oudeis οὐδείς

Strong G3762 · adjectif et pronom négatif · personne, nul, aucun ; rien · 233 occurrences

Le mot de la négation absolue : « personne » au masculin, « rien » au neutre. Dans le Nouveau Testament, il trace des frontières décisives : nul ne vient au Père que par le Fils, personne n'a jamais vu Dieu, rien ne peut séparer ou condamner ceux qui sont en Christ.

Racine et étymologie

Le mot est un composé transparent : oude, « pas même », suivi de heis, « un ». Oudeis signifie donc littéralement « pas même un ». Il se décline comme le nom de nombre « un » : oudeis au masculin (« personne, nul »), oudemia au féminin (« aucune »), ouden au neutre (« rien »). Le grec hellénistique connaît aussi une variante prononcée avec un th, outheis, outhen, que plusieurs manuscrits conservent ; on la lit par exemple en 1 Corinthiens 13.2.

Le neutre ouden s'emploie très souvent comme adverbe, « en rien, nullement ». Il se combine volontiers avec d'autres négations, car le grec, contrairement au français écrit soigné, accumule les négatifs pour renforcer l'idée : « ne… rien… jamais ». Son compagnon mēdeis (« que personne ») porte la négation mē et s'emploie surtout avec l'impératif, le subjonctif et l'infinitif, alors qu'oudeis énonce un fait.

Dans les phrases bibliques, oudeis apparaît le plus souvent avec le verbe « pouvoir » (dynamai) : « nul ne peut ». Ce tour sert à poser une impossibilité de principe, qu'elle soit morale (servir deux maîtres), spirituelle (venir à Jésus sans être attiré par le Père) ou liée à la puissance de Dieu (ravir les brebis de la main du Père).

Sens et emplois

  1. Personne : une impossibilité de principe

    Avec « pouvoir », le mot pose une limite qui vaut pour tous. Le service de Dieu ne se partage pas avec celui de l'argent, personnifié sous le nom de Mamon.

    « Nul ne peut servir deux maîtres. »Mt 6.24, Segond 1910
  2. Nul, sinon un seul : l'exclusivité

    Suivi d'une exception (« si ce n'est »), le mot met en relief une personne unique. Jésus revendique ainsi d'être le seul accès au Père.

    « Nul ne vient au Père que par moi. »Jn 14.6, Segond 1910
  3. Ce que personne n'a vu ni ne sait

    Le mot marque les limites de la connaissance humaine devant Dieu. Personne ne l'a vu, sinon le Fils qui le fait connaître ; personne ne connaît le jour de la fin.

    « Personne n'a jamais vu Dieu; »Jn 1.18, Segond 1910
  4. Rien : le néant sans Christ ou sans amour

    Au neutre, ouden exprime la nullité. Sans le Christ, le disciple ne peut rien faire ; sans l'amour, même les plus grands dons ne sont rien.

    « car sans moi vous ne pouvez rien faire. »Jn 15.5, Segond 1910
  5. Aucune : la négation qui libère

    La négation peut être une bonne nouvelle. Paul ouvre Romains 8 par un ouden emphatique, placé en tête de phrase : la condamnation est entièrement écartée.

    « Il n'y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ. »Rm 8.1, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

L'hébreu ne possède pas de mot unique pour « personne » ou « rien ». Il exprime la négation par des tournures : ʾên, « il n'y a pas », suivi d'un nom (« il n'y a pas d'homme »), ou lōʾ ʾîš, « pas un homme », et pour « rien », lōʾ dābār, « pas une chose ». La Septante rend volontiers ces constructions par oudeis ou ouden, ce qui donne au grec biblique une concision que l'hébreu n'a pas. Ainsi, le Psaume 14.3, « il n'en est aucun qui fasse le bien, pas même un seul », est cité par Paul en Romains 3.10-12.

Le Nouveau Testament concentre l'usage du mot chez Jean, dont l'Évangile fait de « nul ne… sinon… » une signature : personne n'a vu Dieu sauf le Fils, nul ne vient à Jésus sans le Père, personne n'ôte sa vie mais il la donne. La Vulgate traduit par « nemo » (personne), « nullus » (aucun) et « nihil » (rien), d'où « nul » et « néant » en français.

Le débat

Quand Jésus dit que « personne » ne connaît le jour de la fin, « ni le Fils » (Mt 24.36), comment comprendre cette ignorance ?

Le texte est sûr : Jésus a bien affirmé que « personne », pas même le Fils, ne connaît l'heure. Les explications d'Athanase et des théologiens kénotiques cherchent à tenir ensemble divinité et humanité réelle. Pour le lecteur, l'enseignement pratique est clair : la fin n'est pas l'objet d'un calcul, mais d'une vigilance confiante.

Portée théologique

Un petit mot négatif porte ici de grandes affirmations. Lorsque le Nouveau Testament dit « nul ne… sinon », il ne cherche pas d'abord à exclure, mais à désigner le lieu unique où Dieu se donne : le Fils qui le fait connaître (Jn 1.18), le chemin vers le Père (Jn 14.6). La même construction protège aussi la souveraineté de Dieu : nul n'est bon que lui (Mc 10.18), personne ne peut arracher les siens de sa main (Jn 10.29).

La prédication peut faire entendre les deux tonalités du mot. D'un côté, oudeis humilie : sans le Christ nous ne pouvons rien faire, sans l'amour nous ne sommes rien. De l'autre, il console : il n'y a aucune condamnation, personne ne peut fermer la porte que Dieu ouvre (Ap 3.8). La négation biblique n'est jamais nihiliste ; elle dégage la place pour ce que Dieu seul peut donner, et elle libère le croyant des autres maîtres qui prétendent régner sur lui.

Chaîne : Nul sinon Dieu

  1. Ps 14.3 Pas même un seul : « Tous sont égarés, tous sont pervertis; Il n'en est aucun qui fasse le bien, Pas même un seul. »
  2. És 45.21 Point d'autre Dieu : « Déclarez-le, et faites-les venir! Qu'ils prennent conseil les uns des autres! Qui a prédit ces choses dès le commencement, Et depuis longtemps les a annoncées? N'est-ce pas moi, l'Éternel? Il n'y a point d'autre Dieu que moi, Je suis le seul Dieu juste et qui sauve. »
  3. Mt 6.24 Pas deux maîtres : « Nul ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l'un, et aimera l'autre; ou il s'attachera à l'un, et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon. »
  4. Mt 24.36 Personne ne connaît l'heure : « Pour ce qui est du jour et de l'heure, personne ne le sait, ni les anges des cieux, ni le Fils, mais le Père seul. »
  5. Mc 10.18 Nul n'est bon que Dieu : « Jésus lui dit: Pourquoi m'appelles-tu bon? Il n'y a de bon que Dieu seul. »
  6. Jn 1.18 Personne n'a vu Dieu : « Personne n'a jamais vu Dieu; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, est celui qui l'a fait connaître. »
  7. Jn 6.44 Nul ne vient sans être attiré : « Nul ne peut venir à moi, si le Père qui m'a envoyé ne l'attire; et je le ressusciterai au dernier jour. »
  8. Jn 10.29 Personne ne peut les ravir : « Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tous; et personne ne peut les ravir de la main de mon Père. »
  9. Jn 14.6 Nul ne vient au Père : « Jésus lui dit: Je suis le chemin, la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi. »
  10. Rm 8.1 Aucune condamnation : « Il n'y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ. »
  11. 1 Co 13.2 Sans amour, rien : « Et quand j'aurais le don de prophétie, la science de tous les mystères et toute la connaissance, quand j'aurais même toute la foi jusqu'à transporter des montagnes, si je n'ai pas la charité, je ne suis rien. »

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Bibliographie

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