maṭṭeh מַטֶּה

Strong H4294 · nom masculin · bâton, verge ; tribu · 251 occurrences

Le bâton que l'on tient à la main : appui du berger, insigne du chef, instrument des signes de Dieu entre les mains de Moïse et d'Aaron. Par extension, le groupe placé sous l'autorité de celui qui porte le bâton : la tribu.

Racine et étymologie

Les lexiques rattachent maṭṭeh à la racine n-ṭ-h, « étendre, tendre, incliner ». Le préfixe m- forme en hébreu des noms d'instrument ou de lieu : le maṭṭeh serait littéralement « ce que l'on tend », la tige ou la branche que la main allonge devant elle. Le geste est au cœur des récits de l'Exode, où Dieu ordonne à Moïse de « lever sa verge » et « d'étendre sa main » sur la mer : le mot et le geste se répondent.

Le sens premier est très concret : un bâton de marche ou de berger, un rameau de vigne (Éz 19.11), la hampe d'une arme, et même, au figuré, le « bâton du pain », c'est-à-dire la provision qui soutient la vie (Lv 26.26). Juda laisse son bâton en gage à Tamar (Gn 38.18), parce que ce bâton personnel, comme un sceau, identifiait son propriétaire.

Le second sens, « tribu », découle du premier. Le bâton du chef de clan symbolisait son autorité, et le mot a fini par désigner le groupe tout entier qui se rangeait sous ce bâton. Le livre des Nombres joue sur les deux valeurs : chaque prince de tribu dépose son maṭṭeh, sur lequel est écrit son nom (Nb 17.2). L'hébreu possède un synonyme, šēbeṭ (H7626), qui connaît le même double sens « sceptre » et « tribu ».

Sens et emplois

  1. Bâton personnel

    L'objet de tous les jours, compagnon du voyageur et du berger. Il est si attaché à la personne qu'il peut servir de gage d'identité, comme celui que Juda remet à Tamar.

    « Ton cachet, ton cordon, et le bâton que tu as à la main. »Gn 38.18, Segond 1910
  2. Instrument des signes de Dieu

    Dans l'Exode, le simple bâton de berger de Moïse devient « la verge de Dieu » : par elle s'accomplissent les signes devant Pharaon, l'ouverture de la mer et la victoire sur Amalek. Le pouvoir ne vient pas du bois mais de celui qui l'a désigné.

    « Prends dans ta main cette verge, avec laquelle tu feras les signes. »Ex 4.17, Segond 1910
  3. Tribu

    Le sens le plus fréquent, surtout dans les Nombres et Josué : l'ensemble des clans issus d'un ancêtre commun et représentés par un chef. Le recensement et le partage du pays se font « par tribu ».

    « Il y aura avec vous un homme par tribu, chef de la maison de ses pères. »Nb 1.4, Segond 1910
  4. Sceptre royal

    Le bâton devient insigne de souveraineté. Le psaume royal annonce que Dieu lui-même étendra depuis Sion le sceptre du roi qu'il a établi.

    « L'Éternel étendra de Sion le sceptre de ta puissance: Domine au milieu de tes ennemis! »Ps 110.2, Segond 1910
  5. Verge du châtiment

    Le bâton qui frappe : Dieu peut faire d'une nation étrangère l'instrument de sa correction, sans que cette nation cesse d'être responsable de son orgueil.

    « Malheur à l'Assyrien, verge de ma colère! »És 10.5, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La Septante sépare nettement les deux valeurs du mot. Quand il s'agit de l'objet, elle traduit maṭṭeh par ῥάβδος, « baguette, bâton, verge ». Quand il s'agit du groupe humain, elle emploie φυλή, « tribu », le mot qui servait déjà dans les cités grecques à désigner les grandes divisions du corps civique. Le lecteur grec perd ainsi le jeu de mots de Nombres 17, où le bâton de chaque tribu représente la tribu elle-même.

Le Nouveau Testament hérite de ces deux mots. L'épître aux Hébreux rappelle « la verge d'Aaron, qui avait fleuri » (Hé 9.4), et l'Apocalypse reprend l'image royale du Psaume 2 : le Messie paîtra les nations « avec une verge de fer » (Ap 2.27). Les « douze tribus d'Israël » (Mt 19.28) disent en grec, avec φυλή, ce que l'hébreu disait par maṭṭeh ou šēbeṭ. Segond 1910 garde « verge » pour l'objet miraculeux, « bâton » pour l'objet ordinaire, et « tribu » pour le groupe.

Le débat

Pourquoi l'hébreu a-t-il deux mots pour « tribu », maṭṭeh et šēbeṭ, et que révèle cette répartition ?

La concentration de maṭṭeh dans les Nombres et Josué est un fait indiscutable, que montrent les comptages. Elle s'explique sans doute par un vocabulaire propre à certains milieux d'écriture, attachés à l'ordre et à la représentation des tribus. Mais la différence de sens reste mince : l'essentiel est que les deux mots lient la tribu à l'autorité symbolisée par le bâton.

Portée théologique

Le maṭṭeh de Moïse dit quelque chose d'essentiel sur la manière dont Dieu agit. Il ne donne pas à son serviteur un objet sacré venu du ciel : il prend le bâton ordinaire d'un berger et en fait « la verge de Dieu ». La puissance qui ouvre la mer ne réside pas dans le bois, mais dans la parole qui envoie Moïse. Le même bâton, levé sur la colline pendant le combat contre Amalek, devient le signe visible d'une prière et d'une dépendance.

La verge d'Aaron qui fleurit dans la tente du témoignage répond à la contestation de Koré : l'autorité légitime n'est pas celle que l'on revendique, mais celle que Dieu fait vivre. Un bâton mort qui donne des amandes est une image saisissante de l'élection. Enfin, le sceptre du Psaume 110, que le Nouveau Testament applique au Christ, montre que la royauté messianique est d'abord reçue : c'est l'Éternel qui étend le sceptre depuis Sion. Pour la prédication, le bâton relie ainsi la vie quotidienne, le service et la souveraineté de Dieu.

Chaîne : Le bâton de l'autorité divine

  1. Gn 49.10 Le sceptre de Juda : « Le sceptre ne s'éloignera point de Juda, Ni le bâton souverain d'entre ses pieds, Jusqu'à ce que vienne le Schilo, Et que les peuples lui obéissent. »
  2. Ex 4.2 Ce que Moïse tient en main : « L'Éternel lui dit: Qu'y a-t-il dans ta main? Il répondit: Une verge. »
  3. Ex 14.16 La mer fendue : « Toi, lève ta verge, étends ta main sur la mer, et fends-la; et les enfants d'Israël entreront au milieu de la mer à sec. »
  4. Ex 17.9 La verge de Dieu contre Amalek : « Alors Moïse dit à Josué: Choisis-nous des hommes, sors, et combats Amalek; demain je me tiendrai sur le sommet de la colline, la verge de Dieu dans ma main. »
  5. Nb 17.8 La verge d'Aaron fleurit : « Le lendemain, lorsque Moïse entra dans la tente du témoignage, voici, la verge d'Aaron, pour la maison de Lévi, avait fleuri, elle avait poussé des boutons, produit des fleurs, et mûri des amandes. »
  6. Nb 20.11 Le rocher frappé : « Puis Moïse leva la main et frappa deux fois le rocher avec sa verge. Il sortit de l'eau en abondance. L'assemblée but, et le bétail aussi. »
  7. Ps 23.4 Le bâton qui rassure : « Quand je marche dans la vallée de l'ombre de la mort, Je ne crains aucun mal, car tu es avec moi: Ta houlette et ton bâton me rassurent. »
  8. Ps 110.2 Le sceptre étendu de Sion : « L'Éternel étendra de Sion le sceptre de ta puissance: Domine au milieu de tes ennemis! »
  9. És 10.5 L'Assyrien, verge de la colère : « Malheur à l'Assyrien, verge de ma colère! La verge dans sa main, c'est l'instrument de ma fureur. »
  10. Mi 7.14 La houlette du berger d'Israël : « Pais ton peuple avec ta houlette, le troupeau de ton héritage, Qui habite solitaire dans la forêt au milieu du Carmel! Qu'ils paissent sur le Basan et en Galaad, Comme au jour d'autrefois. - »
  11. Hé 9.4 La verge gardée dans l'arche : « renfermant l'autel d'or pour les parfums, et l'arche de l'alliance, entièrement recouverte d'or. Il y avait dans l'arche un vase d'or contenant la manne, la verge d'Aaron, qui avait fleuri, et les tables de l'alliance. »
  12. Ap 2.27 La verge de fer du Messie : « Il les paîtra avec une verge de fer, comme on brise les vases d'argile, ainsi que moi-même j'en ai reçu le pouvoir de mon Père. »

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Bibliographie

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