nākāh נָכָה

Strong H5221 · verbe · frapper, abattre · 499 occurrences

Le verbe du coup porté : frapper d'une main, d'un bâton ou d'une arme, blesser, abattre, jusqu'à tuer. Employé pour Dieu, il désigne les fléaux du jugement ; appliqué au Serviteur d'Ésaïe et au berger de Zacharie, il annonce celui qui est frappé à la place des autres.

Racine et étymologie

La racine n-k-h n'apparaît pratiquement pas au thème simple (qal). On la rencontre presque toujours au hifil, hikkāh, « frapper », et à ses passifs : le hofal, hukkāh, et le poual, « être frappé ». Les formes conjuguées perdent souvent la première consonne n et la dernière h, si bien que le lecteur ne voit parfois qu'un seul radical : wayyak, « et il frappa », est l'une des formes les plus fréquentes des récits historiques. C'est un verbe de narration, au cœur des livres de Samuel et des Rois.

Le nom dérivé le plus important est makkāh (H4347), « coup, blessure, plaie, défaite ». Il désigne aussi bien les coups de bâton infligés à un coupable que les plaies que Dieu envoie, ou la défaite d'une armée. L'adjectif nākeh, « blessé, affligé », décrit celui qui a été frappé, par exemple celui qui a « l'esprit abattu ».

Le lexique de STEPBible donne une palette large : frapper, battre, blesser, abattre, tuer, mais aussi « applaudir » (frapper des mains). Le sens précis dépend du contexte et du complément : frapper quelqu'un « à mort » ou « de l'épée » signifie tuer ; frapper une ville signifie la prendre et la dévaster ; frapper le rocher, c'est le heurter d'un bâton.

Sens et emplois

  1. Frapper, porter un coup

    Le geste physique de frapper, avec la main, un bâton ou une pierre. Dans le désert, Moïse frappe le rocher sur l'ordre de Dieu, et l'eau jaillit.

    « tu frapperas le rocher, et il en sortira de l'eau, et le peuple boira. »Ex 17.6, Segond 1910
  2. Abattre, tuer

    Souvent le coup est mortel. Le droit d'Israël distingue soigneusement ce cas, et le récit emploie le même verbe quand Moïse tue l'Égyptien.

    « Celui qui frappera un homme mortellement sera puni de mort. »Ex 21.12, Segond 1910
  3. Vaincre au combat

    Dans les récits de guerre, « frapper » un ennemi ou une ville signifie le vaincre. C'est le verbe du combat de David contre Goliath.

    « il frappa le Philistin au front, et la pierre s'enfonça dans le front du Philistin, qui tomba le visage contre terre. »1 S 17.49, Segond 1910
  4. Frapper en jugement

    Dieu lui-même frappe : c'est le vocabulaire des plaies d'Égypte et des châtiments. Mais le même Dieu qui frappe est celui qui guérit.

    « Il a frappé, mais il bandera nos plaies. »Os 6.1, Segond 1910
  5. Le frappé de Dieu

    Au passif, le verbe décrit le Serviteur souffrant d'Ésaïe, regardé comme quelqu'un que Dieu a frappé. Le chapitre révélera qu'il souffrait pour d'autres.

    « Et nous l'avons considéré comme puni, Frappé de Dieu, et humilié. »És 53.4, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La Septante dispose de plusieurs verbes pour rendre nākāh. Le plus fréquent est πατάσσω, « frapper, abattre », qui convient aux coups mortels et aux victoires ; on trouve aussi τύπτω, « battre », et πλήσσω, « frapper, blesser », d'où vient le nom πληγή, « coup, plaie », qui rend souvent makkāh et désigne les plaies d'Égypte comme celles de l'Apocalypse.

Le lien le plus important avec le Nouveau Testament passe par Zacharie 13.7 : « Frappe le pasteur, et que les brebis se dispersent! » La nuit de son arrestation, Jésus cite ce verset en grec avec πατάσσω : « Je frapperai le berger, et les brebis du troupeau seront dispersées » (Mt 26.31). Il s'identifie ainsi au berger frappé. L'Épître de Pierre reprend pour sa part Ésaïe 53 en parlant de celui « par les meurtrissures duquel vous avez été guéris » (1 P 2.24). La Vulgate traduit le plus souvent par « percutere », « frapper ».

Le débat

En Ésaïe 53.4, « Frappé de Dieu » exprime-t-il la réalité de ce que Dieu fait au Serviteur, ou seulement l'erreur de ceux qui le regardaient ?

Le texte joue sur les deux plans : les témoins se trompent sur la raison des coups, mais le chapitre affirme ensuite que Dieu a bien voulu cette souffrance pour d'autres (És 53.6, 10). Le Nouveau Testament, en citant Zacharie 13.7 et Ésaïe 53, lit le Serviteur et le berger frappés comme une annonce de Jésus. La pointe du verbe est la même : celui que l'on croyait frappé pour lui-même l'était pour nous.

Portée théologique

Nākāh est un verbe rude, et la Bible ne l'adoucit pas. Il dit la violence humaine, depuis le meurtre jusqu'à la guerre, et la loi la limite : « Celui qui frappera un homme mortellement sera puni de mort » (Ex 21.12). Il dit aussi le jugement de Dieu : les plaies d'Égypte, la peste qui frappe le peuple sous David. Le lecteur moderne est souvent gêné par ce Dieu qui frappe ; les prophètes, eux, y voient la réponse sérieuse d'un Dieu saint au mal qui détruit son peuple.

Mais le verbe ne s'arrête jamais au coup. La nuit de la Pâque, le même Dieu qui frappe l'Égypte épargne les maisons marquées du sang : « il n'y aura point de plaie qui vous détruise, quand je frapperai le pays d'Égypte » (Ex 12.13). Osée en tire une confession d'espérance : « Il a frappé, mais il bandera nos plaies » (Os 6.1). Dans la Bible, le coup de Dieu est ordonné à la guérison.

Le sommet de cette ligne est le renversement d'Ésaïe 53 et de Zacharie 13.7 : celui qui est frappé n'est pas le coupable, mais le Serviteur et le berger. Jésus applique à lui-même la parole « Je frapperai le berger » (Mt 26.31). Pour la prédication, le rocher frappé au désert offre une image que Paul a déjà rapprochée du Christ (1 Co 10.4) : de celui qui reçoit le coup jaillit l'eau qui fait vivre le peuple. Et Lamentations 3.30 trace, des siècles avant le Sermon sur la montagne, l'attitude de celui qui « présentera la joue à celui qui le frappe ».

Chaîne : Le Dieu qui frappe et qui guérit

  1. Ex 2.12 Moïse frappe l'Égyptien : « Il regarda de côté et d'autre, et, voyant qu'il n'y avait personne, il tua l'Égyptien, et le cacha dans le sable. »
  2. Ex 3.20 J'étendrai ma main : « J'étendrai ma main, et je frapperai l'Égypte par toutes sortes de prodiges que je ferai au milieu d'elle. Après quoi, il vous laissera aller. »
  3. Ex 12.13 Le sang et le fléau : « Le sang vous servira de signe sur les maisons où vous serez; je verrai le sang, et je passerai par-dessus vous, et il n'y aura point de plaie qui vous détruise, quand je frapperai le pays d'Égypte. »
  4. Ex 17.6 Le rocher frappé : « Voici, je me tiendrai devant toi sur le rocher d'Horeb; tu frapperas le rocher, et il en sortira de l'eau, et le peuple boira. Et Moïse fit ainsi, aux yeux des anciens d'Israël. »
  5. Nb 20.11 Le rocher frappé deux fois : « Puis Moïse leva la main et frappa deux fois le rocher avec sa verge. Il sortit de l'eau en abondance. L'assemblée but, et le bétail aussi. »
  6. 1 S 17.49 David frappe Goliath : « Il mit la main dans sa gibecière, y prit une pierre, et la lança avec sa fronde; il frappa le Philistin au front, et la pierre s'enfonça dans le front du Philistin, qui tomba le visage contre terre. »
  7. 2 S 24.17 L'ange qui frappait : « David, voyant l'ange qui frappait parmi le peuple, dit à l'Éternel: Voici, j'ai péché! C'est moi qui suis coupable; mais ces brebis, qu'ont-elles fait? Que ta main soit donc sur moi et sur la maison de mon père! »
  8. És 53.4 Frappé de Dieu : « Cependant, ce sont nos souffrances qu'il a portées, C'est de nos douleurs qu'il s'est chargé; Et nous l'avons considéré comme puni, Frappé de Dieu, et humilié. »
  9. Lm 3.30 La joue tendue : « Il présentera la joue à celui qui le frappe, Il se rassasiera d'opprobres. »
  10. Os 6.1 Il a frappé, il guérira : « Venez, retournons à l'Éternel! Car il a déchiré, mais il nous guérira; Il a frappé, mais il bandera nos plaies. »
  11. Za 13.7 Frappe le berger : « Epée, lève-toi sur mon pasteur Et sur l'homme qui est mon compagnon! Dit l'Éternel des armées. Frappe le pasteur, et que les brebis se dispersent! Et je tournerai ma main vers les faibles. »
  12. Mt 26.31 Jésus, berger frappé : « Alors Jésus leur dit: Je serai pour vous tous, cette nuit, une occasion de chute; car il est écrit: Je frapperai le berger, et les brebis du troupeau seront dispersées. »

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Bibliographie

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