nekros νεκρός
Strong G3498 · adjectif, souvent employé comme nom · mort · 128 occurrences
Ce qui est privé de vie : le cadavre, le défunt, puis, au figuré, l'homme coupé de Dieu ou l'œuvre sans vie. Le Nouveau Testament l'emploie surtout dans la formule « ressuscité d'entre les morts », cœur de la proclamation chrétienne.
Racine et étymologie
Le mot νεκρός appartient à une famille indo-européenne ancienne liée à la mort et au cadavre : on la retrouve dans le latin « nex, necis » (mort violente, d'où « nuisible » et « internecine ») et dans le grec νέκυς, « cadavre », mot homérique. Dès Homère, οἱ νεκροί désigne les défunts, et l'on parlera plus tard de « nécromancie », la consultation des morts. Le français a hérité de cette racine savante dans « nécrologie », « nécropole » ou « nécrose ».
En grec classique, l'adjectif qualifie d'abord un corps sans vie, puis tout ce qui est inerte ou sans effet. Le Nouveau Testament garde ce double registre. Le verbe dérivé νεκρόω (G3499), « faire mourir, rendre comme mort », sert à dire le corps « usé » d'Abraham (Rm 4.19) ou l'appel « Faites donc mourir les membres qui sont sur la terre » (Col 3.5). Le nom νέκρωσις (G3500) désigne l'état de mort ou la mise à mort : Paul porte dans son corps « la mort de Jésus » (2 Co 4.10).
Il faut distinguer νεκρός de θάνατος (G2288), « la mort » comme événement ou puissance. Νεκρός décrit l'état de celui qui est mort ; au pluriel avec l'article, οἱ νεκροί, il désigne l'ensemble des défunts, le monde de ceux qui ne sont plus. La formule ἐκ νεκρῶν, « d'entre les morts », est la plus fréquente : elle situe la résurrection de Jésus comme une sortie hors de ce groupe.
Sens et emplois
Physiquement mort
Le sens premier : un être qui a perdu la vie, ou qui en a l'apparence. Les gardes du tombeau, saisis de terreur, deviennent semblables à des cadavres.
« Les gardes tremblèrent de peur, et devinrent comme morts. »Mt 28.4, Segond 1910
Les morts, d'où le Christ est ressuscité
Au pluriel, le mot désigne l'ensemble des défunts. La prédication apostolique répète que Dieu a ressuscité Jésus « d'entre les morts » : il est sorti de leur rang, comme prémices d'une moisson à venir.
« Mais maintenant, Christ est ressuscité des morts, il est les prémices de ceux qui sont morts. »1 Co 15.20, Segond 1910
Mort spirituelle, séparé de Dieu
Au figuré, l'homme pécheur est dit « mort » : il respire, mais il est coupé de la source de la vie. Le retour à Dieu est alors décrit comme un retour à la vie, ce que la parabole du fils prodigue exprime déjà.
« Vous étiez morts par vos offenses et par vos péchés, »Ep 2.1, Segond 1910
Mort au péché
Paul retourne l'image : le croyant, uni au Christ mort et ressuscité, doit se considérer comme mort à l'égard du péché, c'est-à-dire soustrait à son pouvoir.
« Ainsi vous-mêmes, regardez-vous comme morts au péché, et comme vivants pour Dieu en Jésus-Christ. »Rm 6.11, Segond 1910
Inerte, sans effet
Enfin, le mot qualifie ce qui ne produit rien : une foi sans œuvres, des « œuvres mortes » dont la conscience doit être purifiée.
« Comme le corps sans âme est mort, de même la foi sans les œuvres est morte. »Jc 2.26, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
Dans la Septante, νεκρός traduit surtout le participe hébreu mēt, « mort », issu du verbe mût (H4191), « mourir ». L'hébreu parle volontiers des morts comme de ceux qui sont descendus au shéol, le séjour des morts, où l'on ne loue plus Dieu. Le grec hérite de ce vocabulaire, mais l'Ancien Testament tardif ouvre déjà une brèche : « Que tes morts revivent! » (És 26.19), et « Plusieurs de ceux qui dorment dans la poussière de la terre se réveilleront » (Dn 12.2).
Le Nouveau Testament compte 128 emplois de νεκρός, concentrés dans les Actes, l'épître aux Romains et les évangiles. Ce vocabulaire est inséparable de celui de la résurrection : ἐγείρω (« réveiller, relever ») et ἀνάστασις (« relèvement »). Là où l'hébreu disait la mort comme une frontière, le grec chrétien la présente comme un lieu d'où l'on peut être tiré. La Vulgate a rendu le mot par « mortuus », d'où les « morts » de nos versions françaises.
Le débat
Quand Paul dit que les pécheurs sont « morts » (Ep 2.1), veut-il dire qu'ils sont totalement incapables de répondre à Dieu ?
- Une incapacité totale (Lecture réformée classique) : Un mort ne peut rien faire pour se ranimer : la foi elle-même est un don qui suit l'action vivifiante de Dieu. Argument : Paul enchaîne aussitôt : Dieu « nous a rendus à la vie avec Christ » (Ep 2.5), sans aucune initiative humaine.
- Une séparation, non une inertie (Lecture arminienne et wesleyenne) : La « mort » désigne la rupture de la relation avec Dieu et la condamnation, non l'abolition de toute capacité de répondre. Argument : le fils prodigue était « mort » (Lc 15.24), et pourtant il rentre en lui-même et revient.
- Une image de domination (Exégèse paulinienne récente) : Le mot dit avant tout que l'homme est sous l'emprise des puissances du péché et de la mort ; Paul raisonne en termes de règne et de libération plus qu'en termes de psychologie de la volonté.
Le texte insiste sur l'initiative de Dieu : la résurrection est son œuvre, non celle du mort. Mais l'image ne doit pas être poussée au-delà de ce que Paul en fait. Le mot dit la gravité de la situation et la gratuité du salut, plus qu'il ne tranche la question du libre arbitre.
Portée théologique
Νεκρός porte toute la tension de l'Évangile. D'un côté, il dit sans fard la réalité de la mort : Jésus est vraiment mort, et la tradition insiste sur ce point contre toute idée d'une mort apparente. De l'autre, chaque fois que le mot revient dans les Actes, c'est pour être suivi d'une négation de la mort : « que Dieu a ressuscité des morts ». La foi chrétienne ne commence pas par une immortalité naturelle de l'âme, mais par l'acte de Dieu qui « donne la vie aux morts » (Rm 4.17).
L'usage figuré en tire la conséquence pour la vie présente. Être « mort par ses offenses », c'est vivre coupé de Dieu ; être « mort au péché », c'est être libéré de son règne. La parabole du fils prodigue en offre l'image la plus accessible : le retour au père est une résurrection. Pour la prédication, le mot invite à ne pas réduire le salut à une amélioration morale : il s'agit d'un passage de la mort à la vie, que seul le Dieu vivant peut opérer, et dont la résurrection du Christ est le gage.
Chaîne : De la mort à la vie
- Gn 2.17 L'avertissement du jardin : « mais tu ne mangeras pas de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras. »
- Éz 37.3 Les ossements desséchés : « Il me dit: Fils de l'homme, ces os pourront-ils revivre? Je répondis: Seigneur Éternel, tu le sais. »
- Dn 12.2 Ceux qui dorment se réveilleront : « Plusieurs de ceux qui dorment dans la poussière de la terre se réveilleront, les uns pour la vie éternelle, et les autres pour l'opprobre, pour la honte éternelle. »
- Mt 8.22 Laisse les morts ensevelir leurs morts : « Mais Jésus lui répondit: Suis-moi, et laisse les morts ensevelir leurs morts. »
- Lc 15.24 Mon fils était mort : « car mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie; il était perdu, et il est retrouvé. Et ils commencèrent à se réjouir. »
- Lc 24.5 Le vivant parmi les morts : « Saisies de frayeur, elles baissèrent le visage contre terre; mais ils leur dirent: Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant? »
- Jn 5.25 Les morts entendront sa voix : « En vérité, en vérité, je vous le dis, l'heure vient, et elle est déjà venue, où les morts entendront la voix du Fils de Dieu; et ceux qui l'auront entendue vivront. »
- Rm 6.11 Morts au péché : « Ainsi vous-mêmes, regardez-vous comme morts au péché, et comme vivants pour Dieu en Jésus-Christ. »
- Ep 2.1 Morts par vos offenses : « Vous étiez morts par vos offenses et par vos péchés, »
- Ap 1.18 J'étais mort, je suis vivant : « et le vivant. J'étais mort; et voici, je suis vivant aux siècles des siècles. Je tiens les clefs de la mort et du séjour des morts. »
Mots apparentés
- thanatos θάνατος : mort
- mût מוּת : mourir, faire mourir
- anastasis ἀνάστασις : résurrection, relèvement
- egeirō ἐγείρω : réveiller, relever, ressusciter
- zōē ζωή : vie
Autres mots du thème « Péché, mort et repentance »
- ḥaṭṭāʾt : péché ; sacrifice pour le péché
- ʿāwōn : iniquité, culpabilité
- pešaʿ : transgression, révolte
- šûb : revenir, se convertir
- šeʾôl : séjour des morts
- hamartia : péché
- metanoia : repentance, conversion
- sarx : chair
Anecdotes pour prêcher ce mot
- Blaise Pascal voulait mourir parmi les pauvres (Blaise Pascal, 1662)
- Dans la chrysalide : la chenille transformée en papillon (Le papillon, toujours)
- Des chapeaux de paille et une école : Moody fonde Northfield (Dwight L. Moody, 1879)
- Des sillons blancs sur des joues noires : Whitefield chez les mineurs (George Whitefield, 17 février 1739)
- Deux mers, un même fleuve : la mer de Galilée et la mer Morte (La mer Morte, toujours)
- Dix personnes et une nuit blanche : « Prends ma vie » de Frances Havergal (Frances Ridley Havergal, décembre 1874)
- La petite revue verte : comment Albert Schweitzer partit pour Lambaréné (Albert Schweitzer, automne 1904)
- La pioche du pasteur : Oberlin et la route du Ban de la Roche (Jean-Frédéric Oberlin, vers 1770)
- Le cantique retrouvé dans la malle : Philip Bliss et Ashtabula (Philip Bliss, 29 décembre 1876)
- Le premier de l'an à Olney : la naissance de « Grâce étonnante » (John Newton, 1er janvier 1773)
- Mangé par les cannibales ou par les vers ? La réponse de John G. Paton (John G. Paton, 1857)
- Mort à genoux : les derniers jours de David Livingstone (David Livingstone, 1er mai 1873)
Bibliographie
- Rudolf Bultmann, art. « νεκρός », Theological Dictionary of the New Testament, vol. 4. voir sur Amazon
- Walter Bauer, Frederick W. Danker et al., A Greek-English Lexicon of the New Testament and Other Early Christian Literature (BDAG), 3e éd., Chicago, 2000. voir sur Amazon
- N. T. Wright, The Resurrection of the Son of God, Londres, SPCK, 2003. voir sur Amazon
- Xavier Léon-Dufour (dir.), Vocabulaire de théologie biblique, Paris, Cerf. voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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