hommes et les femmes. Le vocabulaire biblique de la tente (pieux, cordages, couvertures) sert souvent d'image : élargir sa tente, c'est espérer une famille nombreuse ; voir ses cordages rompus, c'est vivre la ruine.

Sens et emplois

  1. L'habitation des nomades

    Le sens premier : la demeure mobile des éleveurs. La Genèse fait remonter ce mode de vie à Jabal, ancêtre des pasteurs.

    « il fut le père de ceux qui habitent sous des tentes et près des troupeaux. »Gn 4.20, Segond 1910
  2. Le lieu de l'hospitalité

    L'entrée de la tente est le lieu où l'on accueille l'hôte. C'est là qu'Abraham reçoit la visite de l'Éternel à Mamré.

    « L'Éternel lui apparut parmi les chênes de Mamré, comme il était assis à l'entrée de sa tente, pendant la chaleur du jour. »Gn 18.1, Segond 1910
  3. La tente d'assignation

    L'expression ʾōhel môʿēd, « tente de la rencontre », désigne le sanctuaire mobile où Dieu se rend présent à Moïse et au peuple.

    « Alors la nuée couvrit la tente d'assignation, et la gloire de l'Éternel remplit le tabernacle. »Ex 40.34, Segond 1910
  4. La demeure de Dieu, lieu de refuge

    Dans les Psaumes, la tente de Dieu devient l'image de la communion avec lui et de la protection qu'il accorde.

    « Je voudrais séjourner éternellement dans ta tente, Me réfugier à l'abri de tes ailes. »Ps 61.5, Segond 1910
  5. Image du peuple et de son avenir

    Les prophètes emploient la tente pour parler de Jérusalem, détruite ou restaurée. Ésaïe invite Sion stérile à préparer une tente plus grande.

    « Elargis l'espace de ta tente; Qu'on déploie les couvertures de ta demeure: »És 54.2, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La Septante traduit ʾōhel presque toujours par σκηνή (G4633), « tente, abri », et l'expression « tente d'assignation » par ἡ σκηνὴ τοῦ μαρτυρίου, « la tente du témoignage ». Le même mot grec rend aussi miškān (H4908), la « demeure », si bien que la distinction hébraïque entre la tente et le tabernacle s'estompe en grec. D'où, dans nos traductions, l'usage de « tabernacle », emprunté au latin tabernaculum, qui signifie lui-même « tente ».

Le Nouveau Testament exploite largement ce vocabulaire. L'épître aux Hébreux oppose la tente dressée par Moïse au « véritable tabernacle, qui a été dressé par le Seigneur » (Hé 8.2) et rappelle qu'Abraham vivait « sous des tentes » en étranger (Hé 11.9). Jean emploie le verbe dérivé σκηνόω, « dresser sa tente », pour l'incarnation : la Parole « a habité parmi nous » (Jn 1.14). Paul compare le corps mortel à une tente (2 Co 5.1), et l'Apocalypse annonce : « Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes » (Ap 21.3).

Le débat

La « tente d'assignation » dressée hors du camp (Ex 33.7) et le tabernacle placé au centre du camp (Nb 2.2) sont-ils une seule et même institution ?

Le texte biblique présente lui-même deux images : une tente à l'écart, lieu de la parole, et un sanctuaire au centre, lieu de la gloire et du culte. Quelle que soit leur histoire, la lecture finale les unit : le Dieu qui parle à Moïse comme à un ami est le même qui remplit le tabernacle de sa gloire et marche au milieu de son peuple.

Portée théologique

La tente dit d'abord la condition humaine : Abraham, Isaac et Jacob vivent sous des tentes dans une terre promise qui ne leur appartient pas encore. La tente est l'habitat de ceux qui sont en marche et attendent. Mais elle dit aussi quelque chose de Dieu. Quand David veut lui bâtir une maison, Dieu répond qu'il a voyagé « sous une tente » avec son peuple depuis l'Égypte : il a choisi de partager la condition mobile et fragile d'Israël.

Le Nouveau Testament pousse cette logique jusqu'à son terme. En Jésus, la Parole « dresse sa tente » parmi les hommes, et la gloire qui remplissait la tente d'assignation se laisse contempler dans un visage humain. Pour la prédication, la tente est une image d'espérance : notre corps est une tente qui se défait, mais Dieu promet une demeure éternelle, et l'histoire s'achève quand Dieu lui-même habite avec les hommes.

Chaîne : La tente, demeure de l'homme et de Dieu

  1. Gn 4.20 Le père des pasteurs : « Ada enfanta Jabal: il fut le père de ceux qui habitent sous des tentes et près des troupeaux. »
  2. Gn 18.1 L'hospitalité de Mamré : « L'Éternel lui apparut parmi les chênes de Mamré, comme il était assis à l'entrée de sa tente, pendant la chaleur du jour. »
  3. Ex 33.7 La tente hors du camp : « Moïse prit la tente et la dressa hors du camp, à quelque distance; il l'appela tente d'assignation; et tous ceux qui consultaient l'Éternel allaient vers la tente d'assignation, qui était hors du camp. »
  4. Ex 40.34 La gloire remplit la tente : « Alors la nuée couvrit la tente d'assignation, et la gloire de l'Éternel remplit le tabernacle. »
  5. Nb 24.5 Les belles tentes de Jacob : « Qu'elles sont belles, tes tentes, ô Jacob! Tes demeures, ô Israël! »
  6. 2 S 7.6 Dieu voyageait sous une tente : « Mais je n'ai point habité dans une maison depuis le jour où j'ai fait monter les enfants d'Israël hors d'Égypte jusqu'à ce jour; j'ai voyagé sous une tente et dans un tabernacle. »
  7. Ps 15.1 Qui séjournera dans ta tente ? : « Psaume de David. Ô Éternel! qui séjournera dans ta tente? Qui demeurera sur ta montagne sainte? - »
  8. És 54.2 Élargis ta tente : « Elargis l'espace de ta tente; Qu'on déploie les couvertures de ta demeure: Ne retiens pas! Allonge tes cordages, Et affermis tes pieux! »
  9. Jn 1.14 La Parole a habité parmi nous : « Et la parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité; et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme la gloire du Fils unique venu du Père. »
  10. 2 Co 5.1 La tente du corps : « Nous savons, en effet, que, si cette tente où nous habitons sur la terre est détruite, nous avons dans le ciel un édifice qui est l'ouvrage de Dieu, une demeure éternelle qui n'a pas été faite de main d'homme. »
  11. Hé 11.9 Abraham sous des tentes : « C'est par la foi qu'il vint s'établir dans la terre promise comme dans une terre étrangère, habitant sous des tentes, ainsi qu'Isaac et Jacob, les cohéritiers de la même promesse. »
  12. Ap 21.3 Le tabernacle de Dieu avec les hommes : « Et j'entendis du trône une forte voix qui disait: Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes! Il habitera avec eux, et ils seront son peuple, et Dieu lui-même sera avec eux. »

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Bibliographie

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