zaō ζάω
Strong G2198 · verbe · vivre · 140 occurrences
Le verbe grec ordinaire pour « vivre, être vivant ». Dans le Nouveau Testament, il qualifie le Dieu vivant, le Christ ressuscité, la parole et l'eau « vives », et la vie nouvelle du croyant, vécue pour Dieu et par la foi.
Racine et étymologie
Le verbe ζάω (forme contractée ζῶ) appartient au vocabulaire grec le plus ancien. Sa racine se retrouve dans le nom ζωή, « vie », dans ζῷον, « être vivant, animal », et dans les composés ζῳοποιέω, « faire vivre », et ζῳογονέω, « conserver en vie ». Les linguistes la rattachent à une racine indo-européenne de la vie, dont dérive aussi le latin vivus par une autre voie phonétique.
La conjugaison est irrégulière : à côté du présent ζῶ, ζῇς, ζῇ, on trouve un futur ζήσω ou ζήσομαι et un aoriste ἔζησα. Le participe ζῶν, « vivant », est particulièrement fréquent : il qualifie Dieu, l'eau, le pain, la parole, l'espérance et la pierre.
Le grec classique distinguait volontiers ζωή, la vie comme principe naturel, et βίος, la vie comme existence menée, avec ses moyens et son genre. Le Nouveau Testament réserve ζάω et ζωή à la vie au sens fort, celle qui vient de Dieu, tandis que βίος désigne plutôt les biens ou la durée d'une existence (Lc 15.12 ; 1 Jn 2.16). Dans le prolongement de la Septante, « vivre » devient ainsi un mot théologique.
Sens et emplois
Vivre physiquement, durer
Le sens courant : être en vie, mener une existence pendant un certain temps. Luc présente ainsi la prophétesse Anne.
« elle avait vécu sept ans avec son mari depuis sa virginité. »Lc 2.36, Segond 1910
Le Dieu vivant
Reprenant une formule de l'Ancien Testament, le Nouveau Testament appelle Dieu « le Dieu vivant », par opposition aux idoles muettes. Pierre confesse Jésus comme son Fils.
« Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. »Mt 16.16, Segond 1910
Le Christ ressuscité, le Vivant
Le participe devient un titre du Ressuscité. Au tombeau, les anges demandent pourquoi chercher parmi les morts « celui qui est vivant ».
« J'étais mort; et voici, je suis vivant aux siècles des siècles. »Ap 1.18, Segond 1910
Ce qui donne la vie : eau vive, pain vivant
Chez Jean, « vivant » qualifie ce qui communique la vie de Dieu : l'eau vive offerte à la Samaritaine, le pain descendu du ciel.
« Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel. »Jn 6.51, Segond 1910
Vivre par la foi
Citant Habacuc 2.4, Paul fait du verbe le cœur de son évangile : la vie devant Dieu est reçue par la foi.
« Le juste vivra par la foi. »Rm 1.17, Segond 1910
Vivre pour Dieu, le Christ en moi
La vie chrétienne est décrite comme une vie nouvelle, appartenant au Seigneur et habitée par le Christ.
« ce n'est plus moi qui vis, c'est Christ qui vit en moi; »Ga 2.20, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
Dans la Septante, ζάω traduit presque toujours l'hébreu ḥāyâ (H2421), « vivre », et l'adjectif ḥay, « vivant ». Le grec hérite ainsi de toute la densité hébraïque du mot : vivre, c'est jouir d'une vie pleine, reçue de Dieu et liée à sa parole. Le serment « l'Éternel est vivant » devient ζῇ κύριος.
Le Nouveau Testament cite ces textes dans leur forme grecque. « L'homme ne vivra pas de pain seulement » (Mt 4.4) reprend Deutéronome 8.3 ; « le juste vivra par la foi » (Rm 1.17 ; Ga 3.11 ; Hé 10.38) reprend Habacuc 2.4 ; « l'homme qui mettra ces choses en pratique vivra par elles » (Rm 10.5) reprend Lévitique 18.5. Le titre « Dieu vivant » prolonge l'hébreu ʾēl ḥay. Lire ζάω, c'est donc entendre derrière lui la voix de l'Ancien Testament.
Le débat
Dans « le juste vivra par la foi » (Rm 1.17), de quelle foi s'agit-il, et que qualifie « par la foi » ?
- Le juste par la foi vivra (lecture luthérienne classique) : « Par la foi » se rattache à « le juste » : celui qui est déclaré juste par la foi, celui-là vivra. L'expression résume la justification par la foi seule, développée en Romains 1 à 4. Argument : toute la première partie de l'épître explique comment on devient juste.
- Le juste vivra par la foi (lecture grammaticale de la phrase d'Habacuc) : « Par la foi » se rattache au verbe : le juste vit, persévère, grâce à sa confiance en Dieu. C'est le sens d'Habacuc 2.4, où le fidèle traverse la crise en se fiant à Dieu. Argument : dans le texte source, la foi est la fidélité qui fait tenir.
- Une lecture messianique (Richard B. Hays, 1983) : Dans The Faith of Jesus Christ, Hays propose que « le juste » puisse désigner le Messie lui-même, dont la fidélité ouvre la vie pour les croyants. Argument : Hébreux 10.37-38 lit déjà le verset en lien avec « celui qui vient ».
La phrase grecque permet les deux rattachements grammaticaux, et Paul n'oppose sans doute pas les deux : on devient juste par la foi, et l'on vit par la foi. La lecture messianique éclaire Hébreux plus que Romains, mais rappelle que la foi du croyant repose sur la fidélité du Christ.
Portée théologique
Le Nouveau Testament ne définit jamais la vie de façon abstraite : il montre un Vivant. Dieu est « le Dieu vivant et vrai » auquel on se convertit en quittant les idoles (1 Th 1.9) ; il n'est « pas Dieu des morts, mais des vivants » (Mt 22.32). Jésus fonde l'espérance de la résurrection sur ce seul fait : si Dieu est vivant, ceux qu'il a appelés vivent pour lui.
Le centre de la foi chrétienne est que Jésus, mort, est « vivant aux siècles des siècles » (Ap 1.18). Cette vie n'est pas un retour à l'existence ancienne, mais une vie « pour Dieu », définitivement hors d'atteinte de la mort (Rm 6.10). C'est elle que Jésus promet : « je vis, et vous vivrez aussi » (Jn 14.19).
Pour la prédication, Paul offre une formule simple : « si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur » (Rm 14.8). Vivre par la foi, c'est recevoir sa vie d'un autre, au point de dire « Christ vit en moi ». Le danger inverse est décrit sans détour : on peut être « morte, quoique vivante » (1 Tm 5.6). Ce verbe ordinaire porte ainsi l'appel à passer d'une vie seulement biologique à la vie de Dieu.
Chaîne : Le Dieu vivant et la vie qu'il donne
- Dt 8.3 Vivre de la parole : « Il t'a humilié, il t'a fait souffrir de la faim, et il t'a nourri de la manne, que tu ne connaissais pas et que n'avaient pas connue tes pères, afin de t'apprendre que l'homme ne vit pas de pain seulement, mais que l'homme vit de tout ce qui sort de la bouche de l'Éternel. »
- Ha 2.4 Le juste vivra : « Voici, son âme s'est enflée, elle n'est pas droite en lui; Mais le juste vivra par sa foi. »
- Mt 4.4 Jésus au désert : « Jésus répondit: Il est écrit: L'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »
- Mt 22.32 Le Dieu des vivants : « Je suis le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, et le Dieu de Jacob? Dieu n'est pas Dieu des morts, mais des vivants. »
- Lc 24.5 Celui qui est vivant : « Saisies de frayeur, elles baissèrent le visage contre terre; mais ils leur dirent: Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant? »
- Jn 4.10 L'eau vive : « Jésus lui répondit: Si tu connaissais le don de Dieu et qui est celui qui te dit: Donne-moi à boire! tu lui aurais toi-même demandé à boire, et il t'aurait donné de l'eau vive. »
- Jn 11.25 Celui qui croit vivra : « Jésus lui dit: Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort; »
- Rm 6.10 Il vit pour Dieu : « Car il est mort, et c'est pour le péché qu'il est mort une fois pour toutes; il est revenu à la vie, et c'est pour Dieu qu'il vit. »
- Ga 2.20 Christ vit en moi : « J'ai été crucifié avec Christ; et si je vis, ce n'est plus moi qui vis, c'est Christ qui vit en moi; si je vis maintenant dans la chair, je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m'a aimé et qui s'est livré lui-même pour moi. »
- Ap 1.18 Vivant aux siècles des siècles : « et le vivant. J'étais mort; et voici, je suis vivant aux siècles des siècles. Je tiens les clefs de la mort et du séjour des morts. »
Mots apparentés
- zōē ζωή : vie
- ḥāyâ חָיָה : vivre, faire vivre
- ḥayyîm חַיִּים : vie
- psychè ψυχή : vie, âme, personne
- thanatos θάνατος : mort
- anastasis ἀνάστασις : résurrection, relèvement
Autres mots du thème « Création, vie et gloire »
- bārāʾ : créer
- šāmayim : cieux, ciel
- ʾereṣ : terre, pays
- bārak : bénir
- kosmos : monde, ordre, parure
- chara : joie
- doxa : gloire
- paraklētos : défenseur, consolateur
Bibliographie
- Walter Bauer, Frederick W. Danker, A Greek-English Lexicon of the New Testament and Other Early Christian Literature (BDAG), 3e éd., Chicago, University of Chicago Press, 2000. voir sur Amazon
- Gerhard Kittel (dir.), Theological Dictionary of the New Testament, vol. 2, art. « ζάω, ζωή ». voir sur Amazon
- Moisés Silva (dir.), New International Dictionary of New Testament Theology and Exegesis, Grand Rapids, Zondervan, 2014, art. « ζάω ». voir sur Amazon
- Richard B. Hays, The Faith of Jesus Christ, Chico, Scholars Press, 1983. voir sur Amazon
- Xavier Léon-Dufour (dir.), Vocabulaire de théologie biblique, Paris, Cerf, art. « Vie ». voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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