nāp̄al נָפַל
Strong H5307 · verbe · tomber · 433 occurrences
Tomber, au sens propre comme au figuré : chuter, s'écrouler, mourir au combat, se prosterner, échoir à quelqu'un. Le verbe dit la fragilité humaine, mais aussi l'adoration et la promesse que Dieu relève ceux qui tombent.
Racine et étymologie
La racine n-p-l, « tomber », est attestée dans plusieurs langues sémitiques, notamment en akkadien et en araméen, avec un sens très proche. C'est un verbe concret, qui décrit d'abord un mouvement physique de haut en bas : une muraille qui s'écroule, un homme qui s'effondre, un objet qui tombe. À partir de là, l'hébreu a développé une grande variété d'emplois figurés.
Au thème simple (qal), nāp̄al signifie « tomber », mais aussi « se jeter » (au cou de quelqu'un), « se prosterner » (sur sa face), « tomber sur » (attaquer), « passer à l'ennemi » (déserter) ou « échoir » (un sort, un héritage). Au causatif (hiphil), il signifie « faire tomber » : abattre, jeter le sort, ou faire tomber un profond sommeil, comme sur Adam (Gn 2.21). Au hitpaël, il signifie « se jeter à terre, se prosterner » dans la prière. Le lexique de STEPBible regroupe ces nuances : tomber, mourir de mort violente, se prosterner, attaquer, déserter, tirer au sort.
Plusieurs mots apparentés prolongent la racine : mappālâ, « ruine », nēp̄el, « avorton », et peut-être le nom des Nephilim (Gn 6.4), dont l'étymologie reste discutée. La variété de ces emplois montre que « tomber » couvre en hébreu toute l'échelle de l'expérience humaine, de la défaite à l'adoration.
Sens et emplois
Tomber, s'écrouler
Le sens physique : une chute, un effondrement. À Jéricho, la muraille tombe au cri du peuple, ce qui fait de la chute un signe de l'intervention de Dieu.
« il poussa de grands cris, et la muraille s'écroula; »Jos 6.20, Segond 1910
Tomber au combat
Tomber, c'est souvent mourir de mort violente. La complainte de David sur Saül et Jonathan en fait un refrain douloureux.
« Comment des héros sont-ils tombés? »2 S 1.19, Segond 1910
Se prosterner devant Dieu
Tomber sur sa face est le geste de l'adoration et de la crainte devant la présence divine. Abram le fait quand Dieu lui parle de l'alliance.
« Abram tomba sur sa face; et Dieu lui parla, en disant: »Gn 17.3, Segond 1910
Se jeter au cou de quelqu'un
Le même verbe décrit l'élan des retrouvailles et de la réconciliation : Ésaü court vers Jacob qui le redoutait.
« il l'embrassa, se jeta à son cou, et le baisa. »Gn 33.4, Segond 1910
Échoir, tomber en partage
Un sort ou un héritage « tombe » sur quelqu'un : ce qui lui revient sans qu'il l'ait choisi. Le psalmiste y voit un don de Dieu.
« Un héritage délicieux m'est échu, »Ps 16.6, Segond 1910
La chute et le relèvement
Le verbe devient le langage de la faute et de l'épreuve, toujours en vis-à-vis de la promesse que Dieu relève.
« L'Éternel soutient tous ceux qui tombent, Et il redresse tous ceux qui sont courbés. »Ps 145.14, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante traduit nāp̄al surtout par πίπτω (G4098), « tomber », et par ses composés, comme ἐπιπίπτω, « tomber sur ». L'équivalence est régulière et conserve la plupart des emplois hébreux : chute, mort au combat, prosternation. Πίπτω est aussi le verbe du Nouveau Testament quand Jean, dans l'Apocalypse, « tombe à ses pieds comme mort » devant le Christ glorifié (Ap 1.17), reprenant le geste d'Ézéchiel (Éz 1.28).
Le grec garde également l'opposition hébraïque entre tomber et se relever. La prophétie d'Amos, « je relèverai de sa chute la maison de David » (Am 9.11), est citée par Jacques au concile de Jérusalem (Ac 15.16) pour justifier l'accueil des nations. Paul avertit : « que celui qui croit être debout prenne garde de tomber! » (1 Co 10.12). Et Jésus voit « Satan tomber du ciel comme un éclair » (Lc 10.18). La Vulgate rend le verbe par « cado », d'où notre « chute » et notre « cadavre ».
Le débat
L'« astre brillant » « tombé du ciel » d'Ésaïe 14.12 désigne-t-il le roi de Babylone ou la chute de Satan ?
- La chute de Satan (lecture patristique) : Plusieurs Pères de l'Église ont lu dans ce texte la chute originelle d'un ange orgueilleux, rapprochée de la parole de Jésus en Lc 10.18. La Vulgate, en traduisant « astre brillant » par « lucifer », a donné à Satan le nom sous lequel il est connu dans la tradition occidentale.
- Le roi de Babylone (exégèse historico-critique) : Le contexte est explicite : il s'agit d'un « chant sur le roi de Babylone » (És 14.4). Le prophète emploie une imagerie mythologique, peut-être cananéenne, de l'astre du matin qui prétend monter au-dessus des étoiles, pour railler l'orgueil d'un tyran humain.
- Une lecture typologique (lecture tenue par de nombreux commentateurs évangéliques) : Le texte vise d'abord le roi de Babylone, mais l'orgueil qu'il décrit dépasse un souverain particulier et reflète la révolte spirituelle derrière les puissances humaines. Le sens premier est historique ; l'application à Satan est secondaire.
Le sens premier est clairement fixé par És 14.4 : c'est un chant de dérision contre le roi de Babylone. L'application à Satan relève de la lecture ultérieure. Le verbe nāp̄al souligne dans tous les cas le contraste entre l'orgueil qui veut monter et la chute qui le rabaisse.
Portée théologique
Nāp̄al est le verbe de la fragilité. L'homme tombe sous les coups, dans la mort, dans l'humiliation ; les puissants tombent aussi, et le refrain de David sur Saül le dit avec une douleur qui n'épargne pas les héros. Les Lamentations en font une confession : « La couronne de notre tête est tombée! Malheur à nous, parce que nous avons péché! » (Lm 5.16). Mais le même verbe dit l'adoration : tomber sur sa face devant Dieu, comme Abram, comme le peuple lorsque le feu sort de devant l'Éternel (Lv 9.24), comme Ézéchiel devant la gloire. Il y a une chute qui détruit et une chute qui adore.
Pour la prédication, le verbe est inséparable de son contraire. Le juste n'est pas celui qui ne tombe jamais : « sept fois le juste tombe, et il se relève » (Pr 24.16). La certitude du psalmiste, « S'il tombe, il n'est pas terrassé, Car l'Éternel lui prend la main » (Ps 37.24), est reprise dans la voix de Sion humiliée : « si je suis tombée, je me relèverai » (Mi 7.8). David, coupable, choisit de tomber « entre les mains de l'Éternel, car ses compassions sont immenses » plutôt qu'entre les mains des hommes (2 S 24.14). L'Évangile accomplit cette promesse : Dieu relève de sa chute la tente de David, et la porte s'ouvre aux nations.
Chaîne : Tomber et être relevé
- Gn 4.5 Le visage abattu de Caïn : « mais il ne porta pas un regard favorable sur Caïn et sur son offrande. Caïn fut très irrité, et son visage fut abattu. »
- Gn 17.3 Abram tombe sur sa face : « Abram tomba sur sa face; et Dieu lui parla, en disant: »
- Gn 33.4 Ésaü se jette au cou de Jacob : « Esaü courut à sa rencontre; il l'embrassa, se jeta à son cou, et le baisa. Et ils pleurèrent. »
- Jos 6.20 La muraille s'écroule : « Le peuple poussa des cris, et les sacrificateurs sonnèrent des trompettes. Lorsque le peuple entendit le son de la trompette, il poussa de grands cris, et la muraille s'écroula; le peuple monta dans la ville, chacun devant soi. Ils s'emparèrent de la ville, »
- 2 S 1.19 Comment des héros sont-ils tombés ? : « L'élite d'Israël a succombé sur tes collines! Comment des héros sont-ils tombés? »
- 2 S 24.14 Tomber entre les mains de Dieu : « David répondit à Gad: Je suis dans une grande angoisse! Oh! tombons entre les mains de l'Éternel, car ses compassions sont immenses; mais que je ne tombe pas entre les mains des hommes! »
- Ps 37.24 Il n'est pas terrassé : « S'il tombe, il n'est pas terrassé, Car l'Éternel lui prend la main. »
- Pr 24.16 Sept fois le juste tombe : « Car sept fois le juste tombe, et il se relève, Mais les méchants sont précipités dans le malheur. »
- És 14.12 L'orgueil abattu : « Te voilà tombé du ciel, Astre brillant, fils de l'aurore! Tu es abattu à terre, Toi, le vainqueur des nations! »
- Am 9.11 La maison de David relevée : « En ce temps-là, je relèverai de sa chute la maison de David, J'en réparerai les brèches, j'en redresserai les ruines, Et je la rebâtirai comme elle était autrefois, »
- Mi 7.8 Si je suis tombée : « Ne te réjouis pas à mon sujet, mon ennemie! Car si je suis tombée, je me relèverai; Si je suis assise dans les ténèbres, L'Éternel sera ma lumière. »
- Ap 1.17 Aux pieds du Christ : « Quand je le vis, je tombai à ses pieds comme mort. Il posa sur moi sa main droite en disant: Ne crains point! Je suis le premier et le dernier, »
Mots apparentés
- qûm קוּם : se lever, se dresser, établir
- mût מוּת : mourir, faire mourir
- proskuneō προσκυνέω : se prosterner, adorer
Autres mots du thème « L'être humain »
- nefeš : être vivant, vie, âme
- rûaḥ : souffle, vent, esprit
- lēb : cœur, intérieur, intelligence
- bāśār : chair, corps, être humain
- ʾādām : homme, humanité ; Adam
- ṣelem : image, statue, effigie
- psychè : vie, âme, personne
- pneuma : souffle, esprit, Esprit
Anecdotes pour prêcher ce mot
- De la pluie qui monte de la terre : le puits de John G. Paton à Aniwa (John G. Paton, vers 1867)
- L'arc-en-ciel : pourquoi chacun voit le sien, le soleil dans le dos (L'arc-en-ciel, toujours)
- Le chloroforme et le sommeil d'Adam : James Simpson répond aux objections (James Young Simpson, 4 novembre 1847)
- Le pont de Brooklyn et ses milliers de fils : la force des liens unis (Le pont suspendu, 1869-1883)
- Un missionnaire, un enfant et un cantique : la prédiction de Richard Knill (Charles Spurgeon, 1844)
- Vingt-cinq ans après : Samuel Crowther retrouve sa mère (Samuel Ajayi Crowther, août 1846)
- « Cette main a péché » : la dernière rétractation de Thomas Cranmer (Thomas Cranmer, 21 mars 1556)
- « Des accidents, non des châtiments » : Spurgeon après deux catastrophes ferroviaires (Charles Spurgeon, 8 septembre 1861)
- « Être du côté de Dieu » : la réponse d'Abraham Lincoln à un pasteur (Abraham Lincoln, vers 1862-1864)
- « Notre Père qui es aux cieux » : François rend ses habits à son père (François d'Assise, 1206)
Bibliographie
- Francis Brown, S. R. Driver et Charles A. Briggs, A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament (BDB), Oxford, Clarendon Press, 1907. voir sur Amazon
- Ludwig Koehler et Walter Baumgartner, The Hebrew and Aramaic Lexicon of the Old Testament (HALOT), Leiden, Brill. voir sur Amazon
- R. Laird Harris, Gleason L. Archer et Bruce K. Waltke (dir.), Theological Wordbook of the Old Testament, Chicago, Moody Press, 1980. voir sur Amazon
- Art. « nāp̄al », Theological Dictionary of the Old Testament, Grand Rapids, Eerdmans. voir sur Amazon
- Xavier Léon-Dufour (dir.), Vocabulaire de théologie biblique, Paris, Cerf. voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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