šenayim שְׁנַיִם
Strong H8147 · nom de nombre (duel) · deux · 767 occurrences
Le nombre deux, et par extension « tous deux », « les deux », « deuxième ». Dans la Bible, il dit le couple et la paire, le témoignage qui confirme, la compagnie qui soutient, mais aussi la division et le choix entre deux voies.
Racine et étymologie
Le nombre šenayim appartient à une racine sémitique très répandue, š-n-y, qui exprime à la fois l'idée de « deux » et celle de « répéter, recommencer, faire une seconde fois ». On la retrouve dans l'akkadien šina, l'araméen tərên (par une évolution phonétique) et l'arabe iṯnān. Le verbe hébreu šānāh (H8138), « répéter, changer », et l'ordinal šēnî (H8145), « deuxième, second », appartiennent à la même famille, ainsi que mišneh, « double, copie », qui a donné son nom à la Mishna, la « répétition » de la loi orale.
La forme šenayim est un duel, une terminaison spéciale (-ayim) que l'hébreu réserve à ce qui va par deux : les yeux, les mains, les oreilles, une paire de sandales. Le nombre lui-même porte donc la marque grammaticale de la paire. Il s'accorde en genre : šenayim au masculin, šettayim au féminin, et, devant un nom, les formes construites šenê et štê : « les deux grands luminaires » (Gn 1.16), « les deux tables du témoignage » (Ex 31.18).
Avec un suffixe, le mot signifie « tous les deux » : šenêhem, « eux deux ». Il entre aussi dans la formation des nombres composés, comme « douze » (šenêm ʿāśār), le nombre des tribus d'Israël.
Sens et emplois
Le couple et la paire dans la création
Le nombre accompagne l'ordre du monde créé : deux luminaires règlent le jour et la nuit, et l'homme et la femme sont « tous deux » devant Dieu, sans honte.
« L'homme et sa femme étaient tous deux nus, et ils n'en avaient point honte. »Gn 2.25, Segond 1910
Deux à deux pour préserver la vie
Au déluge, les animaux entrent dans l'arche par paires, mâle et femelle. Le nombre deux devient la mesure minimale de la vie qui se transmet.
« il entra dans l'arche auprès de Noé, deux à deux, un mâle et une femelle, comme Dieu l'avait ordonné à Noé. »Gn 7.9, Segond 1910
Les deux tables de l'alliance
La loi du Sinaï est donnée sur deux tables de pierre. Brisées après le veau d'or, elles sont réécrites : le nombre est attaché à l'alliance donnée puis renouvelée.
« il lui donna les deux tables du témoignage, tables de pierre, écrites du doigt de Dieu. »Ex 31.18, Segond 1910
Le témoignage de deux témoins
Dans le droit d'Israël, un seul témoin ne suffit pas. La vérité d'un fait doit être établie par au moins deux voix concordantes, garantie contre l'erreur et la calomnie.
« un fait ne pourra s'établir que sur la déposition de deux ou de trois témoins. »Dt 19.15, Segond 1910
La force d'être deux
La sagesse observe que la solitude rend vulnérable. Deux personnes s'entraident, se relèvent et se réchauffent : le nombre devient éloge de la compagnie fidèle.
« Deux valent mieux qu'un, parce qu'ils retirent un bon salaire de leur travail. »Ec 4.9, Segond 1910
Division et choix
Le nombre peut aussi dire la division : deux peuples luttent dans le sein de Rebecca, et Élie reproche au peuple de boiter entre deux options au lieu de choisir l'Éternel.
« Jusqu'à quand clocherez-vous des deux côtés? »1 R 18.21, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante rend šenayim par δύο (dyo), « deux », et ses composés : ἀμφότεροι, « tous les deux », ou δεύτερος, « deuxième », pour l'ordinal. Le grec n'a plus de duel vivant à l'époque hellénistique, si bien que la nuance grammaticale de la paire disparaît, mais les grands thèmes du nombre deux passent intacts dans le Nouveau Testament.
La règle des deux témoins est citée par Jésus (« le témoignage de deux hommes est vrai », Jn 8.17) et sert de fondement à la promesse : « là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d'eux » (Mt 18.20). Jésus envoie les Douze « deux à deux » (Mc 6.7), ce qui fait de chaque mission un témoignage valide. Genèse 2.24 est relu avec le nombre explicite : « les deux deviendront une seule chair » (Mt 19.5). Paul l'applique au Christ qui crée « avec les deux un seul homme nouveau » (Ep 2.15), et l'Apocalypse met en scène « mes deux témoins » (Ap 11.3), écho des « deux oints » de Zacharie 4.14.
Le débat
Qui sont les « deux oints » de Zacharie 4.14, repris par les « deux témoins » d'Apocalypse 11.3 ?
- Deux personnages historiques du retour d'exil (Lecture historique courante de Zacharie) : Dans le contexte du livre, les deux oliviers désignent le gouverneur Zorobabel et le grand prêtre Josué, qui dirigent la reconstruction du temple (Za 3 et 4). La royauté et le sacerdoce se tiennent ensemble devant Dieu.
- Deux prophètes à venir (Hippolyte de Rome, Sur le Christ et l'Antichrist, début du IIIe siècle) : Les deux témoins d'Apocalypse 11 seraient deux figures envoyées à la fin des temps, identifiées à Hénoch et Élie, qui n'ont pas connu la mort selon l'Écriture.
- Une image de l'Église qui témoigne (Richard Bauckham, The Climax of Prophecy, 1993) : Les deux témoins réunissent les traits de Moïse et d'Élie (eaux changées en sang, ciel fermé) et symbolisent l'Église dans sa mission prophétique. Le nombre deux renvoie à la règle du témoignage valide de Dt 19.15.
La lecture historique est la plus solide pour Zacharie, où les deux chefs du retour d'exil sont nommés juste avant. L'Apocalypse, elle, reprend l'image pour une communauté qui témoigne, et le nombre deux s'explique au mieux par la loi des deux témoins. L'identification à deux individus de la fin des temps reste possible, mais elle s'appuie moins sur le texte que sur la tradition.
Portée théologique
Le nombre deux ouvre la Bible sur la relation. Dieu crée en paires : la lumière et les ténèbres, le jour et la nuit, l'homme et la femme. Le couple humain est décrit par ce nombre, « tous deux », et appelé à devenir « une seule chair ». Le deux n'est pas une simple addition, mais l'espace d'une rencontre où chacun reste lui-même.
Dans la loi, le nombre deux protège la vérité et la justice. Personne ne peut être condamné sur la parole d'un seul : il faut deux voix qui concordent. Cette règle, d'apparence technique, exprime une conviction profonde : la vérité se reçoit dans une communauté, elle ne dépend pas d'une seule personne. Les deux tables de la loi, données puis réécrites, rappellent que l'alliance tient par la fidélité de Dieu qui recommence.
Pour la prédication, l'Ecclésiaste et les évangiles se répondent. « Deux valent mieux qu'un », dit le sage ; Jésus envoie ses disciples deux à deux et promet sa présence là où deux ou trois sont réunis. Mais le nombre peut aussi dire la division du cœur : nul ne peut servir deux maîtres (Mt 6.24), et Élie appelle à cesser de boiter des deux côtés. La foi biblique cherche à la fois la communion à deux et l'unité du cœur.
Chaîne : Deux : couple, témoignage et communion
- Gn 1.16 Les deux luminaires : « Dieu fit les deux grands luminaires, le plus grand luminaire pour présider au jour, et le plus petit luminaire pour présider à la nuit; il fit aussi les étoiles. »
- Gn 2.25 Tous deux sans honte : « L'homme et sa femme étaient tous deux nus, et ils n'en avaient point honte. »
- Gn 7.9 Deux à deux dans l'arche : « il entra dans l'arche auprès de Noé, deux à deux, un mâle et une femelle, comme Dieu l'avait ordonné à Noé. »
- Gn 22.8 Ils marchèrent tous deux ensemble : « Abraham répondit: Mon fils, Dieu se pourvoira lui-même de l'agneau pour l'holocauste. Et ils marchèrent tous deux ensemble. »
- Ex 34.1 Les deux tables réécrites : « L'Éternel dit à Moïse: Taille deux tables de pierre comme les premières, et j'y écrirai les paroles qui étaient sur les premières tables que tu as brisées. »
- Dt 19.15 Deux ou trois témoins : « Un seul témoin ne suffira pas contre un homme pour constater un crime ou un péché, quel qu'il soit; un fait ne pourra s'établir que sur la déposition de deux ou de trois témoins. »
- Ec 4.9 Deux valent mieux qu'un : « Deux valent mieux qu'un, parce qu'ils retirent un bon salaire de leur travail. »
- Am 3.3 Marcher ensemble : « Deux hommes marchent-ils ensemble, Sans en être convenus? »
- Za 4.14 Les deux oints : « Et il dit: Ce sont les deux oints qui se tiennent devant le Seigneur de toute la terre. »
- Mt 18.20 Deux ou trois en mon nom : « Car là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d'eux. »
- Ep 2.15 Des deux, un seul homme nouveau : « l'inimitié, ayant anéanti par sa chair la loi des ordonnances dans ses prescriptions, afin de créer en lui-même avec les deux un seul homme nouveau, en établissant la paix, »
- Ap 11.3 Les deux témoins : « Je donnerai à mes deux témoins le pouvoir de prophétiser, revêtus de sacs, pendant mille deux cent soixante jours. »
Mots apparentés
- ʾeḥād אֶחָד : un, seul, unique
Autres mots du thème « Création, vie et gloire »
- bārāʾ : créer
- šāmayim : cieux, ciel
- ʾereṣ : terre, pays
- ḥayyîm : vie
- bārak : bénir
- zōē : vie
- kosmos : monde, ordre, parure
- chara : joie
Bibliographie
- Francis Brown, S. R. Driver et Charles A. Briggs, A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament, Oxford, Clarendon Press, 1907, art. « שְׁנַיִם ». voir sur Amazon
- Ludwig Koehler et Walter Baumgartner, The Hebrew and Aramaic Lexicon of the Old Testament (HALOT), Leiden, Brill, 1994-2000. voir sur Amazon
- Wilhelm Gesenius, Emil Kautzsch et A. E. Cowley, Gesenius' Hebrew Grammar, 2e éd. anglaise, Oxford, Clarendon Press, 1910 (sur le duel et les noms de nombre). voir sur Amazon
- Paul Joüon et Takamitsu Muraoka, A Grammar of Biblical Hebrew, Rome, Pontificio Istituto Biblico, 1991. voir sur Amazon
- Richard Bauckham, The Climax of Prophecy: Studies on the Book of Revelation, Édimbourg, T&T Clark, 1993. voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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