ʾōyēb אֹיֵב

Strong H341 · participe substantivé, masculin · ennemi · 280 occurrences

Celui qui est hostile, l'ennemi personnel ou national. Le mot est omniprésent dans les Psaumes, où le fidèle crie vers Dieu contre ceux qui le menacent. La Bible y apprend à remettre l'ennemi entre les mains de Dieu, jusqu'au commandement de l'aimer.

Racine et étymologie

Le mot ʾōyēb est, grammaticalement, le participe actif du verbe ʾāyab (H340), « être hostile, traiter en ennemi ». Littéralement, l'ennemi est donc « celui qui est hostile », celui qui agit en adversaire. Le verbe lui-même est rare, mais son participe, devenu un véritable nom, est très fréquent. Il peut prendre un suffixe (« mes ennemis », « tes ennemis ») et même un féminin : « Ne te réjouis pas à mon sujet, mon ennemie ! » (Mi 7.8), où c'est une ville rivale qui est visée.

La même racine donne le nom ʾêbāh (H342), « inimitié », qui apparaît dès Genèse 3.15 : « Je mettrai inimitié entre toi et la femme ». L'hostilité entre le serpent et la descendance de la femme est ainsi la première de l'Écriture, et elle donne une profondeur spirituelle à tout le vocabulaire de l'ennemi.

L'hébreu dispose d'autres mots proches. Ṣar (H6862), « adversaire, oppresseur », vient d'une racine qui évoque l'étroitesse et la détresse : l'ennemi est celui qui serre. Śōnēʾ (H8130), « celui qui hait », souligne le sentiment. Les trois termes se répondent souvent en parallèle dans la poésie, comme dans Nombres 10.35 : « que tes ennemis soient dispersés ! que ceux qui te haïssent fuient devant ta face ! ».

Sens et emplois

  1. L'ennemi militaire et national

    Le sens le plus fréquent dans les livres historiques : les peuples qui font la guerre à Israël. Les promesses de l'alliance incluent la victoire sur eux, et les malédictions la défaite.

    « L'Éternel te donnera la victoire sur tes ennemis qui s'élèveront contre toi »Dt 28.7, Segond 1910
  2. L'ennemi personnel

    La haine peut naître au sein même du peuple ou de la famille. Saül devient l'ennemi de David, et Michée décrit une société où les proches deviennent adversaires.

    « Saül craignit de plus en plus David, et il fut toute sa vie son ennemi. »1 S 18.29, Segond 1910
  3. L'ennemi à secourir

    La Loi ne permet pas de traiter l'ennemi comme hors la loi. Le droit du Sinaï impose de lui rendre service, ce qui prépare l'enseignement de Jésus.

    « Si tu rencontres le bœuf de ton ennemi ou son âne égaré, tu le lui ramèneras. »Ex 23.4, Segond 1910
  4. Les ennemis de Dieu et de son Messie

    Les ennemis du roi d'Israël sont aussi ceux de Dieu. Le Psaume 110, le plus cité du Nouveau Testament, annonce leur soumission finale au Seigneur assis à la droite de Dieu.

    « Assieds-toi à ma droite, Jusqu'à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied. »Ps 110.1, Segond 1910
  5. Dieu devenu ennemi

    Le sens le plus troublant : quand le peuple se révolte, Dieu lui-même se fait son adversaire. Les Lamentations disent la catastrophe de Jérusalem en ces termes.

    « Le Seigneur a été comme un ennemi; Il a dévoré Israël »Lm 2.5, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La Septante traduit ʾōyēb presque toujours par ἐχθρός (G2190), « ennemi, haï », adjectif employé comme nom. C'est le même mot que l'on trouve dans le Nouveau Testament quand Jésus cite le Psaume 110 (Mt 22.44) ou quand Paul en tire que « le dernier ennemi qui sera détruit, c'est la mort » (1 Co 15.26). Le nom ἔχθρα, « inimitié », correspond à l'hébreu ʾêbāh.

Le Nouveau Testament opère deux déplacements décisifs. D'abord, Jésus commande : « Aimez vos ennemis » (Mt 5.44), ce qui radicalise Exode 23.4 et Proverbes 25.21, que Paul cite en Romains 12.20. Ensuite, Paul applique le mot aux pécheurs eux-mêmes : « lorsque nous étions ennemis, nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils » (Rm 5.10). L'ennemi n'est plus seulement l'autre : c'est moi, réconcilié. La Vulgate emploie inimicus, d'où « inimitié ».

Le débat

Qui sont les « ennemis » dont se plaignent les psaumes de supplication individuelle ?

Les ennemis des Psaumes sont volontairement peu définis, ce qui permet à chaque lecteur d'y prier sa propre détresse. Mowinckel et Birkeland ont éclairé des contextes possibles ; Zenger a rappelé la fonction de ces prières. Elles ne contredisent pas Mt 5.44 : on peut aimer son ennemi parce qu'on a remis à Dieu le soin de la justice.

Portée théologique

La Bible ne cache pas l'existence de l'ennemi. Elle parle de guerres, de trahisons, de familles déchirées, et elle donne au fidèle des mots pour crier quand il est persécuté. Le grand nombre d'emplois de ʾōyēb dans les Psaumes montre que la prière biblique n'est pas une évasion : elle porte devant Dieu la menace réelle et la peur qu'elle suscite. Le salut, dans l'Ancien Testament, est souvent d'abord une délivrance des ennemis, comme au passage de la mer (Ex 15.6).

Mais l'Écriture travaille aussi à transformer le regard. La Loi oblige déjà à ramener l'âne de l'ennemi, les Proverbes à lui donner du pain, et les Lamentations osent dire que Dieu lui-même s'est fait ennemi d'un peuple infidèle. L'ennemi n'est donc jamais simplement l'autre, extérieur et mauvais.

Le Nouveau Testament mène ce mouvement à son terme. Jésus commande d'aimer ses ennemis et de prier pour eux. Paul révèle que nous étions nous-mêmes ennemis de Dieu, et que Dieu nous a réconciliés par la mort de son Fils. Le dernier ennemi n'est pas un peuple mais la mort. Pour la prédication, la question n'est plus « qui est mon ennemi ? », mais « comment Dieu m'a-t-il aimé quand j'étais le sien ? ».

Chaîne : De l'inimitié à la réconciliation

  1. Gn 3.15 La première inimitié : « Je mettrai inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité: celle-ci t'écrasera la tête, et tu lui blesseras le talon. »
  2. Gn 22.17 La porte des ennemis : « je te bénirai et je multiplierai ta postérité, comme les étoiles du ciel et comme le sable qui est sur le bord de la mer; et ta postérité possédera la porte de ses ennemis. »
  3. Ex 15.6 La droite qui écrase l'ennemi : « Ta droite, ô Éternel! a signalé sa force; Ta droite, ô Éternel! a écrasé l'ennemi. »
  4. Ex 23.4 Le bœuf de ton ennemi : « Si tu rencontres le bœuf de ton ennemi ou son âne égaré, tu le lui ramèneras. »
  5. Ps 110.1 Les ennemis pour marchepied : « De David. Psaume. Parole de l'Éternel à mon Seigneur: Assieds-toi à ma droite, Jusqu'à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied. »
  6. Pr 25.21 Si ton ennemi a faim : « Si ton ennemi a faim, donne-lui du pain à manger; S'il a soif, donne-lui de l'eau à boire. »
  7. Lm 2.5 Dieu comme un ennemi : « Le Seigneur a été comme un ennemi; Il a dévoré Israël, il a dévoré tous ses palais, Il a détruit ses forteresses; Il a rempli la fille de Juda de plaintes et de gémissements. »
  8. Mi 7.6 Les ennemis de la maison : « Car le fils outrage le père, La fille se soulève contre sa mère, La belle-fille contre sa belle-mère; Chacun a pour ennemis les gens de sa maison. - »
  9. Mt 5.44 Aimez vos ennemis : « Mais moi, je vous dis: Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, »
  10. Rm 5.10 Ennemis réconciliés : « Car si, lorsque nous étions ennemis, nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils, à plus forte raison, étant réconciliés, serons-nous sauvés par sa vie. »
  11. Rm 12.20 Des charbons ardents : « Mais si ton ennemi a faim, donne-lui à manger; s'il a soif, donne-lui à boire; car en agissant ainsi, ce sont des charbons ardents que tu amasseras sur sa tête. »
  12. 1 Co 15.26 Le dernier ennemi : « Le dernier ennemi qui sera détruit, c'est la mort. »

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Anecdotes pour prêcher ce mot

Bibliographie

Pour aller plus loin

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