ḥereb חֶרֶב
Strong H2719 · nom féminin · épée, glaive · 412 occurrences
L'arme blanche par excellence de l'Israël ancien, mais aussi tout outil tranchant. Dans la bouche des prophètes, l'épée devient la figure du jugement de Dieu, avant que l'espérance messianique n'annonce le jour où elle sera forgée en outil de labour.
Racine et étymologie
Le nom ḥereb se rattache à une racine ḥ-r-b bien attestée en hébreu, mais dont le sens premier reste discuté. Une série de mots de la même famille évoque la sécheresse et la dévastation : le verbe ḥārab, « être sec, être dévasté », et l'adjectif ḥārēb, « désolé, en ruines ». Certains lexiques rapprochent l'épée de cette idée : l'arme est ce qui fait le désert, ce qui vide les villes de leurs habitants. D'autres préfèrent distinguer deux racines homonymes et voir dans ḥereb un mot sémitique ancien pour la lame, attesté aussi en araméen et en arabe (ḥarba, « lance, javeline »). La prudence s'impose : le rapprochement est suggestif pour la prédication, mais il ne peut pas servir de preuve.
Le mot est féminin, ce que montrent les accords des verbes et des adjectifs. Il désigne d'abord l'épée du guerrier, souvent portée à la ceinture, mais aussi, plus largement, tout instrument coupant. Josué reçoit l'ordre de se faire des « couteaux de pierre » (Jos 5.2) pour la circoncision : c'est le même mot au pluriel. En Exode 20.25, il nomme l'outil du tailleur de pierre, que Segond rend par « ciseau ».
Plusieurs expressions sont figées. On « frappe au tranchant de l'épée », littéralement « à la bouche de l'épée » (lᵉpî-ḥereb), image d'une lame qui dévore. On « tire » l'épée, on la « remet au fourreau ». La langue elle-même peut devenir une épée (Ps 57.5), et la parole séductrice de l'étrangère est « aiguë comme un glaive à deux tranchants » (Pr 5.4).
Sens et emplois
L'arme du combat
Le sens le plus fréquent : l'épée du soldat, symbole de la force humaine. David oppose à cet armement la confiance dans le nom de Dieu.
« David dit au Philistin: Tu marches contre moi avec l'épée, la lance et le javelot; et moi, je marche contre toi au nom de l'Éternel des armées, du Dieu de l'armée d'Israël, que tu as insultée. »1 S 17.45, Segond 1910
Outil tranchant
Le mot désigne aussi le couteau ou le ciseau. Les couteaux de silex servent au rite de la circoncision à l'entrée en Canaan.
« En ce temps-là, l'Éternel dit à Josué: Fais-toi des couteaux de pierre, et circoncis de nouveau les enfants d'Israël, une seconde fois. »Jos 5.2, Segond 1910
L'épée de Dieu et de ses envoyés
Dès le jardin d'Éden, l'épée garde l'accès à la vie ; plus tard, l'ange de l'Éternel se tient l'épée nue devant Balaam ou Josué.
« C'est ainsi qu'il chassa Adam; et il mit à l'orient du jardin d'Eden les chérubins qui agitent une épée flamboyante, pour garder le chemin de l'arbre de vie. »Gn 3.24, Segond 1910
Figure du jugement
Chez Jérémie et Ézéchiel, l'épée forme avec la famine et la peste la triade des fléaux de l'alliance rompue (Lv 26).
« Et s'ils te disent: Où irons-nous? Tu leur répondras: Ainsi parle l'Éternel: À la mort ceux qui sont pour la mort, À l'épée ceux qui sont pour l'épée, À la famine ceux qui sont pour la famine, À la captivité ceux qui sont pour la captivité! »Jr 15.2, Segond 1910
L'épée brisée de l'espérance
Les prophètes annoncent un temps où les armes seront transformées en outils agricoles et où la guerre ne s'apprendra plus.
« Il sera le juge des nations, L'arbitre d'un grand nombre de peuples. De leurs glaives ils forgeront des hoyaux, Et de leurs lances des serpes: Une nation ne tirera plus l'épée contre une autre, Et l'on n'apprendra plus la guerre. »És 2.4, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante traduit ḥereb surtout par deux mots grecs. Μάχαιρα désigne à l'origine un grand couteau, celui du sacrifice ou du boucher, puis l'épée courte ; ῥομφαία nomme une large épée d'origine thrace. Les traducteurs grecs les emploient de façon presque interchangeable pour rendre l'hébreu.
Le Nouveau Testament hérite de ce double vocabulaire. Μάχαιρα est l'épée de Pierre au jardin de Gethsémané, que Jésus fait remettre au fourreau : « Remets ton épée à sa place; car tous ceux qui prendront l'épée périront par l'épée » (Mt 26.52). C'est aussi « l'épée de l'Esprit, qui est la parole de Dieu » (Ep 6.17) et l'épée « à deux tranchants » de Hébreux 4.12, qui reprend une image de Proverbes 5.4 et du Psaume 149.6. Ῥομφαία, plus rare, appartient surtout à l'Apocalypse, où l'épée sort de la bouche du Christ (Ap 19.15) : la parole remplace l'arme, comme dans l'oracle d'Ésaïe 49.2.
La Vulgate rend le mot par gladius, d'où le « glaive » des traductions françaises, que Segond alterne avec « épée » selon le registre.
Le débat
L'oracle des épées changées en hoyaux appartient-il d'abord à Ésaïe, à Michée, ou à une tradition plus ancienne que tous deux ?
- Priorité d'Ésaïe (lecture traditionnelle) : Ésaïe, prophète de Jérusalem et de Sion, serait l'auteur de l'oracle, que Michée aurait repris. Argument : le thème de Sion centre du monde est typique d'Ésaïe, et l'oracle ouvre une section consacrée à Jérusalem (És 2-4).
- Priorité de Michée (plusieurs commentateurs modernes) : Michée 4.1-4 offre une version plus complète, avec une conclusion propre (« Ils habiteront chacun sous sa vigne et sous son figuier », Mi 4.4) qui semble faire partie de l'oracle. Ésaïe en aurait donné une forme abrégée.
- Un oracle commun plus ancien ou plus récent (exégèse historico-critique) : Les deux livres citeraient un poème liturgique indépendant, chanté au Temple ou composé après l'exil, inséré dans les deux recueils lors de leur rédaction. Argument : la quasi-identité du texte et sa place de transition dans chacun des livres.
Le texte ne permet pas de trancher avec certitude. Le fait le plus parlant est ailleurs : Joël 3.10 retourne la formule (« De vos hoyaux forgez des épées »), signe qu'elle était devenue proverbiale. L'espérance d'Israël ne se contente pas de souhaiter la fin de la guerre ; elle l'attend d'un jugement de Dieu entre les peuples, qui rend les armes inutiles.
Portée théologique
L'épée traverse la Bible comme un rappel de la violence née hors du jardin. Elle apparaît d'abord entre les mains des chérubins, pour fermer le chemin de l'arbre de vie : avant d'être l'arme de l'homme contre l'homme, elle est la limite que Dieu pose au pécheur. Le récit de David et Goliath en donne la leçon décisive : « ce n'est ni par l'épée ni par la lance que l'Éternel sauve » (1 S 17.47). Israël ne doit pas placer sa confiance dans son armement.
Les prophètes vont plus loin. L'épée devient l'instrument du jugement que Dieu exerce contre son propre peuple infidèle, selon les malédictions de Lévitique 26 ; Ézéchiel en fait un chant terrible. Mais la même tradition annonce la paix : l'alliance d'Osée 2.18 brise « l'arc, l'épée et la guerre », et Ésaïe voit les glaives forgés en hoyaux. Pour la prédication, Jésus au jardin de Gethsémané est le point d'arrivée : il refuse l'épée de Pierre et laisse à ses disciples une autre arme, la parole de Dieu, qui tranche les cœurs au lieu de verser le sang.
Chaîne : De l'épée flamboyante à l'épée de la parole
- Gn 3.24 L'épée qui garde l'arbre de vie : « C'est ainsi qu'il chassa Adam; et il mit à l'orient du jardin d'Eden les chérubins qui agitent une épée flamboyante, pour garder le chemin de l'arbre de vie. »
- Nb 22.23 L'ange arrête Balaam : « L'ânesse vit l'ange de l'Éternel qui se tenait sur le chemin, son épée nue dans la main; elle se détourna du chemin et alla dans les champs. Balaam frappa l'ânesse pour la ramener dans le chemin. »
- Jos 5.13 Le chef de l'armée de l'Éternel : « Comme Josué était près de Jéricho, il leva les yeux, et regarda. Voici, un homme se tenait debout devant lui, son épée nue dans la main. Il alla vers lui, et lui dit: Es-tu des nôtres ou de nos ennemis? »
- 1 S 17.47 Ni par l'épée ni par la lance : « Et toute cette multitude saura que ce n'est ni par l'épée ni par la lance que l'Éternel sauve. Car la victoire appartient à l'Éternel. Et il vous livre entre nos mains. »
- Ps 45.4 L'épée du roi : « Vaillant guerrier, ceins ton épée, -Ta parure et ta gloire, »
- És 2.4 Des glaives forgés en hoyaux : « Il sera le juge des nations, L'arbitre d'un grand nombre de peuples. De leurs glaives ils forgeront des hoyaux, Et de leurs lances des serpes: Une nation ne tirera plus l'épée contre une autre, Et l'on n'apprendra plus la guerre. »
- Éz 21.9 L'épée du jugement : « Fils de l'homme, prophétise, et dis: Ainsi parle l'Éternel. Dis: L'épée! l'épée! Elle est aiguisée, elle est polie. »
- Mt 26.52 Remets ton épée à sa place : « Alors Jésus lui dit: Remets ton épée à sa place; car tous ceux qui prendront l'épée périront par l'épée. »
- Ep 6.17 L'épée de l'Esprit : « prenez aussi le casque du salut, et l'épée de l'Esprit, qui est la parole de Dieu. »
- Hé 4.12 La parole à deux tranchants : « Car la parole de Dieu est vivante et efficace, plus tranchante qu'une épée quelconque à deux tranchants, pénétrante jusqu'à partager âme et esprit, jointures et moelles; elle juge les sentiments et les pensées du cœur. »
- Ap 19.15 L'épée sortant de la bouche : « De sa bouche sortait une épée aiguë, pour frapper les nations; il les paîtra avec une verge de fer; et il foulera la cuve du vin de l'ardente colère du Dieu tout-puissant. »
Mots apparentés
- mišpāṭ מִשְׁפָּט : jugement, droit
- mût מוּת : mourir, faire mourir
- šālôm שָׁלוֹם : paix, bien-être, intégrité
- yād יָד : main, puissance
- kelî כְּלִי : objet, ustensile, vase, arme
- milḥāmāh מִלְחָמָה : guerre, bataille, combat
Autres mots du thème « Péché, mort et repentance »
- ḥaṭṭāʾt : péché ; sacrifice pour le péché
- ʿāwōn : iniquité, culpabilité
- pešaʿ : transgression, révolte
- šûb : revenir, se convertir
- šeʾôl : séjour des morts
- hamartia : péché
- metanoia : repentance, conversion
- sarx : chair
Anecdotes pour prêcher ce mot
- « Être du côté de Dieu » : la réponse d'Abraham Lincoln à un pasteur (Abraham Lincoln, vers 1862-1864)
Bibliographie
- Francis Brown, S. R. Driver, Charles A. Briggs, A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament, Oxford, Clarendon Press, 1907. voir sur Amazon
- Ludwig Koehler, Walter Baumgartner, The Hebrew and Aramaic Lexicon of the Old Testament (HALOT), Leyde, Brill, 1994-2000. voir sur Amazon
- Art. « ḥereb », Theological Dictionary of the Old Testament, vol. 5, Grand Rapids, Eerdmans. voir sur Amazon
- Roland de Vaux, Les Institutions de l'Ancien Testament, 2 vol., Paris, Cerf, 1958-1960 (sur l'armement et la guerre). voir sur Amazon
- Yigael Yadin, The Art of Warfare in Biblical Lands, Londres, Weidenfeld and Nicolson, 1963. voir sur Amazon
- Art. « μάχαιρα », Theological Dictionary of the New Testament, Grand Rapids, Eerdmans. voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
En tant que Partenaire Amazon, nous réalisons un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.
Ouvrir la fiche interactive · Toutes les occurrences de ḥereb (H2719) dans la concordance biblique