ʿôd עוֹד
Strong H5750 · adverbe (substantif à l'origine) · encore, de nouveau, plus · 489 occurrences
Petit mot de la durée : ce qui continue (« encore »), ce qui revient (« de nouveau »), ce qui s'ajoute (« en plus ») ou, avec une négation, ce qui cesse (« ne… plus »). Il sert aussi à dire qu'il n'y a « point d'autre » Dieu que l'Éternel.
Racine et étymologie
Les lexiques rattachent ʿôd à une racine ʿ-w-d qui exprime l'idée de retour, de répétition ou de continuité : à l'origine, un substantif signifiant quelque chose comme « durée, persistance », figé ensuite en adverbe. Le lexique de STEPBible le présente ainsi : « a going round, continuance », puis « still, yet, again, besides ». La même racine se retrouve, selon plusieurs dictionnaires, dans le verbe ʿûd au sens de « répéter, attester » ; mais le lien exact entre « témoigner » et « encore » reste discuté, et il vaut mieux partir des emplois que d'une étymologie incertaine.
Grammaticalement, ʿôd se comporte comme un nom : il reçoit des suffixes personnels. ʿôdekâ, « toi encore », c'est le cri de Jacob retrouvant Joseph : « puisque j'ai vu ton visage et que tu vis encore! » (Gn 46.30). Précédé de la préposition be-, il signifie « pendant que, tant que » : be-ʿôdî, « tant que je suis encore », d'où la formule du psalmiste « Je célébrerai mon Dieu tant que j'existerai » (Ps 104.33 ; Ps 146.2).
Associé aux négations lōʾ ou ʾên, il prend le sens de « ne… plus » ou « point d'autre ». Ce petit mot devient alors l'un des outils grammaticaux par lesquels l'Ancien Testament exprime la fin d'un ordre ancien et l'unicité du Dieu d'Israël.
Sens et emplois
Encore : la persistance
Le sens premier : une situation dure toujours. Joseph veut savoir si son père est encore en vie ; Caleb affirme qu'à quatre-vingt-cinq ans sa vigueur demeure. Le mot souligne une continuité inattendue.
« Je suis Joseph! Mon père vit-il encore? »Gn 45.3, Segond 1910
De nouveau : la répétition
Ce qui recommence ou s'ajoute. Après l'exil, les rues désertes de Jérusalem connaîtront de nouveau la vie ordinaire : des vieillards assis, des enfants qui jouent. ʿôd devient le mot de la restauration.
« Des vieillards et des femmes âgées s'assiéront encore dans les rues de Jérusalem »Za 8.4, Segond 1910
Ne… plus : la fin d'un ordre
Avec une négation, ʿôd annonce qu'une chose cesse définitivement. Après le déluge, Dieu s'engage à ne plus maudire la terre ; les prophètes annoncent un temps où la guerre ne s'apprendra plus.
« Une nation ne tirera plus l'épée contre une autre, Et l'on n'apprendra plus la guerre. »És 2.4, Segond 1910
Point d'autre : l'unicité de Dieu
La formule ʾên ʿôd, « il n'y a plus (rien) », signifie « il n'y en a point d'autre ». Le Deutéronome et le Second Ésaïe en font une confession de l'unicité de l'Éternel.
« Je suis l'Éternel, et il n'y en a point d'autre, Hors moi il n'y a point de Dieu; »És 45.5, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante rend le plus souvent ʿôd par ἔτι, « encore », adverbe que le Nouveau Testament emploie dans les mêmes nuances. Avec une négation, elle utilise volontiers οὐκέτι ou οὐ… ἔτι, « ne… plus ». L'Apocalypse reprend ainsi le langage d'Ésaïe 65 : « la mort ne sera plus, et il n'y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur » (Ap 21.4). Le grec y prolonge la promesse hébraïque : « On n'y entendra plus Le bruit des pleurs et le bruit des cris » (És 65.19).
La formule d'unicité « il n'y en a point d'autre » passe elle aussi dans la Septante et nourrit la confession chrétienne du Dieu unique. En français, Segond rend ʿôd selon le contexte par « encore », « de nouveau », « plus », « tant que » ou « autre » : un même mot hébreu se cache donc derrière des expressions françaises très différentes, ce qu'il faut garder à l'esprit en lisant une concordance.
Le débat
La formule « il n'y en a point d'autre » (ʾên ʿôd) affirme-t-elle un monothéisme strict ou l'incomparabilité de l'Éternel parmi d'autres puissances ?
- Un monothéisme explicite (Lecture théologique classique) : Dans Ésaïe 45, la formule est redoublée par « Hors moi il n'y a point de Dieu » : les autres dieux sont déclarés inexistants. Argument : le contexte polémique contre les idoles, réduites à du bois et du métal.
- L'incomparabilité de l'Éternel (Exégèse historico-critique) : ʿôd signifierait d'abord « aucun autre ne compte » : aucun dieu ne rivalise avec l'Éternel, sans nécessairement nier toute existence aux puissances célestes. Argument : d'autres textes évoquent une cour céleste entourant l'Éternel.
- Une affirmation d'alliance (Lecture canonique) : Dans Deutéronome 4, la formule conclut un rappel de l'Exode : c'est l'expérience de la délivrance qui fonde la confession. L'unicité est vécue comme exclusivité de l'attachement avant d'être une thèse abstraite.
Les trois lectures se complètent : la formule naît dans l'expérience de l'alliance (Dt 4.35), puis, chez Ésaïe, s'élargit en une affirmation universelle adressée aux nations (És 45.22). Le petit mot ʿôd porte ainsi un des sommets de la foi biblique.
Portée théologique
Un adverbe aussi modeste que ʿôd révèle la manière dont la Bible pense le temps. Dieu y est celui qui fait durer (« tant que la terre subsistera »), qui recommence (les rues de Jérusalem seront de nouveau habitées) et qui met fin (on n'apprendra plus la guerre). L'histoire n'est ni un cercle ni une simple suite : elle est conduite vers des fins que Dieu promet et des recommencements qu'il accorde.
La négation lōʾ… ʿôd est particulièrement riche pour la prédication. Elle dit le pardon : « je ne me souviendrai plus de leur péché » (Jr 31.34). Elle dit le changement d'identité : Jacob ne s'appellera plus Jacob. Elle dit enfin l'espérance ultime, reprise par l'Apocalypse : la mort ne sera plus. Mais le même mot peut aussi annoncer le jugement, comme dans le nom de Lo-Ruchama chez Osée : « je n'aurai plus pitié de la maison d'Israël ». La Bible ne promet donc pas que tout continue ; elle promet que Dieu a le dernier mot sur ce qui doit finir.
Enfin, la formule « il n'y en a point d'autre » rappelle que la confession de l'unicité de Dieu n'est pas un raisonnement abstrait. Elle sort de l'Exode et débouche sur un appel : « Tournez-vous vers moi, et vous serez sauvés ».
Pour la vie croyante, ʿôd invite aussi à la fidélité dans la durée. Le psalmiste ne promet pas une louange ponctuelle mais une louange « tant que j'existerai » : la foi se mesure à sa persistance autant qu'à son intensité. Caleb, encore vigoureux après quarante-cinq ans d'attente, illustre cette constance qui reçoit enfin ce qui avait été promis.
Chaîne : « Ne… plus » : les fins que Dieu promet
- Gn 8.21 La terre ne sera plus maudite : « L'Éternel sentit une odeur agréable, et l'Éternel dit en son cœur: Je ne maudirai plus la terre, à cause de l'homme, parce que les pensées du cœur de l'homme sont mauvaises dès sa jeunesse; et je ne frapperai plus tout ce qui est vivant, comme je l'ai fait. »
- Gn 8.22 Le rythme des saisons demeure : « Tant que la terre subsistera, les semailles et la moisson, le froid et la chaleur, l'été et l'hiver, le jour et la nuit ne cesseront point. »
- Gn 32.28 Jacob ne s'appellera plus Jacob : « Il dit encore: ton nom ne sera plus Jacob, mais tu seras appelé Israël; car tu as lutté avec Dieu et avec des hommes, et tu as été vainqueur. »
- Dt 4.35 Point d'autre Dieu : « Tu as été rendu témoin de ces choses, afin que tu reconnusses que l'Éternel est Dieu, qu'il n'y en a point d'autre. »
- Ps 104.33 Louer tant que je suis : « Je chanterai l'Éternel tant que je vivrai, Je célébrerai mon Dieu tant que j'existerai. »
- És 2.4 On n'apprendra plus la guerre : « Il sera le juge des nations, L'arbitre d'un grand nombre de peuples. De leurs glaives ils forgeront des hoyaux, Et de leurs lances des serpes: Une nation ne tirera plus l'épée contre une autre, Et l'on n'apprendra plus la guerre. »
- És 45.22 Appel aux extrémités de la terre : « Tournez-vous vers moi, et vous serez sauvés, Vous tous qui êtes aux extrémités de la terre! Car je suis Dieu, et il n'y en a point d'autre. »
- És 65.19 Plus de pleurs : « Je ferai de Jérusalem mon allégresse, Et de mon peuple ma joie; On n'y entendra plus Le bruit des pleurs et le bruit des cris. »
- Jr 31.34 Le péché oublié : « Celui-ci n'enseignera plus son prochain, Ni celui-là son frère, en disant: Connaissez l'Éternel! Car tous me connaîtront, Depuis le plus petit jusqu'au plus grand, dit l'Éternel; Car je pardonnerai leur iniquité, Et je ne me souviendrai plus de leur péché. »
- Ap 21.4 La mort ne sera plus : « Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n'y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses ont disparu. »
Mots apparentés
- ʾeḥād אֶחָד : un, seul, unique
Autres mots du thème « Dieu et ses noms »
- YHWH : l'Éternel, le Seigneur
- ʾĕlōhîm : Dieu, dieux
- ʾēl : Dieu, le Dieu fort
- ʾădōnāy : Seigneur, mon Seigneur
- šadday : le Tout-Puissant
- qādôš : saint
- kāḇôd : gloire, poids, honneur
- theos : Dieu, dieu
Anecdotes pour prêcher ce mot
- Benjamin Franklin vide ses poches : la collecte de George Whitefield (George Whitefield, vers 1740)
- Deux mers, un même fleuve : la mer de Galilée et la mer Morte (La mer Morte, toujours)
- L'arc-en-ciel : pourquoi chacun voit le sien, le soleil dans le dos (L'arc-en-ciel, toujours)
- La bouillotte et la poupée : la prière d'une petite fille au Congo (Helen Roseveare, vers 1960)
- La malade qui se croyait inutile : « Tel que je suis » (1834) (Charlotte Elliott, 1834)
- Le cèdre du Liban : l'arbre que choisit Salomon pour le Temple (Le cèdre du Liban, Xe siècle av. J.-C. et toujours)
- Le potier et l'argile : ce que Jérémie vit dans l'atelier (Le potier, vers 600 av. J.-C. et toujours)
- Les tablettes sous l'oreiller : Charlemagne apprend à écrire (Charlemagne, vers 800)
- Une Bible ouverte sur le cercueil : les funérailles de Spurgeon (Charles Spurgeon, février 1892)
- Vingt-cinq ans après : Samuel Crowther retrouve sa mère (Samuel Ajayi Crowther, août 1846)
- « Au feu ! » : la nuit tragique de Surrey Gardens (Charles Spurgeon, 19 octobre 1856)
- « Dieu est mort » : la leçon de Katharina à un Luther abattu (Katharina von Bora, XVIe siècle)
Bibliographie
- F. Brown, S. R. Driver, C. A. Briggs, A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament, Oxford, Clarendon Press, 1907. voir sur Amazon
- L. Koehler, W. Baumgartner, The Hebrew and Aramaic Lexicon of the Old Testament (HALOT), Leiden, Brill, 1994-2000. voir sur Amazon
- R. L. Harris, G. L. Archer, B. K. Waltke (éd.), Theological Wordbook of the Old Testament, Chicago, Moody Press, 1980. voir sur Amazon
- B. K. Waltke, M. O'Connor, An Introduction to Biblical Hebrew Syntax, Winona Lake, Eisenbrauns, 1990. voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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