nāṭâ נָטָה
Strong H5186 · verbe · étendre, incliner · 212 occurrences
Étendre ou déployer (la main, une tente, les cieux), et aussi pencher, incliner (l'oreille, le cœur), ou détourner (le droit, le chemin). Un seul geste dit la puissance du Créateur, l'attention de Dieu qui se penche et le danger de dévier.
Racine et étymologie
La racine n-ṭ-h exprime un mouvement qui écarte quelque chose de la verticale ou de son axe : étendre en longueur, déployer en largeur, faire pencher. Au thème simple (qal), on « étend » la main ou le bras, on « dresse » une tente en tendant sa toile, on « se détourne » d'un chemin. Au hifil, causatif, on « fait pencher » : incliner l'oreille, le cœur, ou faire dévier quelqu'un.
Le participe passif neṭûyâ, « étendu », forme l'expression célèbre « à bras étendu » (bizrôaʿ neṭûyâ), presque toujours couplée avec « à main forte » pour décrire l'exode. C'est une formule fixe, surtout dans le Deutéronome, Jérémie et Ézéchiel.
Plusieurs noms dérivent de la racine : maṭṭeh, « bâton, tribu », c'est-à-dire ce que l'on tend devant soi, et miṭṭâ, « lit », la couche où l'on s'étend. Le mot muṭṭeh, « perversion du droit » (Éz 9.9), garde le sens négatif : le droit « incliné » n'est plus droit. Ainsi la même racine décrit le geste créateur, le repos, l'autorité du bâton et la corruption de la justice.
Sens et emplois
Dresser une tente
Tendre la toile sur ses piquets : le geste quotidien du nomade. Abram « dresse » sa tente près de Béthel avant d'y bâtir un autel.
« et il dressa ses tentes, ayant Béthel à l'occident et Aï à l'orient. »Gn 12.8, Segond 1910
Étendre la main ou le bras
Geste d'autorité et de puissance, celui de Moïse sur la mer, et surtout celui de Dieu qui libère son peuple « à bras étendu ».
« Moïse étendit sa main sur la mer. »Ex 14.21, Segond 1910
Déployer les cieux
Les prophètes et les Psaumes décrivent la création comme un déploiement : Dieu tend les cieux comme on tend une tente pour y habiter.
« Il étend les cieux comme une étoffe légère, Il les déploie comme une tente, pour en faire sa demeure. »És 40.22, Segond 1910
Incliner l'oreille ou le cœur
Se pencher pour écouter, ou orienter sa volonté. Dieu incline son oreille vers celui qui prie ; le croyant demande que son cœur soit incliné vers la loi.
« Car il a penché son oreille vers moi; »Ps 116.2, Segond 1910
Faire dévier le droit
Au sens moral, « incliner » le droit, c'est le fausser au détriment du faible. La loi l'interdit et les prophètes le dénoncent.
« Tu ne porteras point atteinte au droit du pauvre dans son procès. »Ex 23.6, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante ne dispose pas d'un équivalent unique pour un verbe aussi polyvalent. Elle emploie ἐκτείνω, « étendre », pour la main et le bras, κλίνω, « incliner, pencher », pour l'oreille et le cœur, ἐκκλίνω, « se détourner », pour les chemins et le droit, et πήγνυμι, « planter, fixer », pour la tente. L'unité du geste hébreu se disperse en grec selon les contextes.
Le Nouveau Testament reprend surtout la première image. Le cantique de Marie célèbre le Dieu qui « a déployé la force de son bras » (Lc 1.51), et la prière des apôtres demande que Dieu « étende sa main » pour guérir (Ac 4.30). La formule « à bras étendu » est passée dans le latin brachio extento de la Vulgate, puis dans la langue liturgique.
Le débat
D'où vient l'image du « bras étendu » de Dieu dans les récits de l'exode ?
- Une réplique à l'idéologie royale égyptienne (études comparées d'iconographie) : Les inscriptions et reliefs égyptiens montrent Pharaon le bras levé, frappant ses ennemis, et célèbrent son « bras puissant ». La Bible reprendrait ce langage pour affirmer que c'est le bras de l'Éternel, non celui de Pharaon, qui domine. L'ouvrage d'Othmar Keel sur la symbolique des images du Proche-Orient ancien (1972) a rendu ce dossier accessible.
- Une formule liturgique d'Israël (critique des formes) : L'expression fixe « à main forte et à bras étendu » serait née dans la confession de foi et le culte, où l'on récitait l'exode (Dt 26.8). Son origine importe moins que sa fonction : rappeler, de génération en génération, l'acte fondateur de Dieu.
- Une image tirée de la création (lecture théologique) : Jérémie et le second Isaïe emploient le même verbe pour Dieu qui « étend » les cieux et pour son « bras étendu ». Le libérateur de l'exode est le Créateur : la puissance qui a déployé le monde est celle qui délivre.
Les trois approches se complètent. L'arrière-plan égyptien rend le langage polémique très vraisemblable dans un récit dirigé contre Pharaon ; la répétition liturgique explique la fixité de la formule ; et les prophètes de l'exil en tirent la conséquence théologique en reliant exode et création (Jr 32.17).
Portée théologique
Le verbe nāṭâ réunit deux mouvements de Dieu que l'on pourrait croire opposés. D'un côté, le geste souverain : il étend les cieux comme une tente, il délivre son peuple à bras étendu, il étend sa main en jugement (És 5.25). De l'autre, le geste d'attention : il penche son oreille vers celui qui crie (Ps 116.2) et s'incline vers lui (Ps 40.2). Le Dieu qui déploie l'univers est aussi celui qui se baisse pour écouter.
L'image de la tente est particulièrement parlante. Abram dresse sa tente près de l'autel ; Dieu déploie les cieux comme une tente « pour en faire sa demeure ». La création est pensée comme un lieu habité, préparé pour une présence, ce que reprendra la tente de la rencontre au désert.
Enfin, le verbe a une portée éthique. Ce qui peut être incliné peut aussi dévier : le cœur vers le gain, les pas vers le mal, le juge vers le puissant. La prière « incline mon cœur vers tes préceptes » (Ps 119.36) reconnaît que la droiture n'est pas naturelle et qu'elle se reçoit. À l'opposé, fausser le droit du pauvre, c'est incliner la balance contre celui que Dieu défend.
Chaîne : Le bras étendu et l'oreille penchée
- Gn 12.8 La tente d'Abram : « Il se transporta de là vers la montagne, à l'orient de Béthel, et il dressa ses tentes, ayant Béthel à l'occident et Aï à l'orient. Il bâtit encore là un autel à l'Éternel, et il invoqua le nom de l'Éternel. »
- Gn 39.21 La bonté étendue sur Joseph : « L'Éternel fut avec Joseph, et il étendit sur lui sa bonté. Il le mit en faveur aux yeux du chef de la prison. »
- Ex 6.6 La promesse du bras étendu : « C'est pourquoi dis aux enfants d'Israël: Je suis l'Éternel, je vous affranchirai des travaux dont vous chargent les Égyptiens, je vous délivrerai de leur servitude, et je vous sauverai à bras étendu et par de grands jugements. »
- Ex 14.21 La main sur la mer : « Moïse étendit sa main sur la mer. Et l'Éternel refoula la mer par un vent d'orient, qui souffla avec impétuosité toute la nuit; il mit la mer à sec, et les eaux se fendirent. »
- Dt 5.15 Mémoire de l'exode et sabbat : « Tu te souviendras que tu as été esclave au pays d'Égypte, et que l'Éternel, ton Dieu, t'en a fait sortir à main forte et à bras étendu: c'est pourquoi l'Éternel, ton Dieu, t'a ordonné d'observer le jour du repos. »
- 2 S 22.10 Il abaissa les cieux : « Il abaissa les cieux, et il descendit: Il y avait une épaisse nuée sous ses pieds. »
- Ps 31.3 Incline vers moi ton oreille : « Incline vers moi ton oreille, hâte-toi de me secourir! Sois pour moi un rocher protecteur, une forteresse, Où je trouve mon salut! »
- Ps 104.2 Les cieux comme un pavillon : « Il s'enveloppe de lumière comme d'un manteau; Il étend les cieux comme un pavillon. »
- Ps 119.36 Incline mon cœur : « Incline mon cœur vers tes préceptes, Et non vers le gain! »
- És 40.22 Les cieux déployés comme une tente : « C'est lui qui est assis au-dessus du cercle de la terre, Et ceux qui l'habitent sont comme des sauterelles; Il étend les cieux comme une étoffe légère, Il les déploie comme une tente, pour en faire sa demeure. »
- Jr 32.17 Le Créateur au bras étendu : « Ah! Seigneur Éternel, Voici, tu as fait les cieux et la terre Par ta grande puissance et par ton bras étendu: Rien n'est étonnant de ta part. »
- Lc 1.51 La force de son bras : « Il a déployé la force de son bras; Il a dispersé ceux qui avaient dans le cœur des pensées orgueilleuses. »
Mots apparentés
- yād יָד : main, puissance
- maṭṭeh מַטֶּה : bâton, verge ; tribu
- ʾōhel אֹהֶל : tente
- šāmayim שָׁמַיִם : cieux, ciel
- mišpāṭ מִשְׁפָּט : jugement, droit
Autres mots du thème « Création, vie et gloire »
- bārāʾ : créer
- ʾereṣ : terre, pays
- ḥayyîm : vie
- bārak : bénir
- zōē : vie
- kosmos : monde, ordre, parure
- chara : joie
- doxa : gloire
Anecdotes pour prêcher ce mot
- Face à la foule de Wednesbury : John Wesley et l'émeute de 1743 (John Wesley, 20 octobre 1743)
- Le cadran solaire qui ne compte que les heures de soleil (Le cadran solaire, depuis l'Antiquité)
- Le gouverneur qui ouvrit la tour : la libération de Marie Durand (Marie Durand, 1768)
- Une nuit de désespoir à Yale : la conversion de R. A. Torrey (R. A. Torrey, vers 1875)
- « Attendez de grandes choses de Dieu » : le sermon de William Carey (William Carey, 31 mai 1792)
Bibliographie
- Francis Brown, S. R. Driver, Charles A. Briggs, A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament, Oxford, Clarendon Press, 1907. voir sur Amazon
- Ludwig Koehler, Walter Baumgartner, The Hebrew and Aramaic Lexicon of the Old Testament (HALOT), Leiden, Brill, 1994-2000. voir sur Amazon
- Othmar Keel, Die Welt der altorientalischen Bildsymbolik und das Alte Testament, Zurich / Neukirchen-Vluyn, 1972. voir sur Amazon
- Xavier Léon-Dufour (dir.), Vocabulaire de théologie biblique, Paris, Cerf. voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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