laleō λαλέω

Strong G2980 · verbe · parler · 296 occurrences

Le verbe de l'acte de parler : prendre la parole, s'exprimer, faire entendre sa voix. Dans le Nouveau Testament, il dit la parole de Jésus qui transmet celle du Père, la parole rendue aux muets et la parole donnée par l'Esprit aux témoins.

Racine et étymologie

Le verbe λαλέω est formé sur une racine expressive, λαλ-, qui imite le babillage. En grec classique, il signifie souvent « bavarder, jaser », parfois avec une nuance péjorative : on l'emploie pour le bruit des oiseaux, le caquetage ou le parler sans réflexion. Les auteurs classiques lui préfèrent λέγω quand il s'agit d'un discours construit. Le nom apparenté λαλιά (G2981) désigne la « manière de parler », l'accent ou le parler propre à quelqu'un : c'est à son accent galiléen que Pierre est reconnu (Mt 26.73).

À l'époque hellénistique, la nuance péjorative s'efface largement. Dans la Septante et le Nouveau Testament, λαλέω devient un verbe neutre et très fréquent pour « parler ». On peut retenir une distinction d'usage, sans la durcir : λαλέω insiste sur l'acte de prendre la parole et de faire entendre sa voix, tandis que λέγω introduit plutôt le contenu de ce qui est dit. C'est pourquoi on lit souvent les deux ensemble : « il leur parla (ἐλάλησεν) en paraboles… et il dit (λέγων) » (Mt 13.3).

Plusieurs composés enrichissent cette famille : ἄλαλος, « muet » (littéralement « sans parole »), μογιλάλος, « qui parle avec peine », et καταλαλέω, « parler contre, médire ». Ce dernier montre que l'acte de parler peut édifier ou détruire selon l'usage qu'on en fait.

Sens et emplois

  1. Retrouver la parole

    Le sens le plus concret : pouvoir parler. Les guérisons de muets montrent que la parole humaine est un don rendu par le Messie, signe de la venue du Royaume annoncée par les prophètes.

    « Le démon ayant été chassé, le muet parla. »Mt 9.33, Segond 1910
  2. La parole de Jésus, transmise du Père

    Chez Jean, Jésus ne parle jamais « de lui-même » : ce qu'il dit, il l'a reçu du Père. Le verbe exprime ici l'acte de révélation par lequel le Fils fait entendre la voix de celui qui l'a envoyé.

    « Car je n'ai point parlé de moi-même; mais le Père, qui m'a envoyé, m'a prescrit lui-même ce que je dois dire et annoncer. »Jn 12.49, Segond 1910
  3. Dieu qui parle dans l'histoire

    L'épître aux Hébreux ouvre sur ce verbe : Dieu a parlé par les prophètes, puis par le Fils. La révélation est présentée comme une parole adressée, progressive et culminant en Christ.

    « Après avoir autrefois, à plusieurs reprises et de plusieurs manières, parlé à nos pères par les prophètes, Dieu, »Hé 1.1, Segond 1910
  4. Parler sous l'action de l'Esprit

    À la Pentecôte, la parole devient le premier signe de l'Esprit répandu. Le verbe sert ensuite à décrire le « parler en langues » et la prophétie dans les Églises.

    « Et ils furent tous remplis du Saint-Esprit, et se mirent à parler en d'autres langues, selon que l'Esprit leur donnait de s'exprimer. »Ac 2.4, Segond 1910
  5. Le témoignage qu'on ne peut taire

    Devant le sanhédrin, les apôtres déclarent qu'ils ne peuvent s'abstenir de parler. Le verbe devient celui du témoignage, enraciné dans ce qui a été vu et entendu.

    « car nous ne pouvons pas ne pas parler de ce que nous avons vu et entendu. »Ac 4.20, Segond 1910
  6. La maîtrise de la parole

    Les épîtres invitent aussi à la retenue : la parole est une puissance qui demande discernement. Jacques place l'écoute avant la parole.

    « que tout homme soit prompt à écouter, lent à parler, lent à se mettre en colère; »Jc 1.19, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

Dans la Septante, λαλέω traduit avant tout l'hébreu dābar (H1696) au piel, « parler », alors que λέγω rend plutôt ʾāmar (H559), « dire ». Ce partage n'est pas absolu, mais il est assez constant pour que le grec biblique hérite de la distinction hébraïque entre l'acte de parler et l'introduction des paroles. La formule prophétique « l'Éternel parla à Moïse, en disant » se rend ainsi naturellement par les deux verbes réunis.

Ce lien avec dābar donne au verbe grec une épaisseur théologique. En hébreu, la même racine donne le verbe « parler » et le nom dābār, « parole, chose, événement » : quand Dieu parle, quelque chose arrive. Le Nouveau Testament garde cette conviction. Hébreux 1.1-2 enchaîne la parole aux pères et la parole dans le Fils ; Pierre affirme que les prophètes ont « parlé de la part de Dieu » poussés par l'Esprit (2 P 1.21). Le vocabulaire de la parole divine passe ainsi de l'hébreu au grec presque sans rupture.

Le débat

Quand Paul parle de « parler en langue » (1 Co 14), s'agit-il de langues humaines réelles, comme à la Pentecôte, ou d'un langage non humain ?

Le texte de Paul insiste moins sur la nature du phénomène que sur son usage : une parole qui n'édifie pas l'assemblée doit être interprétée ou tue (1 Co 14.19). Actes 2 souligne au contraire la compréhension des auditeurs. Il est prudent de ne pas confondre entièrement les deux récits, tout en reconnaissant que le même verbe y décrit une parole donnée par l'Esprit.

Portée théologique

Le Dieu de la Bible est un Dieu qui parle, à la différence des idoles qui « ont une bouche et ne parlent point » (Ps 115.5). Le verbe λαλέω, héritier de l'hébreu dābar, porte cette conviction dans le Nouveau Testament : la révélation n'est pas une idée découverte par l'homme, mais une parole adressée. L'épître aux Hébreux résume toute l'histoire du salut par ce verbe : Dieu a parlé par les prophètes, il a parlé enfin par le Fils.

L'Évangile de Jean approfondit cette perspective. Jésus parle ce qu'il a entendu du Père, et l'Esprit à son tour ne parlera pas de lui-même : la parole circule du Père au Fils, du Fils à l'Esprit, de l'Esprit aux disciples. La parole chrétienne n'est donc pas d'abord une performance, mais une transmission fidèle.

Pour la prédication, ce verbe relie guérison, témoignage et éthique. Jésus rend la parole aux muets ; les apôtres ne peuvent se taire ; Paul parle parce qu'il croit. Mais Jacques rappelle qu'il faut être lent à parler, et Paul préfère cinq paroles intelligibles à dix mille en langue. La parole reçue de Dieu appelle une parole humaine responsable, qui édifie plutôt qu'elle n'impressionne.

Chaîne : Le Dieu qui parle

  1. Gn 1.3 Dieu dit, et la lumière fut : « Dieu dit: Que la lumière soit! Et la lumière fut. »
  2. Ex 33.11 Face à face avec Moïse : « L'Éternel parlait avec Moïse face à face, comme un homme parle à son ami. Puis Moïse retournait au camp; mais son jeune serviteur, Josué, fils de Nun, ne sortait pas du milieu de la tente. »
  3. És 35.6 La langue du muet éclatera : « Alors le boiteux sautera comme un cerf, Et la langue du muet éclatera de joie. Car des eaux jailliront dans le désert, Et des ruisseaux dans la solitude; »
  4. Mc 7.37 Il fait parler les muets : « Ils étaient dans le plus grand étonnement, et disaient: Il fait tout à merveille; même il fait entendre les sourds, et parler les muets. »
  5. Jn 7.46 Jamais homme n'a parlé ainsi : « Les huissiers répondirent: Jamais homme n'a parlé comme cet homme. »
  6. Jn 12.49 La parole reçue du Père : « Car je n'ai point parlé de moi-même; mais le Père, qui m'a envoyé, m'a prescrit lui-même ce que je dois dire et annoncer. »
  7. Jn 16.13 L'Esprit ne parle pas de lui-même : « Quand le consolateur sera venu, l'Esprit de vérité, il vous conduira dans toute la vérité; car il ne parlera pas de lui-même, mais il dira tout ce qu'il aura entendu, et il vous annoncera les choses à venir. »
  8. Ac 2.4 La Pentecôte : « Et ils furent tous remplis du Saint-Esprit, et se mirent à parler en d'autres langues, selon que l'Esprit leur donnait de s'exprimer. »
  9. Ac 4.20 Ne pas pouvoir se taire : « car nous ne pouvons pas ne pas parler de ce que nous avons vu et entendu. »
  10. 2 Co 4.13 J'ai cru, c'est pourquoi j'ai parlé : « Et, comme nous avons le même esprit de foi qui est exprimé dans cette parole de l'Écriture: J'ai cru, c'est pourquoi j'ai parlé! nous aussi nous croyons, et c'est pour cela que nous parlons, »
  11. Hé 1.1 Dieu a parlé par le Fils : « Après avoir autrefois, à plusieurs reprises et de plusieurs manières, parlé à nos pères par les prophètes, Dieu, »
  12. Hé 12.24 Un sang qui parle mieux : « de Jésus qui est le médiateur de la nouvelle alliance, et du sang de l'aspersion qui parle mieux que celui d'Abel. »

Mots apparentés

Autres mots du thème « Parole, sagesse et révélation »

Bibliographie

Pour aller plus loin

En tant que Partenaire Amazon, nous réalisons un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.

Ouvrir la fiche interactive · Toutes les occurrences de laleō (G2980) dans la concordance biblique