milḥāmāh מִלְחָמָה
Strong H4421 · nom féminin · guerre, bataille, combat · 319 occurrences
Le mot hébreu courant pour la guerre, de la bataille ponctuelle à l'état de guerre durable. La Bible l'emploie pour l'histoire militaire d'Israël, mais aussi pour dire que la bataille appartient à Dieu, et pour annoncer le jour où l'on n'apprendra plus la guerre.
Racine et étymologie
Milḥāmāh est formé sur la racine l-ḥ-m avec le préfixe mi-, qui sert souvent en hébreu à désigner le lieu ou l'action d'un verbe. Le verbe correspondant, lāḥam (H3898), s'emploie surtout au niphal, nilḥam, « combattre, livrer bataille » : la forme dit une action réciproque, deux partis qui s'affrontent.
La même suite de consonnes l-ḥ-m donne aussi leḥem, « pain », et le verbe lāḥam au qal, « manger ». Le rapprochement est ancien et tentant, mais les lexiques le jugent incertain : il peut s'agir de deux racines homonymes. Il vaut mieux ne pas bâtir de leçon sur un jeu entre « pain » et « guerre », même si certains auteurs ont relevé que l'on combat souvent pour la nourriture et la terre.
Le mot est très fréquent, plus de trois cents emplois, et se concentre dans les livres historiques (Samuel, Rois, Chroniques), le Deutéronome et Josué. Il forme des expressions fixes : ʾîš milḥāmāh, « homme de guerre, guerrier » ; kĕlê milḥāmāh, « armes » ; ʿaśāh milḥāmāh, « faire la guerre ». On le trouve aussi dans des titres comme le « livre des guerres de l'Éternel » (Nb 21.14), écrit perdu cité par le Pentateuque.
Sens et emplois
La guerre comme réalité historique
Le sens premier : le conflit armé entre peuples, avec ses saisons, ses lois et ses dangers. Le Deutéronome encadre la conduite d'Israël à la guerre et commence par interdire la peur.
« Lorsque tu iras à la guerre contre tes ennemis, »Dt 20.1, Segond 1910
L'Éternel, homme de guerre
Après la traversée de la mer, le cantique de Moïse attribue à Dieu le titre ʾîš milḥāmāh, littéralement « homme de guerre ». Segond adoucit en « vaillant guerrier ».
« L'Éternel est un vaillant guerrier; L'Éternel est son nom. »Ex 15.3, Segond 1910
La bataille appartient à Dieu
Formule clé de la foi d'Israël : l'issue du combat ne dépend pas des armes. Littéralement, David dit « à l'Éternel est la bataille » ; Segond traduit « la victoire ».
« Car la victoire appartient à l'Éternel. »1 S 17.47, Segond 1910
Un temps parmi d'autres
La sagesse range la guerre parmi les réalités ambivalentes de l'existence, en face de la paix (šālôm) : elle a son temps, elle n'a pas le dernier mot.
« un temps pour la guerre, et un temps pour la paix. »Ec 3.8, Segond 1910
La fin de la guerre
Les prophètes annoncent un règne où Dieu arbitre entre les nations et où la guerre n'est même plus enseignée. Le même oracle se lit en Ésaïe 2 et en Michée 4.
« Une nation ne tirera plus l'épée contre une autre, Et l'on n'apprendra plus la guerre. »És 2.4, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante rend milḥāmāh presque toujours par πόλεμος, « guerre », d'où viennent nos mots « polémique » et « polémologie ». Le verbe nilḥam devient πολεμέω, « faire la guerre ». La correspondance est stable et ne pose guère de problème de traduction.
Dans le Nouveau Testament, πόλεμος est rare. Jésus annonce des « guerres et de bruits de guerres » (Mt 24.6) qui ne sont pas encore la fin. L'Apocalypse reprend l'imagerie du Dieu guerrier, mais la transforme : la « guerre dans le ciel » (Ap 12.7) est gagnée « à cause du sang de l'agneau » (Ap 12.11), et le cavalier fidèle combat par l'épée qui sort de sa bouche, c'est-à-dire par sa parole (Ap 19.15). Paul transpose aussi le vocabulaire militaire dans le combat spirituel (2 Co 10.4, Ep 6.12). La Vulgate traduit par bellum ou proelium.
Le débat
La « guerre de l'Éternel » était-elle une institution religieuse de l'ancien Israël, ou une manière théologique de relire son histoire ?
- Une institution sacrée (Gerhard von Rad, Der Heilige Krieg im alten Israel, 1951) : Avant la royauté, la guerre était un acte cultuel aux rites fixes : appel des tribus, consécration, oracle, cri de guerre, panique envoyée par Dieu, interdit (ḥērem). Les textes plus tardifs, comme le Deutéronome, idéalisent ce souvenir.
- Une conviction plus qu'une institution (Rudolf Smend, Jahwekrieg und Stämmebund, 1963) : Rien ne prouve que la guerre sainte ait été une institution réglée ni qu'elle ait été liée à une ligue des tribus. Ce qui est ancien, c'est la conviction que Dieu combat pour son peuple.
- Dieu seul combat (Millard C. Lind, Yahweh Is a Warrior, 1980) : Les récits les plus anciens, à commencer par l'Exode, montrent Dieu agissant par un miracle sans qu'Israël combatte. La foi biblique relativise donc la force militaire au lieu de la sacraliser.
Le schéma rituel reconstruit par von Rad est sans doute trop systématique, comme l'a montré Smend. Mais l'idée qu'il a dégagée reste décisive : dans de nombreux textes, la bataille « appartient » à Dieu, et l'homme y est invité à ne pas craindre plutôt qu'à compter ses armes. C'est cette conviction que les prophètes prolongent jusqu'à l'annonce de la fin de la guerre.
Portée théologique
Le lecteur moderne est souvent gêné par la place de la guerre dans l'Ancien Testament. Il faut d'abord reconnaître que la Bible ne cache rien de la violence de l'histoire : elle raconte des guerres réelles, avec leurs victoires et leurs horreurs. Mais elle en change le centre de gravité. Dire que « la bataille appartient à l'Éternel », c'est retirer au roi et à l'armée la gloire de la victoire ; c'est aussi interdire de compter sur les chars et les chevaux (Ps 20.8).
Les prophètes vont plus loin : le même Dieu qui combattait pour Israël brise un jour l'arc et la lance (Ps 46.10) et fait apprendre aux nations autre chose que la guerre. Dans le Nouveau Testament, le combat change de nature : Jésus refuse l'épée pour se défendre, l'agneau vainc par son sang, et les croyants reçoivent des armes qui sont la vérité, la justice, la foi et la parole.
Pour la prédication, le fil le plus fécond est celui de Deutéronome 20 et 2 Chroniques 20 : avant la bataille, Dieu dit « ne crains pas ». La foi ne nie pas le conflit ; elle refuse d'en faire l'ultime réalité.
Chaîne : Du Dieu guerrier au règne de paix
- Ex 14.14 L'Éternel combattra pour vous : « L'Éternel combattra pour vous; et vous, gardez le silence. »
- Ex 15.3 Le cantique de la mer : « L'Éternel est un vaillant guerrier; L'Éternel est son nom. »
- Dt 20.1 Ne pas craindre à la guerre : « Lorsque tu iras à la guerre contre tes ennemis, et que tu verras des chevaux et des chars, et un peuple plus nombreux que toi, tu ne les craindras point; car l'Éternel, ton Dieu, qui t'a fait monter du pays d'Égypte, est avec toi. »
- 1 S 17.47 David devant Goliath : « Et toute cette multitude saura que ce n'est ni par l'épée ni par la lance que l'Éternel sauve. Car la victoire appartient à l'Éternel. Et il vous livre entre nos mains. »
- 2 Ch 20.15 Ce sera Dieu qui combattra : « Et Jachaziel dit: Soyez attentifs, tout Juda et habitants de Jérusalem, et toi, roi Josaphat! Ainsi vous parle l'Éternel: Ne craignez point et ne vous effrayez point devant cette multitude nombreuse, car ce ne sera pas vous qui combattrez, ce sera Dieu. »
- Ps 46.10 Il fait cesser les combats : « C'est lui qui a fait cesser les combats jusqu'au bout de la terre; Il a brisé l'arc, et il a rompu la lance, Il a consumé par le feu les chars de guerre. - »
- És 2.4 Des glaives aux hoyaux : « Il sera le juge des nations, L'arbitre d'un grand nombre de peuples. De leurs glaives ils forgeront des hoyaux, Et de leurs lances des serpes: Une nation ne tirera plus l'épée contre une autre, Et l'on n'apprendra plus la guerre. »
- Os 2.18 L'arc et l'épée brisés : « En ce jour-là, je traiterai pour eux une alliance avec les bêtes des champs, les oiseaux du ciel et les reptiles de la terre, je briserai dans le pays l'arc, l'épée et la guerre, et je les ferai reposer avec sécurité. »
- Mt 26.52 Remets ton épée : « Alors Jésus lui dit: Remets ton épée à sa place; car tous ceux qui prendront l'épée périront par l'épée. »
- Ep 6.12 Un autre combat : « Car nous n'avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les dominations, contre les autorités, contre les princes de ce monde de ténèbres, contre les esprits méchants dans les lieux célestes. »
- Ap 19.11 Le cavalier fidèle : « Puis je vis le ciel ouvert, et voici, parut un cheval blanc. Celui qui le montait s'appelle Fidèle et Véritable, et il juge et combat avec justice. »
Mots apparentés
- ḥereb חֶרֶב : épée, glaive
- ṣābāʾ צָבָא : armée, troupe, service
- šālôm שָׁלוֹם : paix, bien-être, intégrité
- nākāh נָכָה : frapper, abattre
- eirēnē εἰρήνη : paix
- ʾōyēb אֹיֵב : ennemi
- maḥăneh מַחֲנֶה : camp
Autres mots du thème « Dieu et ses noms »
- YHWH : l'Éternel, le Seigneur
- ʾĕlōhîm : Dieu, dieux
- ʾēl : Dieu, le Dieu fort
- ʾădōnāy : Seigneur, mon Seigneur
- šadday : le Tout-Puissant
- qādôš : saint
- kāḇôd : gloire, poids, honneur
- theos : Dieu, dieu
Anecdotes pour prêcher ce mot
- Le dernier sermon de Spurgeon : « le plus magnanime des capitaines » (Charles Spurgeon, 7 juin 1891)
- « Ce que Dieu peut faire d'un homme » : la phrase qui marqua Moody (Dwight L. Moody, vers 1867-1872)
- « Des accidents, non des châtiments » : Spurgeon après deux catastrophes ferroviaires (Charles Spurgeon, 8 septembre 1861)
Bibliographie
- Francis Brown, S. R. Driver, Charles A. Briggs, A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament (BDB), Oxford, Clarendon Press, 1906. voir sur Amazon
- Ludwig Koehler et Walter Baumgartner, The Hebrew and Aramaic Lexicon of the Old Testament (HALOT), Leiden, Brill, 1994-2000. voir sur Amazon
- Gerhard von Rad, Der Heilige Krieg im alten Israel, Zurich, Zwingli Verlag, 1951. voir sur Amazon
- Rudolf Smend, Jahwekrieg und Stämmebund, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1963. voir sur Amazon
- Patrick D. Miller, The Divine Warrior in Early Israel, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 1973. voir sur Amazon
- Millard C. Lind, Yahweh Is a Warrior: The Theology of Warfare in Ancient Israel, Scottdale, Herald Press, 1980. voir sur Amazon
- Susan Niditch, War in the Hebrew Bible: A Study in the Ethics of Violence, New York, Oxford University Press, 1993. voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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