megas μέγας

Strong G3173 · adjectif · grand · 243 occurrences

L'adjectif de la grandeur sous toutes ses formes : taille, intensité d'une voix ou d'une joie, importance d'une personne ou d'un commandement. Dans le Nouveau Testament, il sert à dire la grandeur de Dieu et du Christ, et à renverser la grandeur humaine par le service.

Racine et étymologie

Μέγας remonte à une racine indo-européenne *meǵ-, « grand », que l'on retrouve dans le latin magnus et dans le sanskrit mahā (d'où « maharaja », « grand roi »). La déclinaison grecque est irrégulière : le masculin μέγας et le neutre μέγα ont une base courte, tandis que les autres formes reposent sur μεγαλ- (μεγάλη, μεγάλου). Le comparatif μείζων, « plus grand », et le superlatif μέγιστος sont formés sur d'autres bases.

De la racine viennent de nombreux mots du Nouveau Testament : μεγαλύνω, « magnifier », que l'on lit dans le cantique de Marie (« Mon âme exalte le Seigneur », Lc 1.46) ; μεγαλωσύνη, « majesté », employé comme désignation respectueuse de Dieu (Hé 1.3) ; μεγαλεῖα, « les grandes œuvres » de Dieu proclamées à la Pentecôte (Ac 2.11).

Le français a emprunté la racine par le grec savant : « mégalithe », « mégalomanie », et le préfixe « méga- ». En revanche « magnifique » ou « majesté » viennent du latin magnus et maior.

Sens et emplois

  1. Grand par la taille ou l'intensité

    Le sens concret : une grande pierre, une grande tempête, et, par contraste, un grand calme. L'adjectif mesure ici l'ampleur d'un phénomène.

    « S'étant réveillé, il menaça le vent, et dit à la mer: Silence! tais-toi! Et le vent cessa, et il y eut un grand calme. »Mc 4.39, Segond 1910
  2. Une voix forte

    Joint à « voix », μέγας désigne le cri à pleine force. Les évangiles l'emploient pour le cri de Jésus sur la croix, et l'Apocalypse pour les proclamations célestes.

    « Et vers la neuvième heure, Jésus s'écria d'une voix forte: Eli, Eli, lama sabachthani? c'est-à-dire: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné? »Mt 27.46, Segond 1910
  3. Grand en importance

    Ce qui a le plus de poids dans un ensemble. La question du docteur de la loi porte sur la hiérarchie des commandements.

    « Maître, quel est le plus grand commandement de la loi? »Mt 22.36, Segond 1910
  4. La grandeur renversée par le service

    Jésus redéfinit la grandeur parmi ses disciples : elle ne se mesure plus à la domination, mais au service rendu.

    « Il n'en sera pas de même au milieu de vous. Mais quiconque veut être grand parmi vous, qu'il soit votre serviteur; »Mt 20.26, Segond 1910
  5. La grandeur de Dieu et du Christ

    L'adjectif qualifie le Messie annoncé, puis le « grand Dieu », le « grand souverain sacrificateur », le « grand pasteur ». Il exprime une dignité qui dépasse toute mesure humaine.

    « Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père. »Lc 1.32, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

Dans la Septante, μέγας traduit avant tout l'hébreu gādôl (H1419), « grand », un adjectif très fréquent dans l'Ancien Testament, et plus rarement rab, « nombreux, abondant ». Les formules du Nouveau Testament héritent de ce vocabulaire : « le jour du Seigneur, ce jour grand et glorieux » (Ac 2.20) cite Joël, où l'hébreu porte gādôl, et la « ville du grand roi » (Mt 5.35) reprend le Psaume 48.

La même racine hébraïque gādal, « être grand, grandir », a produit aussi le verbe « magnifier » des Psaumes, que le grec rend par μεγαλύνω. Le Magnificat de Marie s'inscrit ainsi dans la ligne des psaumes qui invitent à proclamer la grandeur de Dieu. Le titre de « souverain sacrificateur » (ἀρχιερεύς) correspond, lui, à l'hébreu « grand prêtre », hakkōhēn haggādôl.

Le débat

En Tite 2.13, « la gloire du grand Dieu et de notre Sauveur Jésus-Christ » désigne-t-il deux personnes ou une seule ?

L'argument grammatical et l'usage hellénistique de la formule penchent vers une seule personne : la « manifestation » attendue est celle du Christ, déjà venu une première fois (Tt 2.11). La lecture à deux personnes reste défendable. Dans les deux cas, l'adjectif μέγας attribue au Christ qui revient la grandeur propre à Dieu.

Portée théologique

Μέγας est un mot banal, mais l'Évangile en fait un lieu de conversion. Les disciples se disputent pour savoir qui est « le plus grand » (Mt 18.1) ; Jésus répond en plaçant un enfant au milieu d'eux et en déclarant que le grand est celui qui sert. La grandeur n'est pas abolie : elle change de sens, et le Fils de l'homme, venu pour servir, en devient la mesure.

En même temps, le Nouveau Testament réserve à Dieu et au Christ une grandeur sans comparaison : « grand Dieu », « grand souverain sacrificateur », « grand pasteur des brebis », « grand trône blanc ». Pour la prédication, cette double ligne est féconde. Elle libère de la course aux grandeurs humaines, parce que la vraie grandeur appartient à Dieu, et elle donne au service le plus humble sa dignité, parce que celui qui est grand par excellence s'est fait serviteur.

Chaîne : La vraie grandeur

  1. Gn 12.2 Un grand nom promis : « Je ferai de toi une grande nation, et je te bénirai; je rendrai ton nom grand, et tu seras une source de bénédiction. »
  2. Ps 48.3 La ville du grand roi : « Belle est la colline, joie de toute la terre, la montagne de Sion; Le côté septentrional, c'est la ville du grand roi. »
  3. Jl 2.31 Le jour grand et terrible : « Le soleil se changera en ténèbres, Et la lune en sang, Avant l'arrivée du jour de l'Éternel, De ce jour grand et terrible. »
  4. Mt 5.19 Grand dans le royaume : « Celui donc qui supprimera l'un de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire de même, sera appelé le plus petit dans le royaume des cieux; mais celui qui les observera, et qui enseignera à les observer, celui-là sera appelé grand dans le royaume des cieux. »
  5. Mt 20.26 Le grand est serviteur : « Il n'en sera pas de même au milieu de vous. Mais quiconque veut être grand parmi vous, qu'il soit votre serviteur; »
  6. Mt 22.38 Le plus grand commandement : « C'est le premier et le plus grand commandement. »
  7. Lc 1.32 Il sera grand : « Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père. »
  8. Lc 2.10 Une grande joie : « Mais l'ange leur dit: Ne craignez point; car je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera pour tout le peuple le sujet d'une grande joie: »
  9. 1 Tm 3.16 Le mystère est grand : « Et, sans contredit, le mystère de la piété est grand: celui qui a été manifesté en chair, justifié par l'Esprit, vu des anges, prêché aux Gentils, cru dans le monde, élevé dans la gloire. »
  10. Tt 2.13 Le grand Dieu et Sauveur : « en attendant la bienheureuse espérance, et la manifestation de la gloire du grand Dieu et de notre Sauveur Jésus-Christ, »
  11. Hé 4.14 Un grand souverain sacrificateur : « Ainsi, puisque nous avons un grand souverain sacrificateur qui a traversé les cieux, Jésus, le Fils de Dieu, demeurons fermes dans la foi que nous professons. »
  12. Ap 20.11 Le grand trône blanc : « Puis je vis un grand trône blanc, et celui qui était assis dessus. La terre et le ciel s'enfuirent devant sa face, et il ne fut plus trouvé de place pour eux. »

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Bibliographie

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