ʾeḥād אֶחָד
Strong H259 · adjectif numéral · un, seul, unique · 964 occurrences
Le nombre « un », mais aussi « seul », « le même », « un certain », « premier ». Le mot porte la confession centrale d'Israël, le Shema : « Ecoute, Israël! l'Éternel, notre Dieu, est le seul Éternel. » Il dit à la fois l'unicité de Dieu et l'unité qu'il crée.
Racine et étymologie
ʾEḥād est le nom de nombre « un », commun à toutes les langues sémitiques sous des formes voisines : l'araméen ḥad, l'arabe aḥad et wāḥid, l'akkadien ištēn (d'une autre racine) ou ēdu, « seul ». Le féminin est ʾaḥat, et l'hébreu connaît même un pluriel, ʾăḥādîm, qui signifie « quelques », « les mêmes » ou « ne faisant qu'un » : en Genèse 11.1, toute la terre a « les mêmes mots », et en Ézéchiel 37.17 deux bois deviennent « une seule pièce ».
Comme en français, le mot a plusieurs valeurs selon le contexte. Il compte (« un jour », « une année »), il distingue (« l'un… l'autre »), il fonctionne comme article indéfini (« un certain homme »), il marque le premier d'une série (« le premier jour du mois »), ou il souligne l'unité (« une seule chair », « un seul cœur »). Il apparaît plus de neuf cents fois, souvent dans des textes très concrets : les mesures du tabernacle, les dénombrements des Nombres, les visions détaillées d'Ézéchiel.
Il faut le distinguer de yāḥîd, « unique, seul de son espèce », qu'on lit en Genèse 22.2 pour Isaac, « ton unique ». ʾEḥād ne dit pas d'abord l'isolement, mais l'unité : ce qui est un peut être composé de parties qui forment un tout, comme les tapis du tabernacle qui « forment un tout » (Ex 26.6).
Sens et emplois
Un, le nombre
Le sens numérique de base. Dans le premier récit de création, le premier jour est littéralement « un jour » : l'hébreu emploie le nombre cardinal, non l'ordinal.
« Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le premier jour. »Gn 1.5, Segond 1910
Ne faire qu'un
Le mot dit l'unité de deux êtres distincts. L'homme et la femme ne fusionnent pas, mais deviennent « une seule chair », une communauté de vie.
« C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair. »Gn 2.24, Segond 1910
Un seul et même
« Un » souligne ce qui est commun : une même langue, un même père, un même créateur. Malachi en tire un argument contre l'infidélité entre frères.
« N'avons-nous pas tous un seul père? N'est-ce pas un seul Dieu qui nous a créés? Pourquoi donc sommes-nous infidèles l'un envers l'autre, En profanant l'alliance de nos pères? »Ml 2.10, Segond 1910
Dieu est un : le Shema
La confession de foi qu'Israël récite matin et soir. Le mot ʾeḥād termine la phrase et lui donne tout son poids : l'Éternel est le seul Dieu d'Israël, et il est un.
« Ecoute, Israël! l'Éternel, notre Dieu, est le seul Éternel. »Dt 6.4, Segond 1910
L'unité promise
Chez les prophètes, « un » devient un mot d'espérance : un seul peuple réunifié, un seul pasteur, et finalement un seul nom reconnu par toute la terre.
« L'Éternel sera roi de toute la terre; En ce jour-là, l'Éternel sera le seul Éternel, Et son nom sera le seul nom. »Za 14.9, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante traduit ʾeḥād par εἷς (féminin μία, neutre ἕν), le nombre « un » en grec. Le Shema devient : « Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est un seul Seigneur. » C'est sous cette forme grecque que Jésus le cite quand on lui demande quel est le premier commandement (Mc 12.29), avant d'enchaîner sur l'amour de Dieu de tout son cœur.
Le Nouveau Testament reprend la formule et l'élargit. Paul écrit qu'« il y a un seul Dieu, le Père », et « un seul Seigneur, Jésus-Christ » (1 Co 8.6), en plaçant le Christ à l'intérieur de la confession juive de l'unicité divine. Jésus dit « Moi et le Père nous sommes un » (Jn 10.30) et prie pour que les siens « soient un » (Jn 17.21). L'épître aux Éphésiens énumère « un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême » (Ep 4.5). Segond rend ʾeḥād par « un », « seul », « même », « premier » ; en Deutéronome 6.4, sa traduction « le seul Éternel » fait un choix d'interprétation.
Le débat
Comment traduire Deutéronome 6.4 : « l'Éternel est un » ou « l'Éternel seul » ?
- Dieu est un (unicité) (lecture monothéiste classique) : Le verset affirme qu'il n'existe qu'un seul Dieu, indivisible, par opposition au polythéisme des nations. C'est ainsi que l'a compris la tradition juive, qui en a fait le cœur de sa liturgie, et la Septante qui traduit « un seul Seigneur ».
- L'Éternel seul pour Israël (exclusivité) (Moshe Weinfeld, Deuteronomy 1–11, 1991) : Dans son contexte, le verset ne serait pas d'abord une thèse sur le nombre des dieux, mais une exigence d'attachement exclusif : Israël n'a qu'un seul Seigneur et doit l'aimer de tout son cœur (Dt 6.5). Le mot ʾeḥād aurait ici le sens de « seul », comme dans Cantique 6.9.
- Notre Dieu aujourd'hui, l'unique demain (Rashi, XIe siècle) : Le grand commentateur juif lit le verset en deux temps : l'Éternel est notre Dieu maintenant, et non encore celui des nations ; il sera un jour l'unique Éternel pour toute la terre. Il s'appuie sur Zacharie 14.9, « en ce jour-là, l'Éternel sera le seul Éternel ».
Les deux sens ne s'excluent pas. Le contexte immédiat du Deutéronome appelle un amour exclusif, et la suite du livre (Dt 4.35, 32.39) affirme qu'il n'y a pas d'autre Dieu. La lecture de Rashi a le mérite de montrer que le Shema regarde vers l'avenir : l'unicité de Dieu, confessée par Israël, doit être reconnue par toutes les nations.
Portée théologique
ʾEḥād est le dernier mot de la confession la plus célèbre d'Israël, et ce n'est pas un hasard. Dans un monde où chaque peuple, chaque ville et chaque force de la nature avait son dieu, Israël affirme que le Dieu qui l'a fait sortir d'Égypte est le seul. Cette confession a une conséquence immédiate : « Tu aimeras l'Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur » (Dt 6.5). Un Dieu unique réclame un cœur sans partage.
Le mot dit aussi l'unité que Dieu crée parmi les hommes. L'homme et la femme deviennent « une seule chair », les deux royaumes divisés deviendront « une seule nation » sous « un seul pasteur », et Malachie rappelle que ceux qui ont « un seul père » ne peuvent se trahir. L'unicité de Dieu fonde la fraternité.
Le Nouveau Testament ne renonce pas au Shema : Jésus le cite comme le premier commandement, et Paul le confesse en y incluant le Christ. Pour la prédication, ʾeḥād invite à relier la foi en un seul Dieu à l'unité de l'Église, pour laquelle Jésus a prié : « afin que tous soient un ».
Chaîne : Un seul Dieu, un seul peuple
- Gn 2.24 Une seule chair : « C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair. »
- Gn 11.1 Une seule langue : « Toute la terre avait une seule langue et les mêmes mots. »
- Dt 6.4 Le Shema : « Ecoute, Israël! l'Éternel, notre Dieu, est le seul Éternel. »
- Éz 34.23 Un seul pasteur : « J'établirai sur elles un seul pasteur, qui les fera paître, mon serviteur David; il les fera paître, il sera leur pasteur. »
- Éz 37.22 Une seule nation : « Je ferai d'eux une seule nation dans le pays, dans les montagnes d'Israël; ils auront tous un même roi, ils ne formeront plus deux nations, et ne seront plus divisés en deux royaumes. »
- Za 14.9 Un seul nom : « L'Éternel sera roi de toute la terre; En ce jour-là, l'Éternel sera le seul Éternel, Et son nom sera le seul nom. »
- Ml 2.10 Un seul père : « N'avons-nous pas tous un seul père? N'est-ce pas un seul Dieu qui nous a créés? Pourquoi donc sommes-nous infidèles l'un envers l'autre, En profanant l'alliance de nos pères? »
- Mc 12.29 Jésus cite le Shema : « Jésus répondit: Voici le premier: Ecoute, Israël, le Seigneur, notre Dieu, est l'unique Seigneur; »
- Jn 17.21 Afin que tous soient un : « afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et comme je suis en toi, afin qu'eux aussi soient un en nous, pour que le monde croie que tu m'as envoyé. »
- Ep 4.5 Un seul Seigneur, une seule foi : « il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, »
Mots apparentés
- YHWH יְהוָה : l'Éternel, le Seigneur
- ʾĕlōhîm אֱלֹהִים : Dieu, dieux
- šāmaʿ שָׁמַע : entendre, écouter, obéir
- ʾāhav אָהַב : aimer
- kōl כֹּל : tout, totalité
- theos θεός : Dieu, dieu
Autres mots du thème « Dieu et ses noms »
- ʾēl : Dieu, le Dieu fort
- ʾădōnāy : Seigneur, mon Seigneur
- šadday : le Tout-Puissant
- qādôš : saint
- kāḇôd : gloire, poids, honneur
- kyrios : Seigneur, maître
- patēr : père
- eimi : être, exister
Bibliographie
- Francis Brown, S. R. Driver, Charles A. Briggs, A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament (BDB), Oxford, 1906, art. « ʾeḥād ». voir sur Amazon
- Ludwig Koehler, Walter Baumgartner, The Hebrew and Aramaic Lexicon of the Old Testament (HALOT), Leiden, Brill, art. « ʾeḥād ». voir sur Amazon
- Theological Dictionary of the Old Testament, vol. 1, Grand Rapids, Eerdmans, art. « ʾeḥādh ». voir sur Amazon
- Moshe Weinfeld, Deuteronomy 1–11, Anchor Bible 5, New York, Doubleday, 1991. voir sur Amazon
- Richard Bauckham, God Crucified: Monotheism and Christology in the New Testament, Grand Rapids, Eerdmans, 1998. voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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