mût מוּת
Strong H4191 · verbe · mourir, faire mourir · 837 occurrences
Le verbe de la mort : mourir de vieillesse ou de violence, être mis à mort, faire mourir. La Bible hébraïque le relie au péché dès Genèse 2, mais affirme aussi que Dieu seul fait mourir et fait vivre, et qu'il ne désire pas la mort du pécheur.
Racine et étymologie
La racine m-w-t est commune à presque toutes les langues sémitiques : on la retrouve en akkadien, en araméen, en arabe, et en ougaritique, où Môt est le nom du dieu de la mort qui avale Baal dans les mythes de Canaan. Dans la Bible, la mort n'est jamais une divinité ; mais certaines images poétiques (la mort qui ouvre sa gueule, le séjour des morts qui dévore) gardent le souvenir de ce vocabulaire ancien.
Le verbe se conjugue à plusieurs thèmes. Au qal, il signifie simplement « mourir ». Au hiphil, il prend un sens causatif : « faire mourir, tuer ». Le polel signifie « achever » quelqu'un, et le hophal « être mis à mort », souvent dans le langage juridique. La Loi emploie une tournure redoublée, môt yûmāt, littéralement « mourir, il sera mis à mort », que Segond rend par « sera puni de mort » (Ex 21.12).
Du même radical vient le nom māwet, « mort », et le participe mēt, « mort, défunt ». Le verbe est l'un des plus fréquents de l'Ancien Testament ; il abonde dans les Nombres, la Genèse et les livres de Samuel, où se succèdent généalogies, lois pénales et récits de guerre.
Sens et emplois
Mourir au terme de la vie
La mort naturelle du patriarche « rassasié de jours » : elle n'est pas un scandale mais l'achèvement d'une vie bénie, suivie de la réunion aux ancêtres.
« Abraham expira et mourut, après une heureuse vieillesse, âgé et rassasié de jours »Gn 25.8, Segond 1910
La mort comme sanction
Dès le jardin, la mort est annoncée comme conséquence de la désobéissance. Le verbe redoublé souligne la certitude de la sentence.
« car le jour où tu en mangeras, tu mourras. »Gn 2.17, Segond 1910
Être mis à mort
Dans le droit d'Israël, la formule môt yûmāt fixe la peine capitale pour les crimes les plus graves, à commencer par le meurtre.
« Celui qui frappera un homme mortellement sera puni de mort. »Ex 21.12, Segond 1910
Dieu fait mourir et fait vivre
Au hiphil, le verbe a Dieu pour sujet : il est maître de la vie et de la mort, et aucune autre puissance ne partage ce pouvoir.
« Je fais vivre et je fais mourir, Je blesse et je guéris »Dt 32.39, Segond 1910
Dieu ne veut pas la mort
Ézéchiel renverse la perspective : la mort est la conséquence du péché, mais Dieu n'y prend aucun plaisir et appelle à la conversion.
« Car je ne désire pas la mort de celui qui meurt, dit le Seigneur, l'Éternel. Convertissez-vous donc, et vivez. »Éz 18.32, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante rend mût surtout par ἀποθνῄσκω, « mourir », et le causatif par θανατόω, « faire mourir », ou ἀποκτείνω, « tuer ». Le nom māwet devient θάνατος. C'est ce vocabulaire que Paul reprend lorsqu'il relit Genèse 2 et 3 : « comme tous meurent en Adam, de même aussi tous revivront en Christ » (1 Co 15.22).
L'Ancien Testament prépare cette lecture. Le psalmiste dit : « Je ne mourrai pas, je vivrai » (Ps 118.17), et Ésaïe annonce un jour où Dieu « anéantit la mort pour toujours » (És 25.8). Osée lance le défi : « Ô mort, où est ta peste? » (Os 13.14), que Paul cite en 1 Corinthiens 15.55. Jésus reprend tout le thème : « Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort » (Jn 11.25). La Vulgate rend le verbe par « mori ».
Le débat
En Genèse 2.17, quelle mort est annoncée, puisque Adam ne meurt pas « le jour » où il mange du fruit ?
- La mort de l'âme (Augustin, La Cité de Dieu, livre XIII (vers 418)) : La sentence s'accomplit le jour même : l'homme perd la vie de Dieu en lui, ce qui est la mort de l'âme ; la mort du corps en découle plus tard. Lecture devenue classique dans la tradition occidentale.
- Pas une perte d'immortalité (James Barr, The Garden of Eden and the Hope of Immortality, 1992) : Le récit ne dit pas que l'homme était créé immortel. La menace est celle d'une mort prématurée, que Dieu ne met pas à exécution ; le texte parle de sagesse et de limites humaines plutôt que d'une chute de l'immortalité.
- Une sentence de mortalité (Lecture de nombreux commentateurs modernes) : « Le jour où » signifie « dès que » : l'homme devient mortel, ce que confirment l'expulsion loin de l'arbre de vie (Gn 3.22) et le refrain « puis il mourut » de Genèse 5.
Le texte lui-même lie la mort à l'éloignement de l'arbre de vie et à la sortie du jardin : la mort est d'abord séparation d'avec la source de la vie, puis fin physique. Barr a raison de refuser de projeter sur Genèse 2 une doctrine toute faite, mais le refrain de Genèse 5 montre que le narrateur voit bien dans la mort une suite de la désobéissance.
Portée théologique
L'Ancien Testament parle de la mort avec un réalisme sans détour. Les généalogies de Genèse 5 répètent « puis il mourut » comme un glas, et le serpent est démenti : son « Vous ne mourrez point » (Gn 3.4) s'est révélé un mensonge. La mort n'est pas présentée comme un passage vers une vie meilleure, mais comme une limite qui pèse sur tout homme ; elle est liée, dès le récit du jardin, à la rupture avec Dieu. Le livre de Job pose la question sans réponse facile : « Si l'homme une fois mort pouvait revivre ».
Mais le même verbe a Dieu pour sujet : « L'Éternel fait mourir et il fait vivre » (1 S 2.6). La mort n'échappe donc pas à sa souveraineté, et c'est sur cette base que naît l'espérance. Ézéchiel affirme que Dieu ne désire pas la mort du pécheur, Ésaïe annonce sa destruction. Pour la prédication, ce parcours est précieux : il ne minimise pas le deuil (David pleure et jeûne pour son enfant, 2 S 12.23), mais il refuse de donner le dernier mot à la mort. Le Nouveau Testament y lit l'annonce de la victoire du Christ, en qui « tous revivront ».
Chaîne : La mort vaincue
- Gn 2.17 L'avertissement : « mais tu ne mangeras pas de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras. »
- Gn 3.4 Le mensonge du serpent : « Alors le serpent dit à la femme: Vous ne mourrez point; »
- Gn 5.5 Puis il mourut : « Tous les jours qu'Adam vécut furent de neuf cent trente ans; puis il mourut. »
- Dt 32.39 Je fais mourir et je fais vivre : « Sachez donc que c'est moi qui suis Dieu, Et qu'il n'y a point de dieu près de moi; Je fais vivre et je fais mourir, Je blesse et je guéris, Et personne ne délivre de ma main. »
- 1 S 2.6 Le cantique d'Anne : « L'Éternel fait mourir et il fait vivre. Il fait descendre au séjour des morts et il en fait remonter. »
- Jb 14.14 L'homme mort revivra-t-il ? : « Si l'homme une fois mort pouvait revivre, J'aurais de l'espoir tout le temps de mes souffrances, Jusqu'à ce que mon état vînt à changer. »
- Ps 118.17 Je ne mourrai pas : « Je ne mourrai pas, je vivrai, Et je raconterai les œuvres de l'Éternel. »
- És 25.8 La mort anéantie : « Il anéantit la mort pour toujours; Le Seigneur, l'Éternel, essuie les larmes de tous les visages, Il fait disparaître de toute la terre l'opprobre de son peuple; Car l'Éternel a parlé. »
- Éz 18.32 Convertissez-vous et vivez : « Car je ne désire pas la mort de celui qui meurt, dit le Seigneur, l'Éternel. Convertissez-vous donc, et vivez. »
- Os 13.14 Ô mort, où est ta peste ? : « Je les rachèterai de la puissance du séjour des morts, Je les délivrerai de la mort. Ô mort, où est ta peste? Séjour des morts, où est ta destruction? Mais le repentir se dérobe à mes regards! »
- Jn 11.25 La résurrection et la vie : « Jésus lui dit: Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort; »
- 1 Co 15.22 En Adam, en Christ : « Et comme tous meurent en Adam, de même aussi tous revivront en Christ, »
Mots apparentés
- šeʾôl שְׁאוֹל : séjour des morts
- ḥayyîm חַיִּים : vie
- thanatos θάνατος : mort
- anastasis ἀνάστασις : résurrection, relèvement
Autres mots du thème « Péché, mort et repentance »
- ḥaṭṭāʾt : péché ; sacrifice pour le péché
- ʿāwōn : iniquité, culpabilité
- pešaʿ : transgression, révolte
- šûb : revenir, se convertir
- hamartia : péché
- metanoia : repentance, conversion
- sarx : chair
- anomia : iniquité, mépris de la loi
Bibliographie
- Francis Brown, S. R. Driver, Charles A. Briggs, A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament (BDB), Oxford, 1906. voir sur Amazon
- Ludwig Koehler, Walter Baumgartner, The Hebrew and Aramaic Lexicon of the Old Testament (HALOT), Leyde, Brill, 1994-2000. voir sur Amazon
- James Barr, The Garden of Eden and the Hope of Immortality, Londres, SCM Press, 1992. voir sur Amazon
- Claus Westermann, Genesis 1-11, Biblischer Kommentar Altes Testament, Neukirchen, 1974 (trad. anglaise 1984). voir sur Amazon
- Gordon J. Wenham, Genesis 1-15, Word Biblical Commentary 1, Waco, Word Books, 1987. voir sur Amazon
- Augustin, La Cité de Dieu, livre XIII. voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
En tant que Partenaire Amazon, nous réalisons un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.
Ouvrir la fiche interactive · Toutes les occurrences de mût (H4191) dans la concordance biblique