idios ἴδιος
Strong G2398 · adjectif · propre, particulier · 114 occurrences
Ce qui appartient en propre à quelqu'un, par opposition à ce qui est commun ou à autrui. Le mot dit l'appartenance : les siens, sa maison, son propre Fils. Avec κατ' ἰδίαν, il signifie « à l'écart, en particulier ».
Racine et étymologie
L'adjectif ἴδιος appartient au grec le plus ancien et exprime ce qui est propre à une personne, ce qui la distingue des autres. Dans la cité grecque, il s'oppose à δημόσιος ou κοινός, « public, commun » : ce qui est ἴδιον relève de la vie privée. De là vient le nom ἰδιώτης, « particulier », c'est-à-dire l'homme qui n'exerce pas de charge publique, puis l'homme sans formation spécialisée : Pierre et Jean sont des « hommes du peuple sans instruction » (Ac 4.13).
Le français a hérité de cette famille par plusieurs voies : « idiome », la langue propre à un groupe ; « idiotisme », la tournure propre à une langue ; et « idiot », qui a pris un sens péjoratif à partir de celui de profane.
En grec hellénistique, ἴδιος s'est parfois affaibli au point de remplacer un simple possessif (« son », « leur »). Les spécialistes discutent dans quelle mesure cet affaiblissement touche le Nouveau Testament ; dans plusieurs textes importants, la nuance « propre, à lui » reste nettement perceptible. Une expression figée, κατ' ἰδίαν, signifie enfin « en privé, à l'écart ».
Sens et emplois
Les siens, ce qui lui appartient
Au pluriel substantivé, le mot désigne la maison ou le peuple qui appartiennent à quelqu'un. Le prologue de Jean joue sur le neutre (« son domaine ») et le masculin (« les siens »).
« Elle est venue chez les siens, et les siens ne l'ont point reçue. »Jn 1.11, Segond 1910
Son propre, avec insistance
Le mot souligne une relation unique et personnelle, comme celle du Père et du Fils.
« Lui, qui n'a point épargné son propre Fils »Rm 8.32, Segond 1910
Propriété privée
Dans la première communauté de Jérusalem, personne ne revendiquait ses biens comme lui appartenant en propre.
« Nul ne disait que ses biens lui appartinssent en propre »Ac 4.32, Segond 1910
À chacun selon ce qui lui est propre
Le mot sert à dire la part personnelle de chacun : responsabilité, don, capacité.
« car chacun portera son propre fardeau. »Ga 6.5, Segond 1910
En particulier, à l'écart
Dans l'expression κατ' ἰδίαν, Jésus prend ses disciples à part pour les instruire ou se révéler à eux.
« en particulier, il expliquait tout à ses disciples. »Mc 4.34, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
L'hébreu ne possède pas d'adjectif correspondant à ἴδιος : il exprime l'appartenance par des suffixes possessifs attachés au nom (« sa maison », « son peuple ») ou par la préposition le-, « à, pour ». Les traducteurs de la Septante ont donc souvent introduit ἴδιος pour rendre un simple suffixe, notamment lorsqu'ils voulaient insister sur l'appartenance.
Le Nouveau Testament hérite de cet usage, mais l'emploie aussi pour dire des réalités théologiques fortes. Les « siens » de Jean 1.11 évoquent Israël, le peuple que Dieu s'est acquis ; et Actes 20.28 parle de l'Église « qu'il s'est acquise par son propre sang », formule qui rappelle les textes où Dieu fait d'Israël son « peuple particulier ».
Le débat
En 2 Pierre 1.20, l'« interprétation particulière » (ἰδίας ἐπιλύσεως) est-elle celle du lecteur ou celle du prophète ?
- L'interprétation du lecteur (lecture ecclésiale traditionnelle) : Nul ne doit interpréter l'Écriture selon son propre sentiment, mais dans la foi de la communauté. Argument : l'avertissement contre ceux qui « tordent les Écritures » en 2 Pierre 3.16.
- L'origine de la prophétie (Richard Bauckham, Jude, 2 Peter, 1983) : Le verset parle de la naissance de la prophétie : le prophète n'a pas livré sa propre explication de ce qu'il voyait. Argument : le verset suivant, qui précise qu'aucune prophétie n'est venue « par une volonté d'homme » (2 P 1.21).
Le contexte immédiat, qui traite de l'origine divine de la prophétie, donne du poids à la seconde lecture. Mais les deux convergent : parce que l'Écriture ne vient pas d'un point de vue particulier, elle ne peut être réduite à un point de vue particulier.
Portée théologique
L'adjectif ἴδιος met en lumière une tension qui traverse l'anthropologie biblique : l'être humain a une part propre, une responsabilité et des dons qui ne se confondent avec ceux de personne (Ga 6.5 ; 1 Co 12.11), et pourtant il n'est pas fait pour se replier sur ce qui lui appartient. La communauté de Jérusalem en donne l'illustration la plus radicale : nul ne disait que ses biens lui appartenaient en propre. Le propre n'est pas nié, il est mis au service du commun.
Le mot sert surtout à dire l'appartenance qui fonde le salut. Dieu donne « son propre Fils », le Christ aime « les siens » jusqu'au bout, et l'Église est acquise « par son propre sang ». Le drame de Jean 1.11 est que les siens ne l'ont pas reçu ; la grâce de Jean 1.12 est qu'il fait de ceux qui le reçoivent des enfants de Dieu. Pour la prédication, on peut partir de cette question simple : à qui appartenons-nous ? Le Nouveau Testament répond que nous sommes à lui avant d'être à nous-mêmes.
Chaîne : Ce qui est propre à Dieu et aux siens
- Mt 17.1 À l'écart sur la montagne : « Six jours après, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques, et Jean, son frère, et il les conduisit à l'écart sur une haute montagne. »
- Mt 25.15 Selon la capacité de chacun : « Il donna cinq talents à l'un, deux à l'autre, et un au troisième, à chacun selon sa capacité, et il partit. Aussitôt »
- Mc 4.34 Les paraboles expliquées en particulier : « Il ne leur parlait point sans parabole; mais, en particulier, il expliquait tout à ses disciples. »
- Jn 1.11 Les siens ne l'ont pas reçu : « Elle est venue chez les siens, et les siens ne l'ont point reçue. »
- Jn 10.3 Les brebis qui lui appartiennent : « Le portier lui ouvre, et les brebis entendent sa voix; il appelle par leur nom les brebis qui lui appartiennent, et il les conduit dehors. »
- Jn 13.1 Il aima les siens : « Avant la fête de Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde au Père, et ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, mit le comble à son amour pour eux. »
- Jn 19.27 Le disciple prend Marie chez lui : « Puis il dit au disciple: Voilà ta mère. Et, dès ce moment, le disciple la prit chez lui. »
- Ac 4.32 Rien en propre : « La multitude de ceux qui avaient cru n'était qu'un cœur et qu'une âme. Nul ne disait que ses biens lui appartinssent en propre, mais tout était commun entre eux. »
- Ac 20.28 Acquise par son propre sang : « Prenez donc garde à vous-mêmes, et à tout le troupeau sur lequel le Saint-Esprit vous a établis évêques, pour paître l'Église du Seigneur, qu'il s'est acquise par son propre sang. »
- Rm 8.32 Son propre Fils : « Lui, qui n'a point épargné son propre Fils, mais qui l'a livré pour nous tous, comment ne nous donnera-t-il pas aussi toutes choses avec lui? »
- 1 Co 12.11 Les dons distribués à chacun : « Un seul et même Esprit opère toutes ces choses, les distribuant à chacun en particulier comme il veut. »
- Hé 13.12 Par son propre sang : « C'est pour cela que Jésus aussi, afin de sanctifier le peuple par son propre sang, a souffert hors de la porte. »
Mots apparentés
Autres mots du thème « L'être humain »
- nefeš : être vivant, vie, âme
- rûaḥ : souffle, vent, esprit
- lēb : cœur, intérieur, intelligence
- bāśār : chair, corps, être humain
- ʾādām : homme, humanité ; Adam
- ṣelem : image, statue, effigie
- psychè : vie, âme, personne
- pneuma : souffle, esprit, Esprit
Anecdotes pour prêcher ce mot
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- Destitué pour un sermon : Adolphe Monod chassé de l'Église de Lyon (Adolphe Monod, 1831-1832)
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- Le chevalier Georges de la Wartburg : Luther traduit le Nouveau Testament (Martin Luther, 1521-1522)
Bibliographie
- Walter Bauer, Frederick W. Danker et al., A Greek-English Lexicon of the New Testament and Other Early Christian Literature (BDAG), 3e éd., Chicago, 2000. voir sur Amazon
- Moisés Silva (éd.), New International Dictionary of New Testament Theology and Exegesis, Grand Rapids, Zondervan, 2014. voir sur Amazon
- Richard J. Bauckham, Jude, 2 Peter, Word Biblical Commentary 50, Waco, Word Books, 1983. voir sur Amazon
- James Hope Moulton et George Milligan, The Vocabulary of the Greek Testament, Londres, Hodder and Stoughton, 1930. voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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