ḥāyâ חָיָה

Strong H2421 · verbe · vivre, faire vivre · 279 occurrences

Le verbe hébreu de la vie : être vivant, rester en vie, survivre, guérir, et, aux formes causatives, laisser vivre ou rendre la vie. Appliqué à Dieu, il dit le pouvoir souverain de donner la vie et de la rendre.

Racine et étymologie

La racine ḥ-y-y / ḥ-y-h est commune à presque toutes les langues sémitiques : on la retrouve en araméen, en phénicien, en ougaritique et en arabe, toujours avec le sens fondamental de « vivre ». À la différence de mots dont l'étymologie reste obscure, ḥāyâ appartient au vocabulaire de base, celui que tout locuteur comprend sans explication. Sa richesse vient donc moins de son origine que de la variété de ses emplois.

Au thème simple (qal), le verbe signifie « vivre », « être en vie », mais aussi « rester en vie », « survivre » et même « se rétablir » après une maladie. Au piel et au hiphil, formes causatives, il devient « faire vivre », « laisser la vie sauve », « conserver en vie » ou « rendre la vie ». Le même verbe couvre ainsi la vie reçue et la vie donnée : la grammaire elle-même distingue celui qui vit et celui qui fait vivre.

De la même racine viennent l'adjectif ḥay, « vivant », que l'on entend dans le serment « l'Éternel est vivant », et le nom ḥayyîm (H2416), « vie », toujours au pluriel en hébreu. Le nom propre Ève, ḥawwâ, est expliqué en Genèse 3.20 par ce même champ de la vie : elle est « la mère de tous les vivants ». Pour l'Israélite, vivre n'est pas seulement respirer : c'est jouir de la santé, de la force, de la prospérité et de la relation avec Dieu.

Sens et emplois

  1. Vivre, durer dans le temps

    Le sens le plus simple, très fréquent dans les généalogies de la Genèse : le verbe mesure la durée d'une existence. Le refrain « il vécut… et il engendra » scande l'histoire des premières générations.

    « Adam, âgé de cent trente ans, engendra un fils à sa ressemblance, selon son image, et il lui donna le nom de Seth. »Gn 5.3, Segond 1910
  2. Laisser vivre, épargner

    Au piel, le verbe signifie souvent « laisser la vie sauve ». Les sages-femmes d'Égypte, par crainte de Dieu, refusent d'exécuter l'ordre du pharaon et conservent la vie des nouveau-nés.

    « elles laissèrent vivre les enfants. »Ex 1.17, Segond 1910
  3. Vivre par l'obéissance

    Dans la Loi et chez les prophètes, « vivre » désigne une vie pleine et bénie, liée à la fidélité envers Dieu. L'homme qui pratique les commandements « vivra par elles ».

    « l'homme qui les mettra en pratique vivra par elles. »Lv 18.5, Segond 1910
  4. Faire vivre : prérogative de Dieu

    Donner la vie et l'ôter appartient à Dieu seul. Le cantique de Moïse l'affirme avec force, et le roi d'Israël le rappelle quand on lui demande de guérir Naaman (2 R 5.7).

    « Je fais vivre et je fais mourir, »Dt 32.39, Segond 1910
  5. Revivre, être ramené à la vie

    Le verbe peut aussi dire le retour à la vie de ce qui était mort. Dans la vision des ossements desséchés, l'Esprit de Dieu fait revivre un peuple sans espoir.

    « Voici, je vais faire entrer en vous un esprit, et vous vivrez; »Éz 37.5, Segond 1910
  6. Rends-moi la vie : la prière du fidèle

    Le psalmiste accablé demande à Dieu de le « faire vivre », c'est-à-dire de le relever, de lui rendre force et joie. Segond traduit par « rends-moi la vie ».

    « Rends-moi la vie selon ta parole! »Ps 119.25, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La Septante rend ḥāyâ très majoritairement par ζάω, « vivre », et ses formes causatives par ζῳογονέω, « conserver en vie », ou ζῳοποιέω, « faire vivre, vivifier ». Ce choix est décisif pour le Nouveau Testament : ζῳοποιέω deviendra le verbe de la résurrection et de l'action de l'Esprit (Jn 6.63 ; Rm 8.11 ; 1 Co 15.45).

Plusieurs versets clés passent tels quels de l'hébreu au grec. Deutéronome 8.3, « l'homme ne vit pas de pain seulement », est cité par Jésus au désert (Mt 4.4). Lévitique 18.5 est repris par Paul en Romains 10.5 et Galates 3.12. Habacuc 2.4, « le juste vivra par sa foi », devient le texte programmatique de l'épître aux Romains (Rm 1.17). Derrière chaque « vivre » grec de ces citations, il faut entendre le ḥāyâ hébreu, avec sa note de vie pleine, reçue de Dieu.

Le débat

Quand l'Ancien Testament parle de « revivre » (Os 6.2 ; Éz 37), vise-t-il la restauration historique d'Israël ou annonce-t-il déjà la résurrection des morts ?

Le sens premier d'Ézéchiel 37 est bien national, comme le texte l'explique lui-même. Mais choisir le verbe « vivre » et l'image de tombeaux ouverts, c'est affirmer que Dieu peut faire vivre ce qui est mort : la foi en la résurrection, explicite en Daniel 12.2, développe une logique déjà présente ici.

Portée théologique

Le verbe ḥāyâ affirme d'abord que la vie n'appartient pas à l'homme : elle est reçue. Le Dieu d'Israël est « le Dieu vivant », celui qui « donne la vie à toutes ces choses » (Né 9.6). D'où la gravité du meurtre, mais aussi la beauté du geste des sages-femmes, qui « laissent vivre » au péril de leur propre vie : épargner une vie, c'est imiter Dieu.

Ensuite, vivre au sens biblique dépasse la biologie. « Cherchez-moi, et vous vivrez » (Am 5.4) : la vraie vie est relation avec Dieu, nourrie par sa parole plus que par le pain. Dieu ne désire pas la mort du méchant, mais « qu'il change de conduite et qu'il vive » (Éz 18.23). La prédication peut partir de là : la conversion n'est pas une perte, mais un passage vers la vie.

Enfin, le verbe ouvre l'espérance. Le même Dieu qui fait descendre au séjour des morts « en fait remonter » (1 S 2.6). Les ossements desséchés reprennent vie sous le souffle de l'Esprit. Le Nouveau Testament voit l'accomplissement de cette promesse dans la résurrection de Jésus et dans l'Esprit qui « rendra aussi la vie à vos corps mortels ».

Chaîne : Dieu qui fait vivre

  1. Gn 2.7 Le souffle de vie : « L'Éternel Dieu forma l'homme de la poussière de la terre, il souffla dans ses narines un souffle de vie et l'homme devint un être vivant. »
  2. Ex 1.17 Les sages-femmes laissent vivre : « Mais les sages-femmes craignirent Dieu, et ne firent point ce que leur avait dit le roi d'Égypte; elles laissèrent vivre les enfants. »
  3. Dt 8.3 Vivre de la parole : « Il t'a humilié, il t'a fait souffrir de la faim, et il t'a nourri de la manne, que tu ne connaissais pas et que n'avaient pas connue tes pères, afin de t'apprendre que l'homme ne vit pas de pain seulement, mais que l'homme vit de tout ce qui sort de la bouche de l'Éternel. »
  4. Dt 32.39 Je fais vivre et je fais mourir : « Sachez donc que c'est moi qui suis Dieu, Et qu'il n'y a point de dieu près de moi; Je fais vivre et je fais mourir, Je blesse et je guéris, Et personne ne délivre de ma main. »
  5. 1 S 2.6 Le cantique d'Anne : « L'Éternel fait mourir et il fait vivre. Il fait descendre au séjour des morts et il en fait remonter. »
  6. Ps 119.25 Rends-moi la vie : « Mon âme est attachée à la poussière: Rends-moi la vie selon ta parole! »
  7. Éz 37.5 Les ossements revivent : « Ainsi parle le Seigneur, l'Éternel, à ces os: Voici, je vais faire entrer en vous un esprit, et vous vivrez; »
  8. Ha 2.4 Le juste vivra : « Voici, son âme s'est enflée, elle n'est pas droite en lui; Mais le juste vivra par sa foi. »
  9. Jn 11.25 La résurrection et la vie : « Jésus lui dit: Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort; »
  10. Rm 8.11 L'Esprit qui vivifie : « Et si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Christ d'entre les morts rendra aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. »

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Bibliographie

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